Les femmes enceintes peuvent-elles se faire vacciner sans danger ?

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Photo d'illustration © Photo de Juan Encalada

Ce sont des questions qui affluent auprès des gynécologues : Est-ce que je risque de contracter une forme grave du Covid en étant enceinte ? Dois-je me faire vacciner ? Y a-t-il des risques pour moi ou mon bébé si je me fais vacciner ? Des questions légitimes que se posent les futures mamans inquiètes.

Il y a encore quelques mois, ces questions ne trouvaient que peu de réponses. Des incertitudes qui poussaient à la prudence, la vaccination des femmes enceintes était même déconseillée dans un premier temps. Aujourd'hui, les choses changent et les réponses se précisent.

L'hésitation

Ces questions, Zoé Gennaux, 31 ans et enceinte de 6 mois, se les pose encore aujourd’hui : "Je n'ai pas encore décidé si j'allais me faire vacciner. Ma plus grosse inquiétude, elle concerne les effets à long terme. On n’a pas encore de vision car on sait que les femmes enceintes ne sont jamais dans les travaux ou analyses préparatoires. J'hésite mais j'ai confiance en la Science et je suivrai les recommandations de ma gynécologue. Je suivrai l'avis des médecins. J'aurais aussi plutôt tendance à me faire vacciner à 8 mois, quand le bébé est déjà bien formé. Mais si ça tombe, 8 mois ou 3 mois ça ne change rien, c'est plutôt psychologique qu'autre chose".

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Zoé Gennaux © Tous droits réservés

Des inquiétudes qu'a aussi connues Céline Waroux au début de sa grossesse. Aujourd'hui à 22 semaines de grossesse, elle a reçu entretemps une première dose du vaccin d'Astrazeneca. Étant elle-même médecin généraliste, elle est en contact avec des malades du Covid. "Je me suis renseignée auprès des spécialistes qui suivent ma grossesse, ma gynécologue mais aussi une rhumatologue et une infectiologue. Les trois sont arrivés à la conclusion qu'il fallait que je me fasse vacciner vu ma profession à risque. J'ai aussi consulté les recommandations en matière de vaccination pour les femmes enceintes (qui datent du 18 février 2021). Là, on explique bien que c'est au cas par cas et qu'il faut faire la balance entre risques et bénéfices. Moi, mon risque est beaucoup plus élevé de contracter le Covid que la plupart des autres femmes enceintes et le risque de la vaccination pour l'instant, il est très restreint. J'ai donc choisi de le faire mais c'est un choix vraiment personnel. Je fais confiance en la vaccination en général donc aussi en la vaccination contre le Covid 19", explique le docteur Waroux. Un choix qui ne l'amène pas à pousser ses patientes à se faire vacciner : "Je les guide en tant que médecin généraliste et spécialiste de la santé, je ne fais pas trop intervenir le fait que je sois vaccinée. Je les laisse faire le choix et ne leur impose aucune pression en leur disant que je suis moi-même vaccinée".

Il n'y a pas assez de communication spécifiquement sur la femme enceinte

Actuellement, les futures mamans sont nombreuses à hésiter à se faire vacciner. Certaines ont même peur du vaccin selon le docteur Waroux. "Il n'y a pas assez de communication spécifiquement sur la femme enceinte et c'est normal puisqu'il n'y a pas de femmes enceintes qui sont incluses dans les études. On sait que des femmes ont été vaccinées et sont suivies mais ce groupe particulier n'a pas été étudié par les fournisseurs de vaccin". 

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Le docteur Céline Waroux © Tous droits réservés

Un message plus clair

Le manque d'étude définitive sur la question est une réalité mais Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, se veut rassurant : "Pour l'instant nous disposons de résultats partiels mais avec les éléments dont nous disposons, c'est-à-dire, d'une part les études animales, c'est qu'il n'y a pas d'impact sur la fertilité et pas d'impact sur une grossesse en cours chez l'animal. Des femmes dans les études cliniques sont tombées enceintes alors que ce n'était pas prévu et ces quelques dizaines de grossesses n'ont posé aucun problème. Enfin, on commence à avoir un registre des grossesses, aux États-Unis entre autres, avec une trentaine de milliers de femmes qui ont été vaccinées, sont tombées enceintes ou l'étaient déjà. Le suivi actuel (partiel) de ces milliers de femmes ne montre aucun signe particulier, aucun risque particulier". 

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© Tous droits réservés

Dans un souci de clarification, le Conseil supérieur de la Santé (CSS) va rédiger un nouvel avis actualisé dans les prochains jours. Son contenu est assez proche de celui de février mais il sera plus précis. Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre l'épidémie de Covid, participe à sa rédaction : "La terminologie sera simplifiée dans le prochain avis. Le sens profond de l'avis du Conseil, c'est que la femme enceinte, si elle est atteinte d'une comorbidité comme l'obésité, le diabète ou encore l'hypertension, a intérêt à se faire vacciner sans avoir de crainte particulière. En revanche, pour l'instant, la femme enceinte en parfaite santé ne doit pas se faire vacciner systématiquement".

