Le saviez-vous? En Belgique, la fleur "officielle" du souvenir de 14-18, c'est... la pâquerette

Coquelicots, bleuets et pâquerettes: la symbolique des fleurs de la Grande Guerre
Coquelicots, bleuets et pâquerettes: la symbolique des fleurs de la Grande Guerre - © MARTY MELVILLE - AFP

Mais d’où vient cette curieuse idée de confier le souvenir des militaires morts au combat à de paisibles fleurs sauvages?

Assez récente sur le territoire belge, la coutume du coquelicot est née dans les pays du Commonwealth. Selon le site Paysages en bataille qui lui consacre un article élogieux, la fragile fleur rouge était déjà évoquée durant les guerres napoléoniennes, il y a plus de deux siècles. La tradition veut que la graine de coquelicot a la faculté de survivre dans les pires conditions météorologiques, pour éclore dès que la terre est remuée. Et il suffit d’arpenter certains  paysages de Verdun et de la Somme pour comprendre que les champs de bataille étaient propices à la multiplication de l'éphémère fleur rouge et noir.  

Des coquelicots dans les "Flanders Fields"

Durant la guerre 14-18, c’est le médecin militaire canadien John McCrae qui a donné au coquelicot britannique ses heures de gloire. Le lieutenant colonel est devenu célèbre par son poème diffusé dans le monde entier, et intitulé "In Flanders Fields " écrit alors qu’il soignait les blessés sur le front de l’Yser non loin d’Ypres. On peut encore aujourd’hui visiter le bunker où il effectuait ses opérations. McCrae s’était dit étonné de voir les fleurs pousser spontanément entre les tombes et, à deux reprises, il mentionne la fleur des champs dans son poème:

"In Flanders fields the poppies blow 

Between the crosses, row on row, That mark our place”...

“If ye break faith with us who die

We shall not sleep, though poppies grow

In Flanders fields. "

C’est ainsi que dans le monde anglo-saxon, le coquelicot exprimera la promesse des vivants de ne pas oublier les morts, jusqu’à faire du poppy le symbole du sacrifice de la Première guerre mondiale. Le 11 novembre fut ainsi appelé le "poppy Day ".

Le bleuet des Français

Utilisé en France également après 1918, le coquelicot est rapidement concurrencé par le bleuet, symbolisant, cette fois l’uniforme des Français. Le bleuet désignait aussi les jeunes recrues fraîchement arrivées au front. Mais ce n’est qu’après la guerre que le bleuet devient la fleur du souvenir, lorsque deux femmes de militaires ont l’idée de faire confectionner des bleuets par des mutilés de guerre. Et de les revendre ensuite pour assurer un revenu aux anciens combattants. La tradition a moins bien vieilli que pour le coquelicot, mais elle se maintient et renaît épisodiquement lors des commémorations du 8 mai et du 11 novembre. Avec toujours pour mission de participer au financement d’œuvres sociales pour anciens combattants.

Et la Belgique dans tout cela?

On le sait peu, mais, chez nous, c’est la pâquerette qui symbolise le respect et le souvenir des hommes tombés au combat. Selon Alter Lelièvre, archiviste de la ville de Nieuport, cité par le site "paysages en bataille", la pâquerette serait devenue la fleure commémorative en même temps que le coquelicot et le bleuet, mais n’aurait été reconnue officiellement que beaucoup plus tard, puisqu’elle ne sera adoptée par les Belges qu’en 1930. Et c’est encore une femme, cette fois la princesse Jean de Mérode qui créera un fonds pour vendre des fleurettes et aider financièrement les anciens combattants.

Mais après la deuxième guerre, la pâquerette perd son combat contre le coquelicot devenu incontournable depuis le parrainage de Ypres par le Commonwealth. Une phénomène qui sera encore renforcé par les commémoration de la deuxième guerre

Avec toutefois un mouvement de résistance fugace, puisque les autorités belges ont déposé des pâquerettes sur les tombes militaire belges de Ramskapelle en 2014. C’était il y a déjà 4 ans.  

>> Retrouvez d’autres contenus liés à la Grande Guerre sur le site dédié RTBF.BE/1418.

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