Les forêts urbaines: bénéfiques mais complexes à mettre en place

Les forets urbaines : tendance mais pas si simple !Planter des arbres en ville, oui mais comment?
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Les forets urbaines : tendance mais pas si simple !Planter des arbres en ville, oui mais comment? - © Tous droits réservés

Tout le monde a la main verte en ce moment. La Flandre va planter 10.000 hectares d’ici à 2030, la Wallonie va planter 4000 km de haies. Et les villes ne sont pas en reste. La Ville de Bruxelles vient de lancer son Plan Canopée, à l’image de Lyon ou de Montréal. La forêt urbaine, c’est ultra-tendance. Milan, toujours à la pointe de la mode, a même sa forêt verticale, le Bosco verticale, deux tours de logements tapissées d’arbres, qui s’élèvent comme une nouvelle version du jardin d’Eden.

En caricaturant légèrement, le raisonnement est le suivant : la défense du climat est à la mode, les arbres sont bons pour le climat, donc on plante des arbres. Mais comment dépasser le greenwashing ? Est-ce vraiment efficace ? Est-ce qu’il suffit de planter des arbres et est-ce si simple ?

Des arbres climatiseurs

L’arbre est en fait très serviable, il rend de multiples "services écosystémiques". Il stocke le CO2, mais il absorbe aussi les particules fines, et améliore donc la qualité de l’air. Il permet de diminuer la température, comme une sorte de climatiseur, or on sait qu’il fait plus chaud en ville (environ 3 degrés de plus à Bruxelles par exemple). Il permet de limiter les risques d’inondation puisqu’il absorbe l’eau. Il participe à la biodiversité évidemment. Et enfin, il a un effet bénéfique sur notre santé tant physique que psychique.

Les vieux arbres plus efficaces

Les arbres ont donc une réelle plus-value, ils permettent de rendre la ville plus résiliente, mais avant de planter des jeunes pousses, il faut avant tout sauvegarder ceux qui sont déjà là. Les vieux arbres sont plus intéressants en termes de services écosystémiques. Il faut donc les inventorier et tout faire pour les conserver, les soigner s’ils sont malades, plutôt que de les couper, ce qu’on fait encore trop rapidement.

Ensuite, quand on plante de jeunes arbres, il faut être attentif à varier les essences pour éviter qu’une maladie ne les décime tous en un coup (à l’image de ce que l’on a vu avec la pyrale du buis). Les experts conseillent aussi de privilégier des espèces indigènes mais également de choisir des espèces qui résisteront au changement climatique. Francfort, par exemple, plante aujourd’hui des espèces méditerranéennes (mais l’idée de planter dans nos contrées des espèces plus méridionales ne fait pas l’unanimité). Enfin, il faut encore repérer où il est vraiment possible de les planter : en ville, le sous-sol est truffé d’impétrants, or les arbres ont besoin de place pour leurs racines, comme pour leur couronne, d’ailleurs.

Végétaliser les façades, les interstices des trottoirs et les toitures

Pour Amandine Tiberghien, chargée de mission chez Natagora, planter des arbres, c’est bien mais cela ne suffit pas : "Il faut aussi varier le type de végétation, à l’intérieur même d’un parc par exemple, c’est bien d’avoir des arbres mais aussi des prairies fleuries par exemple, ou des haies."

Elle rappelle aussi l’importance de garder une continuité entre les espaces verts, pour que la faune puisse circuler. Elle illustre : "Les petits mulots, il faut qu’ils puissent varier leurs espaces de reproduction, s’ils restent toujours au même endroit, ça fait des petits mulots consanguins !". Donc, c’est aussi important de verdir les abords des chemins de fer, les trottoirs, ou les façades. Et là, précise Frédéric Luyckx, architecte chercheur au Centre d’Etude, de Recherche et d’Action en Architecture (CEREAA), "une plante grimpante c’est déjà très bien… avant même de mener des projets coûteux comme les tours de Milan, ou de créer des façades vertes sophistiquées qu’on finit par ne pas entretenir."

Pour verdir ce genre d’espace, tous les acteurs insistent sur l’importance d’impliquer les citoyens. Des villes comme Paris, mais aussi comme Liège ont ainsi lancé le permis de végétaliser qui permet aux habitants d’installer une jardinière dans la rue, de fleurir les pieds des arbres ou de semer les interstices entre les dalles des trottoirs. (Le Centre d’écologie urbaine à Bruxelles propose, lui, des balades à la découverte des fleurs sauvages urbaines)

Comme on manque de surface au sol, on peut aussi végétaliser les toitures. "L’idéal, précise Amandine Tiberghien, c’est de créer un réseau de toitures pour favoriser la biodiversité, mais ce n’est pas possible partout, tous les bâtiments n’ont pas une structure assez résistante." Elle ajoute que les potagers collectifs ont aussi leurs avantages : ils abritent une grande diversité d’insectes pollinisateurs.

Il ne suffit donc pas de planter un maximum d’arbres. Il faut avoir une vision d’ensemble, et c’est assez complexe. La ville d’Anvers a développé un outil très intéressant qui peut servir d’appui : le Groentool aide à visualiser quel type d’intervention (un arbre, une haie, des broussailles…) permet d’apporter quels services (diminuer la température, favoriser la biodiversité, offrir un espace récréatif…) à quel endroit. La Région bruxelloise compte bien s’en inspirer.

 

Objectif à Bruxelles : 1 ha d’espace vert à moins de 400 mètres de chaque habitation

Bruxelles est une ville (une région) plutôt verte : elle compte 50% d’espaces verts (en comptant la forêt de Soignes comme les cimetières, ou les talus de chemins de fer), mais la végétation est inéquitablement répartie, le centre est beaucoup moins vert.

Le Plan Canopée lancé par la Ville de Bruxelles est donc le bienvenu (même si, on l’aura compris, ce n’est pas si simple à mettre en place). "On le voit comme une sorte de projet pilote", indique Etienne Aulotte de la division Espaces verts de Bruxelles Environnement, qui affirme travailler également sur la question (notamment donc, en collaboration avec Anvers, pour la mise en place d’un "Groentool" bruxellois.)

Un plan Nature a aussi déjà été adopté en 2016 par la Région bruxelloise. Il prévoit que chaque Bruxellois puisse disposer d’un espace vert de plus d’1 hectare à moins de 400 mètres de son habitation, et de moins d’1 hectare à moins de 200 mètres de son habitation. Mais plusieurs associations, dont Natagora, dénoncent un manque de moyens pour le mettre en œuvre, et surtout, un manque de moyens coercitifs pour obliger à tenir compte de la nature dans les projets immobiliers et urbanistiques.

La chronique dans Soir Première

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