Les gynécologues déclarent la guerre aux sages-femmes

Les gynécologues disent non à la démédicalisation des accouchements
Les gynécologues disent non à la démédicalisation des accouchements - © LEO RAMIREZ - AFP

Ce n'est pas une déclaration de guerre, disent-ils, mais ça y ressemble pourtant furieusement. Les gynécologues, ou plutôt leurs représentants au sein de l'ABSYM (l'Association Belge des syndicats médicaux), ont adressé une lettre ouverte à la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block. Elle est signée par les docteurs Michel Masson et Johan Van Wiemersch. "Cette note que nous vous adressons est une sorte d'appel au secours pour une spécialité de plus en plus malmenée".

Accouchements à domicile ?

Les gynécologues-obstétriciens se disent donc inquiets. Ils craignent de se voir supplantés de plus en plus par les sages-femmes. Ils dénoncent aussi une tendance appuyée vers les accouchements à domicile. Dans leur lettre ouverte, les Drs Masson et Van Wiemersch insistent sur "la délégation de plus en plus grande des tâches en faveur des sages-femmes et la valorisation excessive de leurs prestations". Et de souligner :"la tendance à déléguer également les accouchements eutociques (c'est-à-dire les accouchement qui se déroulent dans des conditions normales) aux sages-femmes pose de réels problèmes sur le terrain".

Pour les signataires, sages-femmes et gynécologues doivent poursuivre leur collaboration mais les unes ne doivent pas se substituer aux autres. Il en va de la qualité des soins prodigués. Et le docteur Van Wiemersch de brandir le cas des Pays-Bas où les accouchements à domicile induisent, dit-il, de mauvais chiffres en terme de mortalité périnatale alors que chez nous, nous pouvons nous targuer de résultats excellents.

Réforme de la santé

La ministre de la Santé veut réduire, on le sait, la durée d'hospitalisation des femmes qui accouchent, pour réaliser des économies. La sage-femme est dans ce contexte valorisée pour le suivi pré et post-accouchement. Un appel à projets-pilotes a été lancé fin du mois de juillet visant à raccourcir le séjour hospitalier lors de l'accouchement. Mais au cabinet de Maggie De Block, on l'assure, les idées qui seront testées dans le cadre de cette réforme du financement des hôpitaux doivent inclure une collaboration avec au moins un hôpital; il ne s'agit pas ici de faire la promotion de l'accouchement à domicile.

Une conception différente de la naissance

Les sages-femmes, elles, ont plutôt envie de souligner l'importance de la collaboration qu'elles mettent en place tous les jours avec les gynécologues, une collaboration essentielle qui majoritairement se passe bien même si c'est plus difficile dans certaines structures.

La présidente de l'Union professionnelle des sages-femmes de Belgique, Vanessa Wittvrouw insiste d'ailleurs sur les dernières études réalisées notamment par le centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE). "Elles mettent en avant les compétences des sages-femmes lors de la prise en charge de la grossesse et de l'accouchement, à partir du moment où l'on se trouve dans des naissances qui sont vraiment physiologiques. Donc cette mise en avant de la profession est vraiment justifiée en matière de santé et permet d'avoir un impact essentiel positif pour la santé des futures mères et de leur bébé".

Pour Vanessa Wittvrouw, il faut pouvoir envisager aujourd'hui la conception de la naissance de manière un tout petit peu différente, tout en préservant la sécurité tant de la maman que du bébé.

 

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