Les enfants issus de familles athées plus généreux que les autres selon une étude

L’étude montre que les enfants d’athées sont beaucoup plus compréhensifs que les enfants de familles croyantes.
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L’étude montre que les enfants d’athées sont beaucoup plus compréhensifs que les enfants de familles croyantes. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L’altruisme étudié à travers les enfants. C’est l’idée du département de psychologie de Chicago qui a publié dans Current biology, en novembre 2015, une étude dirigée par l’équipe de Jean Deceuty. 1170 enfants âgés de 5 à 12 ans et dans différents pays (le Canada, la Chine, la Jordanie, la Turquie, les USA et l’Afrique du Sud) ont été étudiés afin de mettre en évidence le lien entre la pratique religieuse et la capacité de ces enfants à être empathiques ou généreux.

L’altruisme est défini par la générosité, la capacité de penser à l’autre. Les scientifiques ont dès lors mis au point une grille de lecture tentant d’objectiver ce que veut dire "penser à l’autre", d’évaluer l’empathie comme quand on voit quelqu’un d’autre souffrir par exemple.

L’équipe scientifique a divisé le groupe d’enfants en trois catégories : les enfants athées, chrétiens et musulmans. Les autres religions n'ont pas été prises en compte car trop faiblement représentées dans l'échantillon et le risque d'obtenir des résultats faillibles statistiquement. Financée par la fondation américaine John Templeton d’inspiration protestante, l’étude visait à vérifier l’idée selon laquelle les sociétés laïques occidentales ont moins d’empathie car une base morale plus faible. Pourtant, les résultats étonnent. Contrairement aux croyances: "Les observations remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire", selon Jean Decety qui porte l’étude.

Les parents croyants pensent leurs enfants plus altruistes

Préalablement, les scientifiques ont étudié la pratique religieuse des parents sans quoi les résultats pourraient être biaisés. Ensuite, ils ont demandé aux parents si, d’après eux, leurs enfants étaient généreux ou empathiques. Les résultats montrent que les parents religieux sont bien plus enclins que les athées à répondre: "oui, nos enfants ont de l’empathie, de la générosité et le sens de l’injustice".

Les enfants issus de familles croyantes sont plus sévères…

Les chercheurs ont ensuite étudié leurs enfants : Ils ont projeté des vidéos aux enfants dans lesquelles on voit des enfants qui se bousculent, qui trébuchent, etc. La bousculade est soit volontaire, soit involontaire: ça peut être un accident, quand on joue au foot par exemple. Premier test : on demande aux enfants de de noter le niveau de "méchanceté" et le niveau de punition mérité par les "fautifs".

L’étude montre que les enfants d’athées sont statistiquement plus compréhensifs que les enfants de familles croyantes. Il y a plus d’intransigeance et de sévérité chez les enfants de familles croyantes, et ça indépendamment du pays, même si les punitions les plus sévères viennent de enfants musulmans.

… et moins généreux

Deuxième test, un classique, les chercheurs ont testé la générosité de ces mêmes enfants. Ils leur ont demandé de choisir leurs 10 autocollants préférés parmi les 30 proposés sachant qu’ils devraient en donner certains par après mais n’auraient pas le temps d’en donner à tous. Ils doivent donc ensuite donner le nombre de cartes de leur choix à d’autres enfants moins chanceux. A nouveaux, les statistiques montrent que les enfants issus de milieux athées se séparent en moyenne d'un nombre plus important de cartes pour leurs petites camarades que les enfants qui vivent dans des milieux croyants.

Evidemment les résultats évoluent aussi avec l’âge mais ça les psychologues le savent depuis longtemps: les plus jeunes partagent encore moins que les plus âgés. D'autres facteurs pourraient entrer en ligne de compte et mettre en évidence aussi des différences culturelles notables entre les pays, entre l'importance de la tradition: le Canada n'est évidemment pas la Chine. Les USA voisins peuvent aussi être définis en tant que société occidentale mais la religion y garde pourtant une importance plus prépondérante qu'au pays de l'érable.

Déjà étudiée chez les adultes, cette question apporte en tout cas une nouvelle pierre à ce débat: est-ce que la religion est, comme beaucoup le pensent, une base morale nécessaire pour rendre l’humain… plus humain? 

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