Les gilets jaunes, tous des casseurs?

Les faits de dégradations s'accumulent depuis le soir du 19 novembre dans les lieux "gardés" par les Gilets jaunes
Les faits de dégradations s'accumulent depuis le soir du 19 novembre dans les lieux "gardés" par les Gilets jaunes - © Tous droits réservés

Ce mercredi matin, des opérations de nettoyage ont eu lieu sur l'E19 à proximité du dépôt de Feluy où des manifestants ont à nouveau mis des bretelles d'autoroute à feu et à sac. Des événements qui donnent une terne image aux gilets jaunes qui ne cessent de revendiquer qu'ils sont "pacifistes". Alors, les gilets jaunes sont-ils tous des casseurs ?

Arbres tronçonnés, camion citerne enflammé, panneaux et routes dégradés. Les images sont fortes, les auteurs des dégradations sont toujours, ou quasiment, munis de gilets jaunes.  Cette nuit encore, les manifestations ont pris une tournure violente par endroits, notamment à Feluy, où une journaliste de la RTBF a été accueillie à coups d'insultes et de tessons de bouteille.

Difficile de faire la part des choses entre les revendications de ces manifestants en gilets fluorescents et les débordements relatés dans les médias. Ces faits témoignent la réalité de ces manifestants particuliers, unis dans leurs revendications mais divisés dans leurs méthodes. Lorsqu'on évoque les gilets jaunes, nous faisons référence à un mouvement hétéroclite avec d'un côté, les "pacifistes" et de l'autre, les "casseurs".

Des débuts calmes

C'est une mobilisation française qui a donné son impulsion et son nom aux "gilets jaunes" que l'on voit depuis le vendredi 16 novembre dans plusieurs endroits stratégiques de Wallonie au niveau du secteur pétrolier. Les manifestants ont bloqué, en continu ou partiellement, les dépôts de carburant de Feluy, Tertre, Wandre, Wierde, Tournai ou encore Sclessin.

L'objectif affiché à l'origine : "Couper le robinet de l'Etat", selon la description d'un événement de la première heure, et ce afin de dénoncer "trop de taxes" et de faire entendre les revendications concernant "les pensions, les retraites et la TVA sur l’électricité, etc.", évoque-t-on sur la page Facebook de l'événement. Concernant les méthodes à adopter, la consigne est claire : "Nous ne sommes pas là pour casser, nous sommes là pour montrer que nous ne sommes plus leurs portefeuilles".


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Suivant cet appel, des actions ont débuté de manière pacifique vendredi 16 novembre dans une ambiance qualifiée de "bon enfant". Parmi les personnes mobilisées, on recensait principalement des citoyens jugeant "difficile de joindre les deux bouts". Leur modus operandi ? Rester en petits groupes sur les routes qui mènent aux dépôts afin de bloquer leur alimentation.

La mobilisation s'est déroulée de la même façon durant le week-end, accusant tout de même un recul de mobilisation entre le premier et le deuxième jour de l'action. Au-delà des blocages, aucun débordement n'était à déplorer et les mobilisations sont restées relativement calmes jusqu'à lundi.

Premières interventions policières

 "L’action des manifestants s’est déroulée de manière pacifique durant tout le week-end avant que d’autres personnes ne rejoignent le mouvement ce lundi", expliquait l’échevine de Seneffe Marie-Christine Duhoux (MR-IC) au quotidien Le Soir, justifiant une opération policière musclée menée à Feluy.

Les policiers ont délogé, à coup d'autopompe, les quelque cinquante personnes qui bloquaient l'arrivage des camions au dépôt. Résultat des courses : l'arrestation administrative de trois personnes, dont l'une qualifiée de "trouble-fête" par les manifestants eux-mêmes.

Ce sont ces manœuvres policières qui auraient fait basculer les mobilisations des Gilets jaunes, principalement à Feluy. Si une trentaine de Gilets jaunes ont repris leur position dans le calme suite à l'intervention des forces de l'ordre, ils ont été rejoints dans la soirée par des centaines d'autres. Ces nouveaux arrivants étaient munis de tronçonneuses et ont fait exploser des pétards.

Rupture au sein du mouvement

"Ils ont lâché les autopompes et on est révoltés", s'exclamait un homme lundi soir au milieu de la foule. Si l'orateur porte un gilet jaune, ce n'est pas le cas de tous les hommes qui l'entourent, certains sont cagoulés. "Ils s'attaquent à des femmes et des hommes qui ont des c*uilles et ils ne sont pas présents, on les attend", concluait l'homme, s'adressant aux policiers.

Ce soir-là, ce genre de discours s'entremêle à la voix d'autres gilets jaunes, plus modérés. "Je suis venue avec mon enfant pour lui faire comprendre que le futur va être difficile pour lui, témoigne une femme, emmitouflée dans son écharpe. Je suis surtout fâchée avec ce que la police a fait avec les autopompes. Nous sommes pacifistes et ils viennent nous agresser." Elle constate néanmoins, l'arrivée de personnes plus violentes qu'elle qualifie de "casseurs".


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Le lendemain matin à l'aube, les Gilets jaunes de la première heure constatent les dégâts et dressent le profil des personnes qui les ont rejoints dans la nuit. "Ce sont des gens qui sont comme nous, qui n'acceptent pas certaines choses", juge Benoît Coekelbergs. Cependant, ce manifestant déplore que les nouveaux arrivants "considèrent que le fait d'être pacifiste ne règle rien".

Deux mouvements, un emblème?

Après avoir fait le tri dans les déclarations et attitudes des différents intervenants lors des actions nocturnes menées durant les nuits du lundi au mardi et du mardi au mercredi, on distingue plusieurs types de profils derrière les "gilets jaunes". Une situation confuse vécue dont témoigne Vinciane Votron, une journaliste de la RTBF agressée lors d'un duplex sur le site de Feluy mardi soir. "Je ne savais plus trop si c'était des gilets jaunes ou des casseurs, témoigne-t-elle. Sur le fond, on voit bien que c'est un mélange de pleins d'idées.

On distingue d'un côté, les pacifistes. La plupart on rejoint le mouvement dès le 16 novembre. Ils mènent leurs actions en continu et "se battent avec les mots et la verve", insiste Albert, qui se présente comme le porte-parole des Gilets jaunes du Brabant Wallon. Ils ne sont généralement pas plus d'une vingtaine par dépôt et disent laisser passer les livreurs de mazout de chauffage.

De l'autre côté, ceux qui sont qualifiés de "casseurs". Ils ne sont apparus qu'au soir du 19 novembre, en réaction aux interventions policières. Certains d'entre eux portent aussi des gilets fluorescents, "en soutien aux Gilets jaunes". De leur côté, ils déplorent l'usage de la force à l'encontre de femmes et de personnes pacifistes sans raison valable, selon eux.

D'après les témoins confrontés à ce second type de manifestants, ils utilisent des méthodes plus violentes. Pillages, abattage d'arbres, pétards, leur volonté serait d'en découdre avec les forces de l'ordre, "au nom de la liberté", selon Albert. "On se rend compte que tout le monde n’a pas la même mentalité que les Gilets jaunes et que dans les Gilets jaunes, il y a des gens qui ne sont pas vraiment pacifiques, pas vraiment des Gilets jaunes", regrette François qui arbore le fameux gilet du côté de Sclessin. "Ces gens-là ne sont pas là pour être avec nous, ils sont là pour faire leur truc à eux et leur truc à eux, c’est casser tout et en découdre", conclut-il.

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