Les hommes seraient-ils plus violents que les femmes ?

Les hommes seraient-ils plus violents que les femmes ?
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Les hommes seraient-ils plus violents que les femmes ? - © Daniel Grill - Getty Images/Tetra images RF

D'un continent à l'autre et d'une société à l'autre, les hommes semblent plus violents que les femmes. En effet, selon une étude de 2019 des Nations Unies, les hommes commettent environ 90% des homicides. Ce sont aussi eux les principales victimes des violences létales, à hauteur de 81%.

Dans les prisons belges, les femmes ne représentent d'ailleurs que 4,33% de la population carcérale selon le rapport de 2017 de l'Observatoire international des prisons.

D'après le psychanalyste Patrick De Neuter, toutes les recherches qui s’intéressent aux divers types de violences modérées, graves, très graves, ou encore psychologiques, physiques ou sexuelles, vont dans le sens que les femmes exercent des violences mais que ces dernières sont moins graves et souvent moins physiques.

Les tueries de masse

Selon Mother Jones, entre janvier 2013 et août 2019, les États-Unis ont enregistré 53 tueries de masse, sachant qu'une tuerie de masse fait au minimum quatre victimes. Des données compilées par ce magazine américain — et mises en graphique par le portail Statista — il ressort que dans seulement trois des 53 cas, le suspect était une femme.

 

"Ce constat se vérifie au Canada, où tous les tueurs de masse depuis 1980 sont des hommes", écrivent les auteurs de l'Étude sur la prévention de la violence dans les institutions publiques du Centre international pour la prévention de la criminalité de 2015, qui dénombrent au total sept tueries de masse entre 1984 et 2014.

En Europe, 15 pays ont connu 23 tueries de masse par armes à feu entre 2009 et 2018, recense l’Institut flamand pour la paix. Avec cinq drames, la France est le pays le plus touché, suivi par l'Allemagne et la Belgique. On se souvient du drame liégeois de 2011 : Nordine Amrani avait ouvert le feu sur la place Saint-Lambert et fait cinq victimes. On n'oublie pas non plus l'attaque de Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles.

Le rapport ne considère cependant que les tueries de masse à l'arme à feu. Les attentats du métro de Maelbeek et de l'aéroport de Bruxelles-National en 2016 n'y apparaissent donc pas.

Parmi ces 23 tueries, à part une dont on ne connaît toujours pas le meurtrier, tous les condamnés sont des hommes.

Glorification de la violence

Pour comprendre cette surreprésentation masculine, "certains auteurs suggèrent que la glorification de la violence, un comportement assigné au genre masculin dans la culture populaire, est une piste à explorer, car les conséquences de ces mythes influent sur les modèles sociaux masculins", remarque l’étude québécoise de 2015. "D’autres encore observent que, dans la culture occidentale, la masculinité est souvent synonyme de violence."

En analysant les tueries de masse en milieu scolaire de Columbine, Virginia Tech et Northern Illinois — qui se sont toutes trois conclues par le suicide final des assaillants, chaque fois des hommes —, les sociologues américains Rachel Kalish et Michael Kimmel ont relevé en 2010, dans leur article Suicide by Mass Murder : Masculinity, Aggrieved Entitlement, and Rampage School Shootings, des points communs dans la motivation des auteurs et dans leurs perceptions troublées de la masculinité.

Précédemment humiliés, ignorés ou intimidés par leurs pairs, ces jeunes concevaient ainsi le passage à l’acte comme un droit de se venger d’un groupe qui les avait lésés et comme la seule façon de se réapproprier leur identité masculine, remarquent nos confrères du Devoir.

"Ce qui transforme un individu qui se sent lésé en tueur de masse, c’est également le sentiment qu’il éprouve d’être dans son droit d’utiliser la violence contre les autres… Ce sentiment d’être dans son droit de chercher réparation car on s’estime lésé est une émotion genrée. Et son genre est masculin", avancent Kalish et Kimmel.

Le suicide

Les hommes sont aussi plus violents envers eux-mêmes que les femmes, notamment au moyen du suicide. En 2016, 1.903 Belges ont mis fin à leurs jours. Parmi eux, 71% étaient des hommes.

