Les fêtes de la jeunesse laïque attirent de moins en moins de monde

Elles célèbrent le passage de l’enfance à l’adolescence, rappelant des valeurs comme la fraternité, l’égalité, la liberté : les fêtes laïques se déroulent traditionnellement au mois de mai. Ce dimanche, à Saint-Ghislain, ils sont 87 à défiler sous les yeux de leurs familles et amis. « C’est déjà bien, mais à entendre mes collègues, c’est beaucoup moins qu’il y a trois ans, précise Perrine Duvivier, toute jeune professeure de morale à Hensies. Avant on pouvait atteindre les 150 enfants… »

La jeune Manon a choisi elle-même d’y participer. « Mes parents ne m’y ont pas poussée ». C’est le cas de la majorité de ses amis, réunis ce dimanche. Pour Mathys, la perspective de recevoir des cadeaux a pesé dans la balance ainsi que « le plaisir aussi de faire une fête comme celle-ci ». « Je défends des valeurs comme l’égalité, la fraternité, la liberté de pensée, témoigne Sophie, une mamanPour moi c’est très important que ma fille Charlotte fasse sa fête laïque. »

Néanmoins, ces fêtes laïques attirent de moins en moins de public en Fédération Wallonie-Bruxelles, constatent les observateurs de terrains. « Dans la région de Charleroi, on n’a plus qu’une trentaine d’enfants inscrits alors qu’on en avait une centaine d’enfants par an, il y a une dizaine d’années », témoigne Philippe Luckx, directeur adjoint du Centre d’Action Laïque (CAL) de Charleroi. Cependant, cette baisse globale touche beaucoup moins les zones rurales. « Dans certaines zones, on a parfois 60 enfants par village, ce qui est assez paradoxal avec la tendance à la baisse constatée dans les villes », analyse-t-il.

La baisse du nombre d’heures de cours de morale en cause

Les causes de cette baisse d’affluence dans les fêtes laïques ne sont pas toutes connues précisément mais l’une des pistes pourrait être la baisse du nombre d’heures de cours de morale dans les écoles avance Philippe Luckx. « En passant de deux heures par semaine à une heure, cela ne permet plus aux professeurs de cours de morale de faire le relais comme ils le faisaient précédemment. »

Steve Bohen, professeur de morale à Colfontaine, opine du chef. « Dans ma commune, on organise les cours de morale à raison de 2 heures toutes les deux semaines. Mais cela signifie que par moments, pour cause de vacances, d’activités autres, vous pouvez ne pas voir vos élèves pendant un mois, voire deux ! Les enfants qui font leur fête laïque ce dimanche, je ne les ai pas vus depuis deux mois… » L’arrivée des cours de citoyenneté semble également avoir eu un impact. La fréquentation des cours de morale est en baisse de plus de 20% en primaire, et 40% en secondaire. « En tant que professeur de morale, je trouve cela très bien, que l’on instaure des cours de citoyenneté. Sauf qu’il faudrait quand même se positionner une fois pour toutes, que, nous aussi, sachions vers où on va ». A mots couverts, Perrine explique qu’elle se sent assez peu considérée, comme si les cours de morale étaient perçus comme « un peu bidon, pour occuper les élèves au lieu d’avoir une heure de fourche. C’est dommage ».

Pour certains parents croisés dans la salle, s’il y a moins d’enfants qui participent aux fêtes laïques, c’est peut-être aussi parce que les jeunes ont davantage voix au chapitre… « On les écoute un peu plus. Je me souviens, de mon temps, mes parents avaient décidé que je ferais ma communion, j’ai fait ma communion. Maintenant ce n’est plus pareil. On n’a pas nécessairement envie de reproduire ça », explique un premier parent. « C’est vrai, moi ma fille a voulu s’inscrire en morale, j’ai dit très bien, je respecte ton choix, embraye Hamed. Et si maintenant elle veut faire sa fête laïque, c’est son choix aussi ».

Si les fêtes laïques sont en baisse, ce n’est pas pour autant que la morale est moins suivie. « Les gens qui viennent sont toujours ravis, même ceux qui y assistent pour la première fois et qui n’en connaissaient pas le principe, assure Philippe Luckx, le directeur adjoint du CAL de Charleroi. Les idées, les valeurs, les symboles qui sont défendus lors de ces fêtes parlent encore aux gens. Mais ceux-ci ne voient peut-être pas l’intérêt de faire une fête pour les mettre en avant. »

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