Les "heureux de 2020" : qui sont ces Belges pour qui l'année écoulée a été une année de rêve ?

Ils s'appellent Alizée, Manon, Anne et Matthieu et à contre-courant, ils tirent un bilan positif de 2020
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Ils s'appellent Alizée, Manon, Anne et Matthieu et à contre-courant, ils tirent un bilan positif de 2020 - © Tous droits réservés

Une année pourrie, gâchée, perdue, … Rares sont les qualificatifs élogieux qui resteront gravés dans les mémoires concernant l’année 2020 qui sera du passé dans quelques heures. L’épidémie de coronavirus et les confinements et reconfinements garderont une place amère dans les mémoires, si bien que le Time a même qualifié cette année de "pire année de l’histoire". Pourtant, parmi les plaintes, les annulations et les taux de contaminations en montagnes russes, certains ont profité de cette période de 365 jours chahutée pour réaliser un rêve, monter un projet ou changer de vie. Ils s’appellent Anne, Manon ou encore Matthieu et entre surprise, crainte, chance et bonne étoile, focus sur ces Belges pour qui 2020 n’a pas été si noire que cela.

Alors que l’heure est au bilan et aux bonnes résolutions pour 2021, certains font les comptes et rougissent de le constater : les marqueurs de leur vie auront été au vert malgré "l’année coronavirus" écoulée qui a tant fait souffrir certains secteurs. À côté des mines déconfites leur sourire contraste. Parmi eux, plusieurs confient que 2021 sera au top de la liste des meilleures années de leur vie. Et de surcroît, sans les circonstances que beaucoup aimeraient oublier, ils n’auraient sans doute pas concrétisé leur ambition.

Qu’ils soient entrepreneurs, artistes ou même voyageurs, ils sont formels. Si l’année qui s’achève avait eu une autre couleur, l’heure des grands bilans aurait été plus terne pour ces personnes qui semblent avoir été piquées d’un autre type de vaccin : bourré de positivité pour relativiser.

La résilience du confinement

"2020 a été une année exceptionnelle pour moi", tranche d’emblée Alizée Arredondas. Les yeux rieurs, elle le sait : son discours va à revers des lamentations et des plaintes générées par les conséquences du Covid-19. La source de son humeur au beau fixe : une année qui aura été celle de la consécration pour cette influenceuse culinaire qui se décrit comme une "food blogger". Elle rassemble aujourd’hui plus de 25.000 abonnés sur Instagram.


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Sur les objectifs de vie qu’elle se donne au début de l’année et qu’elle recense dans l’un des nombreux carnets qu’elle utilise pour faire état de sa vie, ce sont au moins deux cases qui sont aujourd’hui cochées. Pourtant, avec l’arrivée du Coronavirus en Belgique en mars, cette Liégeoise voit tous ses projets annulés. Une douche froide pour celle qui un an plus tôt, faisait le pari de vivre pleinement de son activité sur les réseaux sociaux. Collaborations avec des marques annulées et reportées, elle tente de garder la tête hors de l’eau et inonde les boîtes mail de ses clients. "Les agences de relations presse faisaient les morts, ça s’est vraiment arrêté d’un coup", se souvient-elle. Résultat des courses : la morosité l’accable mais elle tente de garder le moral malgré un mois de mars où désillusions se succèdent.

Pour ne pas sombrer dans la déprime, Alizée donne un nouveau souffle à son profil Instagram. Faute de partenariats rémunérés avec des marques, elle retrousse ses manches et propose de nouveaux contenus à la communauté qui scrute avec attention ses publications. Petits plats mijotés en direct avec ses abonnés, fiches recettes, la situation inédite force la jeune femme de 26 ans à se renouveler, même si cela ne lui rapporte pas grand-chose financièrement parlant. Au final, son compteur d’abonnés gonfle de 10.000 followers durant le premier confinement. "En Belgique, c’est énorme", s’étonne-t-elle encore aujourd’hui. "J’étais subjuguée."

