Les galeries couvertes ou l'art de faire du lèche-vitrine au sec et les pieds propres

Paris, fin du 18ème siècle. Comme toutes les autres grandes villes d'Europe, la capitale française est un cloaque. Pour les gentilhommes et les élégantes parisiennes, rester propre est un défi permanent. Ah si l'on pouvait se promener tranquillement entre les vitrines des magasins au sec, à l'abri des intempéries  et sur un pavé qui ne risque pas d'être éclaboussé par le passage des carrosses...Et voilà une idée qui fait mouche : les galeries, couvertes d'une verrière, apparaissent au centre de Paris dans les années 1780. Elles participent de l'esprit du temps : l'heure est au confort, au raffinement, aux théâtres et aux spectacles. C'est également à cette époque qu'apparaissent des établissements voués à un succès planétaire : les restaurants. La naissance des galeries couvertes est bel et bien lié à l'avènement de la société des loisirs. Même si bien entendu elle n'est alors réservée qu'à quelques privilégiés.

Le Paris de l'époque est bien différent de celui d'aujourd'hui. Il n'est pas encore traversé par de grands boulevards et de larges avenues. Les galeries couvertes vont donc remplir aussi une autre fonction : permettre de relier les quartiers, de passer plus facilement de l'un à l'autre. C'est pour cela qu'ils sont souvent baptisés passages, comme ceux qui subsistent encore aujourd'hui tels le passage Jouffroy, le passage Verdeau ou celui des Panoramas.

De la splendeur à la désuétude

Au 19ème siècle, la révolution industrielle va permettre des audaces architecturales : les galeries gagnent en hauteur et en largeur. D'autres villes s'inspirent alors de l'exemple parisien comme Liège qui inaugure la première galerie couverte en Belgique, le passage Lemonnier. A Bruxelles, la jeune capitale de l'Etat belge frappe fort : Léopold 1er inaugure en grande pompe en 1847 les galeries Saint-Hubert, à deux pas de la Grand-Place. Véritable exploit architectural, elles sont bâties en 18 mois ; d'une longueur et d'une largeur incomparable à celles de Paris, elles ont de quoi rendre la ville lumière jalouse. Et l'exemple bruxellois fait tache d'huile : Milan et Naples construisent à leur tour de somptueuses galeries directement inspirées par celles de Bruxelles. Partout en Europe, de grandes villes se dotent de ce type de galeries, qui sont  finalement les ancêtres de nos centres commerciaux.

Mais après le temps de la splendeur viendra au 20ème siècle celui de la décadence. Parfois les architectures vieillissent mal et les travaux de rénovation ne sont pas entrepris parce que trop coûteux. D'autant que le public prend d'autres habitudes et se désintéresse de ce type d'infrastructure. Leur attractivité commerciale faiblit. Dans la folie destructrice des années 60 et 70, beaucoup disparaissent à tout jamais sous les bennes des démolisseurs. A Paris, la très belle galerie Vivienne, entre le palais royal et la bourse échappe de peu à la démolition...

Les galeries couvertes sont à nouveau tendance

Et voilà que le charme va à nouveau opérer . Des créateurs de mode comme Kenzo et surtout Jean-Paul Gaultier s'y installent et remettent la galerie Vivienne à la mode. Tout un symbole : les galeries redeviennent tendance et retrouvent leur lustre d'antan.

Ce 12 septembre 2019 à Paris, un jumelage vient d'être célébré entre la parisienne galerie Vivienne et les bruxelloises galeries saint-hubert, prélude à la création d'une association européenne des galeries et passages couverts. Il en reste 150 en Europe et les villes qui les abritent en sont généralement fières. Elles présentent en effet un double avantage : patrimonial d'abord , ce qui attire les touristes;  commercial ensuite,, ce qui attire les clients.

En ce début du 21ème siècle où les boutiques subissent de plein fouet la concurrence du commerce en ligne, les galeries couvertes retrouvent leur fonction première : celui  de la balade et du shopping. De jolies vitrines dans des lieux animés et qui ont une âme, différente de l'anonymat des centres commerciaux et de leurs enseignes identiques de ville en ville : se promener dans une galerie ou un passage couvert est une expérience particulière. Conjuguer le plaisir de la promenade, de la beauté et de l'animation de l'endroit sans dépendre des caprices de la météo, voilà qui est finalement conforme à l'objectif de leurs bâtisseurs des siècles passés; comme un agréable retour aux sources...

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