Enceinte = Danger ?

Pour l'instant, pas de vaccination systématique donc pour les femmes enceintes en bonne santé. Cependant, pour certains acteurs de terrain, les femmes enceintes (en bonne santé ou non) devraient être prioritaires pour recevoir le vaccin. C'est l'avis de la co-responsable de la plus grande maternité de Belgique du Site Delta du Chirec à Bruxelles, le docteur Sylvie Houben: "Les choses ont évolué depuis un an et aujourd'hui on explique à nos patientes qu'elles font partie d'un groupe à risque de par leur grossesse et que donc, une fois enceinte, elles sont plus à risque de développer un Covid sévère par rapport à de mêmes femmes dans le même état de santé et qui ne sont pas enceintes. On est convaincu de par notre expérience après un an de pandémie que les femmes enceintes font partie d'un groupe à risque. Je pense que dans cette dynamique-là, les femmes enceintes doivent faire partie d'un groupe prioritaire".


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Les inquiétudes de cette gynécologue sont partagées par d'autres médecins interrogés. Pas de panique, les cas de Covid grave ne sont pas légion chez les femmes enceintes mais ils existent.

La vaccination apporte une protection à la fois pour les futures mamans mais aussi une protection pour le fœtus

Les femmes enceintes risqueraient-elles  de développer un Covid grave uniquement parce qu’elles sont enceintes, même sans comorbidité? Cette inquiétude pour toutes les femmes enceintes, elle est discutée actuellement dans les milieux scientifiques. "Tout dépend de la manière dont on analyse les données mais les données américaines et suédoises font penser qu'une femme enceinte, en tant que telle, court un risque supplémentaire. Lorsqu'on décortique la plupart des données, on se rend compte que celles qui posent un problème ont pour la grande majorité, une comorbidité sous-jacente. Je pense que c'est dans ce contexte là qu'il faut viser spécifiquement certaines femmes enceintes pour proposer une vaccination de manière plus active", précise Yves Van Laethem. Pour l'instant, si une femme enceinte en bonne santé décide de se faire vacciner pour son bien et/ou celui du bébé, il n'existe pas de moyen pour qu'elle soit prioritaire, à moins de souffrir de comorbidité. 

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Le docteur Sylvie Houben © Tous droits réservés

Vaccination = protection pour l'enfant et la maman

Chaque femme devra faire son choix en âme et conscience au moment où l'opportunité de se faire vacciner s'offrira à elle. Mais le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem insiste sur les points positifs d'une vaccination: "La vaccination apporte une protection à la fois pour elle-même mais aussi une protection pour le fœtus. On sait que lorsqu'on fait une maladie comme le Covid ou de type grippal, on fait de la fièvre et on a donc des risques d'accouchement prématuré. C'est donc une protection additionnelle pour l'enfant. J'ajoute qu'il y a un passage des anticorps au moment de l'allaitement. Il y a aussi un passage des anticorps du placenta vers l'enfant. Ce qui réduit les risques que l'enfant contracte le Covid en étant bébé. Des formes de Covid peu graves pour les plus petits mais qui amènent parfois à des hospitalisations de 24 ou 48 heures". 

Vers une priorisation de femmes enceintes?

Si les femmes enceintes sont donc à risque de développer un Covid néfaste à leur grossesse, pourraient-elle devenir prioritaires dans les prochaines phases de vaccination? Actuellement, nous sommes dans la phase 1B qui donne la priorité aux personnes souffrant de comorbidité. Certaines femmes peuvent donc demander à être vaccinées selon Sabine Stordeur de la Task Force vaccination: "Si une femme enceinte souffre de comorbidité, nous l'invitons à se faire vacciner dans le cadre de cette phase 1B. Son médecin généraliste ou son gynécologue pourrait d'ailleurs mentionner dans son dossier qu'elle fait partie de la catégorie "à risque" qui l'amènerai à se faire vacciner dès maintenant. À l'heure actuelle, dans la phase 2, nous n'avons pas encore envisagé de priorisation. Nous devons tenir compte des indicateurs épidémiologiques mais également des nouveaux vaccins qui vont arriver sur le territoire. En tenant compte de ces informations, nous verrons s'il sera opportun d'assurer une priorisation et éventuellement de donner l'avantage à un groupe de population plutôt qu'un autre en fonction de son âge ou d'un état de grossesse ou d'autres pathologies sous-jacentes". 


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Il n’est donc pas impossible que toutes les futures mères puissent devenir prioritaires à l'avenir. Mais prioritaire ou pas, le choix de se faire vacciner doit toujours se faire après consultation des spécialistes qui les accompagnent durant leur grossesse, que ce soit le gynécologue ou le médecin traitant. Place ensuite aux choix en bonne intelligence, un choix qui revient entièrement aux parents pour le bien-être de la maman et celui de son enfant. 

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Sabine Stordeur, coresponsable de la Task Force vaccination © Tous droits réservés
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