Une solution pour supporter le stress est de se mettre en mouvement

Cette capacité à se retourner, d’autant plus lorsque le climat social est morose, c’est ce que Jean Van Hemelrijk, psychothérapeute et psychologue de la famille à l’ULB appellent la résilience, la capacité qu’a l’humain de transformer un malheur en bonheur. "En confinement ou dans une situation où on ne peut plus faire certaines choses, une solution pour supporter le stress est de se mettre en mouvement", observe-t-il. "C’est en quelque sorte s’échapper de sa détresse pour en faire quelque chose de positif."


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Face au succès des nouveaux formats qu’elle propose et avec un projet de lancement d’un service traiteur mis sur pause par la situation sanitaire, Alizée décide de rentabiliser les longues journées où elle est assignée à résidence. Petit à petit, elle compile les recettes qu’elle a proposées à ses abonnés dans un livre qu’elle passe de longues journées à mettre en page. Au même moment, elle se lance dans la recherche d’un local pour pouvoir ouvrir son propre restaurant à Liège, alors que l’horeca vient de rouvrir ses portes en Belgique mais que l’incertitude règne sur un possible nouveau confinement.

Voir plus grand

Pendant ce temps, toujours à Liège et comme des millions de Belges, Manon Counet, 27 ans occupe ses journées comme elle peut. Cette institutrice de formation est assignée à résidence, confinement oblige. Loin de ses élèves, elle investit le sous-sol de la maison de son oncle pour faire fleurir sa passion : les bouquets de fleurs. Dans la foulée, elle lance un formulaire de commandes pour vendre ses créations sur Internet.

"C’était une façon pour moi de 'profiter de la situation'", concède-t-elle plus de six mois plus tard. "Je voyais beaucoup de gens en demande de fleurs à offrir pour surmonter la situation." Le succès est immédiatement au rendez-vous pour la jeune qui a acquis ses compétences en art floral au cours d’une année de formation en cours du soir.

Avec la fête de mères et le confinement, son service de livraison et de retrait encore bancal est immédiatement couronné de succès. "Ça m’a boostée, je me suis dit qu’au lieu de démoraliser confinée chez moi, je pouvais mettre à profit ce temps que j’avais par la force des choses", se réjouit-elle. Galvanisée, elle lance un site internet et décide de continuer, en parallèle de son travail d’institutrice auquel elle trouvera la force de dire au revoir deux mois plus tard.

Au lieu de démoraliser, j’ai mis ce temps à profit

Ce choix, Manon ne l’a jamais regretté. Mais la cave où elle confectionne ses bouquets devient un frein à la poursuite de ses ambitions. "J’ai commencé ici en me disant que de toute façon, je ferai ça à côté, que ça ne me prendrait pas trop de temps mais j’ai été dépassée par les commandes." La jeune femme, theutoise d’origine, voit plus grand. Puisqu’elle a tout plaqué pour vivre de ses compositions florales, elle veut ouvrir sa propre boutique.

Pluie de soutiens

C’est lors d’une livraison que la fleuriste fait la connaissance d’Alizée. Avec l’incertitude liée au Covid-19 et la situation délicate pour les bars et restaurants qui viennent d’être contraints de refermer leurs portes à la clientèle, la blogueuse peine à trouver un lieu pour ouvrir son restaurant. Elle propose alors à Manon de mutualiser leurs commerces et de louer un seul bâtiment où le magasin de fleurs de l’une serait juste à côté du restaurant de l’autre. Bingo pour le duo qui trouve dans la foulée l’endroit idéal en plein cœur de Liège.


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Les deux jeunes femmes peuvent alors se lancer dans les préparatifs. De son côté, Alizée lance un financement participatif en ligne avec pour objectif d’atteindre 10.000 euros pour pouvoir donner de nouvelles couleurs à son activité une fois que la situation sanitaire le permettra. "Je ne croyais pas trop au crowdfunding", confie-t-elle encore aujourd’hui. "Ce sont mes proches qui m’ont encouragé à le faire." Et ils ont visiblement bien fait. Il ne faut même pas 24 heures pour que le compteur s’affole. En moins de deux jours, la jeune femme atteint les 10.000 euros espérés et sa cagnotte s’élève aujourd’hui à plus de 21.000 euros. "Quand j’ai passé le cap des 10.000, j’ai pleuré, j’étais dans mon canap', c’était inimaginable", s’émeut la jeune femme.

