Les infirmières combattent le coronavirus dans les prisons

En Belgique, on compte à ce jour pas moins de 10.414 détenus. A ce stade, tous sont encore loin d’être vaccinés contre le coronavirus. Pourtant, la vie en milieu carcéral est bien celle d’un vase clos. Pour certains détenus qui bénéficient de régimes de détention plus ouverts, la probabilité de contact est bien réelle et le risque de propagation du virus l’est tout autant. Si la campagne de vaccination en prison devrait commencer le 19/04 côté wallon, en attendant, le personnel soignant doit faire de son mieux pour éviter que le virus ne gagne du terrain. Plongée dans le quotidien d’une infirmière en prison.

Pour Nicole Gorez, infirmière coordinatrice à la prison d’Ittre, la journée commence par les consultations. Ce matin, un détenu est venu changer son pansement après s’être gravement brûlé. "On a souvent des chutes avec des entorses. Parfois ce sont des blessures quelconques lors d’une bagarre ou parce que les personnes se cognent. Les brûlures ça arrive de temps en temps. Majoritairement ce sont des suivis de tensions pour les personnes qui ont des problèmes cardiaques ou des suivis de poids pour les personnes diabétiques". Et Nicole n’est pas seule pour assurer le suivi des 421 détenus. Cinq autres infirmières travaillent à ses côtés. Des spécialistes aussi comme une psychiatre, un dentiste, un orthopédiste. Sans oublier la médecin généraliste. Aujourd’hui, c’est Brigitte Spreutel qui est de garde. Au programme de sa journée une trentaine de consultations. "Ce sont des patients comme les autres qui ont droit aux mêmes soins et qui les ont d’ailleurs. Ce qu’on ne sait pas faire ici, on les adresse aux hôpitaux de la région. On travaille aussi avec les spécialistes de la région qui sont super. Le problème c’est que les rendez-vous sont donnés parfois assez vite mais il faut amener les détenus jusque-là. On a donc besoin de la police et des équipes spéciales qui vont pouvoir les amener jusqu’aux hôpitaux ou chez le spécialiste et vu le manque de personnel et bien parfois il faut reporter le rendez-vous car le transport est annulé". Résultat, certains détenus sont parfois transférés en urgence.

Plus que de simples soins

Bien souvent, l’équipe médicale et les infirmières sont bien plus que de "simples soignants". Car les soins, les consultations sont aussi l’occasion de créer du lien avec les détenus. "Ça permet d’avoir une relation", explique Nicole Gorez. "Ça permet de mieux connaître la personne, de comprendre parfois ce qu’il se passe. Parfois on nous annonce que c’est une chute et on se rend compte que ce n’est pas une chute mais les détenus ne disent rien pour avoir la paix. Il s’agit parfois de règlements de comptes. Le contact est très important. On se rend compte que quelqu’un qui ne va pas bien et qui va pouvoir discuter avec une infirmière se sentira déjà mieux. Parfois, on peut trouver des solutions car ils ne savent pas toujours à qui s’adresser. Ici, on est lié au secret médical ce qui permet tout de même de pouvoir dire des choses qu’ils n’oseraient pas dire à d’autres. Il y en a qui n’ont plus du tout de famille. On est parfois aussi le relais. Lorsqu’on a en face de nous de jeunes qui n’ont plus personne à qui parler et bien parfois, on peut avoir ce rôle-là d’écoute".

Une écoute et une attention que Nicole et son équipe tentent de prodiguer à chaque instant. A l’heure de la distribution des médicaments, Nicole doit d’abord arpenter le dédale des couloirs, passer de nombreux sas de sécurité. Mais pour elle, cela en vaut la peine. "On voit s’il y a un détenu qui perd du poids, qui déprime, qui change d’attitude ; on peut le remarquer. C’est pour ça qu’on préfère distribuer les médicaments nous-mêmes". Lors de sa tournée, Nicole est accompagnée par un agent pénitentiaire. Eux aussi peuvent être une aide. "Les agents sont sur section tout le temps. Souvent lorsque quelqu’un ne va pas bien, ils nous en parlent".

Le coronavirus bouscule le quotidien

Aux difficultés du quotidien liées à l’univers carcéral se sont ajoutés les conditions sanitaires liées au coronavirus et le stress de voir le virus se répandre comme une traînée de poudre comme cela a d’ailleurs été le cas dans plusieurs prisons du pays. "Dans une collectivité comme ici, la contagion est beaucoup plus risquée puisqu’il y a beaucoup plus de contacts entre eux donc on doit vraiment respecter les bulles des étages", explique Nicole Gorez.

Nicole comme les autres membres du personnel soignant ont pu être vaccinés mais ce n’est pas encore le cas des détenus. "C’est ce qu’on attend depuis très longtemps", explique Nicole Gorez. "On a bien vu le résultat dans les maisons de repos. Ils peuvent vivre différemment depuis qu’ils sont tous vaccinés. On espérait être vacciné depuis longtemps parce qu’on est tout de même une collectivité mais bon cela ne dépend pas de nous ni même de notre direction". Pourtant la vaccination des détenus a déjà débuté dans certaines prisons en Flandre ou même à Bruxelles. Pour la Wallonie, le lancement de la campagne de vaccination est prévu le 19/04. Ce seront d’abord les plus de 65 ans et les personnes souffrant de comorbidités qui seront vaccinées comme dans le reste de la population. Au total, sur l’ensemble du pays, ce ne sont pas moins de 10.414 détenus qui devront être vaccinés. Mais en attendant, Nicole Gorez et son équipe font leur possible pour empêcher le virus de gagner du terrain.

Prisons: l'aide précieuse des infirmières (JT du 12/04/2021)

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