Plus généralement, selon le Centre de Prévention du Suicide, on peut noter la prédominance des taux de suicide des hommes sur les femmes presque partout dans le monde.

La seule exception est trouvée en Chine rurale, où les taux de suicide des femmes sont en moyenne 1,3 fois plus élevés que ceux des hommes. Pour le psychanalyste Patrick De Neuter, ce phénomène peut s’expliquer par la culture chinoise, qui valorise bien plus le statut des hommes que celui des femmes.

"Les nouveau-nés filles sont tués beaucoup plus que les garçons en Chine, de telle sorte qu'il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes, encore aujourd’hui. Donc on pourrait dire que dans une culture où il n'y a pas d'issue heureuse pour les femmes, elles vont se suicider plus souvent que les hommes."

Néanmoins, quand on parle de tentative de suicide, les femmes sont au moins aussi nombreuses que les hommes. Contrairement aux hommes, qui utilisent des méthodes plus radicales comme l'arme à feu ou la pendaison, les femmes vont préférer le poison ou les médicaments. Cela laisse parfois le temps à quelqu’un de les trouver et de les sauver.

Selon Patrick De Neuter, ces tentatives de suicide de femmes sont souvent des appels à l'aide. "Les hommes, quant à eux, n'aiment pas appeler à l'aide. Ils consultent les psychologues beaucoup moins que les femmes.

La société occidentale encourage en effet les hommes à ne pas montrer leurs faiblesses. "Alors de nouveau, c'est la culture qui fait que l'homme va moins souvent faire appel, y compris par la tentative de suicide."

Le regard des autres

Les femmes seraient plus sensibles au regard des autres et à l'image qu'on se fait dans la société de ce que doit être une femme : douce et pacifique. Selon Patrick De Neuter, une fois libérées de ce regard, elles s'avèrent aussi violentes que les hommes. Plusieurs recherches vont dans ce sens.

Dans l'expérience de Milgram, on demande à des hommes et à des femmes d’infliger sans être vus des chocs électriques à des victimes, qui sont en fait des comédiens qui miment la douleur ressentie. Les femmes s’y révèlent aussi tortionnaires que les hommes.

Dans Same Difference: How Gender Myths Are Hurting Our Relationships, Our Children, and Our Jobs, deux chercheurs de Princeton ont souhaité comparer les différences d’agressivité entre hommes et femmes et ont pour cela demandé à un groupe de 84 hommes et femmes de jouer à un jeu vidéo dans lequel ils devaient larguer des bombes les uns sur les autres.

Une partie du groupe réalisait le test à visage découvert et les joueurs étaient connus des autres joueurs et des chercheurs. L'autre partie du groupe réalisait le test incognito.

L’expérimentation a montré que lorsque leur identité est connue, les hommes larguaient plus de bombes que les femmes et par conséquent étaient plus agressifs. Par contre, dans le groupe des sujets qui jouent incognito, les femmes étaient beaucoup plus agressives que les hommes, avec en moyenne 5 bombes larguées en plus que les hommes.

Par ailleurs, l’agressivité moyenne des groupes avec identification ou incognito est quasiment la même chez les hommes, alors qu’elle est fort différente chez les femmes.

Diminution générale de la violence

Patrick De Neuter note toutefois que nos civilisations se caractérisent par une diminution générale de la violence.

"Il y a deux siècles, vous alliez à Paris en diligence, vous étiez sûr de vous faire détrousser une fois sur deux. Aujourd’hui, vous allez à Paris, vous rencontrez éventuellement des policiers, armés pour empêcher la violence. Au siècle passé, ce n’est pas parce qu’on était violent qu’on allait en prison. Aujourd’hui, un chef d'Etat qui a commis des massacres, il va en prison."

Le nombre de prisonniers n'est donc pas nécessairement un reflet de la violence selon le psychanalyste. "C'est un reflet du rapport de la société à la violence et à l'intolérance de plus en plus grande de la société à la violence", conclut-il.

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