Le psychologue de l’ULB n’est de son côté pas très étonné. Il estime que dans une situation périlleuse, soutenir un projet aux vertus positives est une forme de "convocation de l’espoir". "Soutenir le projet de quelqu’un c’est croire que demain sera meilleur", pointe Jean Van Hemelrijk.

Soutenir le projet de quelqu’un c’est croire que demain sera meilleur

Et d’espoir, Alizée n’en manque pas. "Si cette année n’avait pas été ce qu’elle a été, je pense que je ne me serai jamais lancée maintenant", estime celle qui avoue accumuler assiettes, couverts et parures en tous genres depuis plusieurs années si d’aventure elle était un jour capable d’ouvrir son propre restaurant. Alors que désormais c’est sûr, le rêve deviendra réalité, elle espère que d’autres projets comme le sien verront le jour une fois le confinement levé, comme autant de rayons de soleil après la pluie. "Mes proches m’ont dit de me lancer car 'tous les jolis projets étaient annulés ou arrêtés'. C’est super triste car si tous les restaurants ferment comme c’est un peu le cas actuellement, j’ai vraiment peur du genre d’avenir que l’on va construire", conclut la Liégeoise.

Remise en question

Construire un meilleur avenir. C’est aussi la motivation qu’avance Anne Bonhomme lorsqu’on lui demande les raisons qui l’ont poussée à tout jeter par la fenêtre pour créer sa propre marque de bijoux. "J’ai commencé en offrant certaines de mes créations à des infirmières, touchées en première ligne par l’épidémie de coronavirus", déclare-t-elle.

Pourtant après un bac en publicité et plusieurs expériences en tant qu’infographiste, rien n’indiquait qu’elle serait un jour créatrice de bracelets et autres parures. C’est durant le premier confinement que l’étincelle apparaît. Depuis longtemps, elle le sent, elle créera un jour quelque chose. Pourtant, les années passent et elle refoule cette envie.

En mars, le confinement vient bousculer son quotidien et remet tout en question : "Cette période spéciale et unique m’a fait comprendre que j’avais vraiment envie de ça", se souvient-elle. "Je me suis dit : 'c’est l’occasion ou jamais'."

Je me suis dit : "C’est l’occasion ou jamais"

Une idée qui fait sourire mais qui n’étonne pas Jean Van Hemelrijk. "Le confinement a été une forme d’autorisation sociale que les gens ont reçue pour se reposer. De nombreuses personnes ont mis à profit ce moment pour revenir sur leurs regrets, ne pas être prisonniers d’eux et les réaliser", commente-t-il. Le spécialiste évoque l’explosion de l’affluence dans les déchetteries depuis le premier confinement. "Quand on est encombrés de certaines choses, on est heureux de s’en débarrasser mais pour cela, il faut du temps."


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C’est d’un vieux regret qu’Anne s’est débarrassée lors du reconfinement de la fin octobre après avoir plaqué son ancien travail en juin. Sans emploi, elle compte aujourd’hui bien vivre de sa passion, alors qu’elle est à nouveau confinée sa marque naît sur les réseaux sociaux. "Quand on se lance durant un confinement, il y a une part de culpabilité car je n’arrêtais pas de voir partout des gens en galère et ça pouvait paraître culotté de tout lâcher comme ça", assume-t-elle.

Sans formation ou vraie marche à suivre, elle crée tout de ses mains, de la confection à la communication en passant par la vente. "C’est un peu l’année qui m’a fait grandir, l’année où j’ai osé, où je m’écoute", se réjouit Anne lorsqu’elle repense à l’année écoulée.

