Les friperies sont-elles durables? "Le capitalisme est aussi passé par là"

Les friperies sont-elles vraiment écologiques?
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Le concept des friperies est de plus en plus tendance. L’une des raisons en est l’image durable dont profitent ces magasins de seconde main. Mais cette tendance est-elle aussi écologique qu’elle le prétend ?

En 2018, le marché total de la seconde main rapportait 24 milliards de dollars (20,59 milliards d’euros). Dans 5 ans, ce montant pourrait presque doubler et passer à 51 milliards de dollars (43,75 milliards d’euros). Cette tendance en expansion ne cesse d'attirer les commerçants.

1,2 milliard de tonnes de carbone par an

A Bruxelles, nous sommes allés à la rencontre de ces boutiques de fripes vintage. La responsable d’un des magasins confirme ; “Oui il y a de plus en plus de gens qui fréquentent notre magasin. […] On prend conscience que l’industrie de la mode est la deuxième la plus polluante”. Et, en effet, l’industrie du textile consomme 1,2 milliard de tonnes de carbone par an d’après le site Forbes.
 

L’odeur du camion et de l’essence sur les fringues que tu achètes neufs, ça ne m’attire pas

Mais cette promesse écologique de la seconde main est-elle vraiment tenue? Les acheteurs, pour leur part, sont aux anges. Jessie qui fréquente les friperies depuis peu nous explique ce qui lui plaît ; “Je viens parce que c’est moins cher et que les vêtements sont tout aussi bien”. La jeune fille de 17 ans met en avant le côté durable de cette démarche:  “Autant réutiliser tous les vêtements qu’on a produits dans le passé.”

Même constat pour une cliente d’une autre boutique dite de "seconde main". “C’est avant tout pour des raisons économiques, éthiques et pour la qualité du vêtement”. La jeune fille fait attention à la qualité du tissu: “Avant les matières étaient plus solides, elles tenaient mieux, et on retrouve cette qualité dans les vêtements en friperie”. Selon elle, le côté écologique est essentiel: “L’industrie de la Fast Fashion est scandaleuse pour la planète. L’odeur du camion et de l’essence sur les fringues que tu achètes neufs, ça ne m’attire pas”.

Une question se pose alors ; comment ses vêtements arrivent-ils dans les magasins ?

D’où proviennent ses vêtements ?

C’est ici que le bât blesse. La tendance générale des acheteurs est de penser que consommer de la seconde main garantit une empreinte écologique faible. Celle-ci répond aux besoins du consommateur par le fait d’acheter des vêtements de récupération et de proximité. Mais quand on s’intéresse de plus près à la manière dont les vêtements arrivent dans les rayons de ces magasins la réponse est ; “Nous avons nos fournisseurs, nous ne communiquons pas là-dessus.

Même constat pour d’autres qui ont développé une chaîne de boutiques en dehors du sol Belge. Les vendeurs de certaines chaînes confirment ; Le capitalisme est passé par ici ; un business s’est créé autour de la fripe". Les magasins doivent proposer un choix varié à la clientèle de plus en plus diversifiée et pour ce faire, ils ont besoin d’élargir la manière dont ils se fournissent.

Les fournisseurs: où trouvent-ils leurs vêtements ?

Nous remarquons que certains vêtements viennent des Etats-Unis, d’autres d’Inde. Nous n’en savons pas plus.” expliquent certains vendeurs. Ce qu’ils savent en revanche, “c’est que le métier de leur patron est de sillonner le monde pour se rendre dans les entrepôts et trouver de quoi ravir les acheteurs occidentaux”. Une entreprise grossiste de textile vintage que nous avons contacté, détaille la manière dont l’entreprise fonctionne ; “Nous avons des acheteurs qui vont en Inde, au Japon, en Allemagne, aux Etats-Unis et qui ramènent les vêtements ici, en France”. Leurs clients comptent des boutiques indépendantes, des particuliers et autres.

La tendance de la fripe est bel et bien devenue un business. L’image écologique, durable et de proximité de ces magasins semble n’être qu’une façade d’un business bien plus juteux. Loin d’initiatives telles qu’Oxfam ou les Petits Riens qui disent ne travailler qu’avec des dons.

Le troc comme alternative

Plusieurs initiatives citoyens permettent de savoir exactement d’où proviennent les vêtements que nous portons. Ici, il ne s’agit pas d’acheter des vêtements mais de les troquer. C’est le cas notamment de “Pandri, la garde-robe tournante” qui permet aux acheteurs d’échanger leurs vêtements en sachant du coup, d’où ils proviennent.

Basée à Bruxelles, cette initiative est lancée par deux filles désireuses d’associer le plaisir du shopping et la cause écologique. Leur but est de faire de Bruxelles “une garde-robe géante”. Il ne vous reste plus qu’à faire le tri dans vos armoires pour échanger par la suite avec les autres troqueuses.

Cet échange a lieu tous les 3 mois, le temps de refaire le tri dans vos garde-robes et de remettre vos vêtements dans le circuit.

C’est une méthode parmi d’autres pour redonner une vie aux vêtements en connaissant leurs origines.

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