Des rêves qu’on aurait jamais cru réaliser

À côté des grands projets, des business qui se façonnent et des ambitions assouvies, certains Belges ont réalisé d’autres types de rêves. Parmi eux, Mathieu Goussault. Ce manager dans un établissement de Waterloo l’assume : son travail, c’est toute sa vie. "Depuis mes 17 ans, je travaille énormément pour mettre de l’argent de côté", explique-t-il. Et depuis ses 17 ans, il n’a jamais non plus pris de vacances. Alors quand le premier confinement est arrivé, ce jeune homme de 22 ans a bien dû s’accorder une pause.

Si supporter une période de congé forcé aura été salvateur pour ce jeune Bruxellois actif dans l’événementiel, la seconde mise à l’arrêt de l’Horeca a été une impulsion pour lui. "En Belgique, on ne sert à rien, on est bloqués dans nos appartements, on stresse par rapport au couvre-feu, au masque qu’on doit porter partout, …" Sa solution pour échapper à tout cela : s’évader à l’autre bout du monde.

Alors que le couperet tombe et que les restaurants et cafés doivent à nouveau fermer leurs portes, cela ne fait qu’un tour dans sa tête. "On a fait nos tests Covid le lundi matin, le mercredi, on était dans l’avion." Direction la Martinique pour le jeune homme qui emporte sa partenaire avec lui. Depuis plus de trois mois, le couple "vit au rythme de Caraïbes". "C’est un truc que j’ai toujours voulu faire mais en temps normal, si j’avais décidé de partir pendant aussi longtemps, je savais que je perdrais mon travail donc je ne l’aurais jamais fait", concède-t-il.

S’il sait qu’il ne gagne pas d’agent pendant son périple, il relativise et estime avoir trouvé la solution idéale pour rentabiliser cette période de congé forcé. "Chaque fois qu’on a un problème, on peut le retourner et en faire quelque chose de positif. Oui, il y a un problème mais on ne peut rien y faire mais alors que peut-on faire d’autre pour se renouveler ?", relativise-t-il. En tout cas il est formel, il était hors de question qu’il "reste chez lui à s’apitoyer sur son sort".

Se projeter dans 2021

Alors si 2021 ouvrira sa porte peu après 23h59 ce 31 décembre, rien n’indique que le quotidien sera plus radieux même si nombreux sont ceux qui trépignent de pouvoir faire le doigt d’honneur qu’elle mérite à 2020. En tout cas, nous pouvons nous poser la question de savoir si les longues périodes, cantonnées à domicile, ne sont pas propices à la création. Anne Frank, par exemple, aurait-elle rédigé son journal dans d'autres circonstances que celle du confinement qu'elle a vécu ?

Cela n'empêche que certains Belges ont su mettre à profit cette période pour le moins particulière. Mais même lorsque l’année a été au beau fixe, ce sont d’autres craintes et incertitudes qui pendent au-dessus de la tête des "heureux de 2020".

"Je vois l’année à venir avec beaucoup de curiosité", affirme Manon qui s’interroge quand à son avenir. "2020 va rester dans ma mémoire comme l’année où j’ai réalisé mon rêve mis je n’ai jamais connu autre chose que mon commerce pendant le Covid donc c’est difficile d’imaginer ce que ce sera une fois que ce sera passé."


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De son côté Anne ne regrettera pas l’année qui s’achève. "C’est une réussite car j’ai pris le parti malgré tout les risques de lancer ça pendant une période compliquée et ça c’est super important. Au pire, j’aurais gagné l’honneur d’avoir osé et de faire autre chose sans regret", sourit-elle tandis qu’Alizée prépare l’ouverture, quand le contexte le permettra, du restaurant dont elle a toujours rêvé.

De son côté, Matthieu l’assure, ses congés forcés auront été un échelon dans sa vie qui lui permettra d’avancer d’une manière ou d’une autre. "Je pense qu’au final, le Covid va nous apporter beaucoup plus de choses que ce qu’on croit", conclut-il alors que si les bars et restaurants n’ouvrent pas prochainement, il n’y a aucune raison que le voyage touche à sa fin.

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