Les enfants de 2019 ne jouent plus assez dehors

Les enfants de 2019 ne jouent plus assez dehors
Les enfants de 2019 ne jouent plus assez dehors - © ALAIN JULIEN - AFP

La neige a recouvert notre pays et les enfants sont à la fête. Glissades, luges et bonhommes de neige sont au programme de nombreuses familles. Pourtant nos enfants ne passent pas assez de temps dehors.

Le constat est sans appel, les enfants de 2019 passent de moins en moins de temps à l’extérieur. Mais surtout ils jouent moins par eux-mêmes dans des « jeux libres ». Ce phénomène qui date depuis une génération à peine inquiète, certains spécialistes qualifient cela du terme de « déficit nature ». Les bienfaits d’un contact fréquent avec la nature sur le développement des jeunes enfants n’est pourtant plus à prouver comme en témoignent de nombreuses études et recherches sur la question.

Plusieurs facteurs entrent en compte dans cette situation comme l’urbanisation grandissante de nos régions mais aussi le développement des nouvelles technologies ou même le rôle des parents de plus en plus réticents à laisser les enfants jouer seuls à l’extérieur.

Chez nous, le collectif « Tous dehors » s’est constitué, il rassemble des personnes issues d’horizons divers (professionnels de l’éducation à l’environnement, enseignants, conseillers pédagogiques, guides nature…) dont l’objectif est d’œuvrer ensemble pour davantage de sorties nature.

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Les enfants sont moins dehors que les prisonniers ?

Les trois quarts des enfants britanniques passent moins de temps à l’extérieur que les détenus, selon une enquête réalisée en 2016 au Royaume-uni qui révèle à quel point le temps de jeu dans les parcs, le bois et les champs a diminué ces dernières années. Ce sondage révélait également « qu’un cinquième des enfants britanniques ne jouait pas du tout dehors ».

Chez nous aussi une étude de 2016 le Bulletin de la pratique de l’activité physique chez les enfants et adolescents belges réalisé par six chercheurs provenant de trois universités belges (KU Leuven, Université de Gand et Université de Liège), couvrant ainsi l’ensemble du pays se sont regroupés pour former un groupe de travail scientifique (GTS). Avec l’appui de l’Institut scientifique de santé publique (WIV-ISP).

« Les recommandations internationales en matière d’activité physique spécifient que les enfants en âge scolaire de moins de 5 ans et les adolescents devraient accumuler au moins 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue. Pour les enfants préscolaires de 5 ans et moins, la recommandation est d’atteindre 180 minutes d’activité physique de n’importe quelle intensité (activité physique d’intensité faible à soutenue) sur une base quotidienne » indiquait cette étude.

Les données mesurées objectivement, fournies par l’Enquête de Consommation Alimentaire (ECA), montrent que « seulement 7% des enfants de 6 à 9 ans et 2% des adolescents de 10 à 17 ans atteignent les recommandations internationales ».

En revanche, 96% des enfants de 3 à 5 ans atteignent les recommandations internationales de leur groupe d’âge. « Aucune différence notable n’est observée en fonction du genre, de la région, sauf chez les enfants de 6 à 9 ans (les garçons et les enfants issus d’un milieu à statut socio-économique défavorable atteignent davantage les recommandations que les autres) ».

Une urbanisation grandissante

Peut-être vous souvenez-vous du terrain vague près de chez vous dans votre enfance ? Des lieux qui ont souvent disparu face à une urbanisation galopante ces dernières années. Pourtant on peut lutter contre le « déficit nature » des plus jeunes de façon simple et originale en explorant avec les enfants son propre environnement proche pour trouver l’endroit propice à son épanouissement.

Dans un jardin, une cour, au parc, ou en forêt… Tout est possible pour découvrir un espace de liberté pour courir, sauter, jouer, crier. Un lieu qui permet aux plus jeunes d’évacuer l’énergie qu’ils ont accumulée et, souvent, retenue jusque-là.

Dehors, ils découvrent aussi d’autres choses que celles qu’ils ont l’habitude de côtoyer à l’intérieur et peuvent se livrer à d’autres activités créatives.

Enfin, cela favorise aussi des relations différentes entre enfants mais aussi entre adultes et enfants.

En quoi l’espace extérieur favorise-t-il l’épanouissement de l’enfant ?

La seule faute aux écrans ?

On le sait le développement des outils numériques accapare de plus en plus de temps auprès de nos enfants. Mais est-ce le mal absolu et surtout la cause unique de ce « déficit nature » ?

Le temps passé devant un écran constitue le comportement sédentaire le plus courant chez les jeunes. Les recommandations internationales sur le temps de loisir passé devant un écran spécifient que les enfants en dessous de « 5 ans devraient limiter ce dernier à une heure par jour, tandis que les enfants plus âgés devraient le limiter à 2 heures par jour ».

Selon les données de l’ECA, « 65% et 25% des enfants de 3 à 5 ans respectent les recommandations internationales pendant les jours de semaine et de week-end, respectivement. Chez les 6-9 ans, 89% des enfants respectent les recommandations pendant les jours de semaine et 46% d’entre eux pendant les jours de week-end. Les résultats pour les adolescents de 10 à 17 ans s’avèrent moins favorables ; seulement 45% des adolescents atteignant les recommandations pendant un jour de semaine pour 16% un jour de week-end. Les recommandations sont plus souvent atteintes chez les filles, les enfants wallons, les adolescents flamands, et chez les enfants et les adolescents issus d’un milieu à statut socio-économique moyen à favorable ».

Au-delà des chiffres ce que constate le sociologue français, Joël Zaffran : "c’est avant tout une remise en question des modèles pédagogiques traditionnels : "Nous sommes, les adultes et les enfants, dans une société qui accentue les principes d’individualisation. De ce point de vue, le numérique est un formidable support : il permet de nouvelles formes d’appropriation de la culture, autorise une consommation individuelle de celle-ci, favorise les bricolages culturels (un façonnement de la production culturelle en fonction de nos désirs, de ce que l’on veut montrer ou au contraire, de ce que l’on cache). Cela favorise l’expérimentation, et par conséquent la construction identitaire des enfants et des adolescents".

Le sociologue insiste sur le fait que le numérique fait l’objet d’un discours négatif, alors que paradoxalement, le numérique est ce qui permet aux parents de se rassurer concernant la sécurité de leurs enfants.

« On est rassuré lorsque nos enfants sont à la maison, quand bien même ils jouent à la Playstation ou regardent la télé, plutôt que dehors. L’espace public est construit comme un espace anxiogène, dangereux, de sorte que l’usage du numérique est une manière pour les parents d’être rassurés sur le fait que le temps que l’enfant passe seul dans sa chambre, le nez sur un écran, c’est du temps qu’il ne passe pas dans l’espace public. L’espace privé, même contaminé par le numérique, est toujours plus rassurant que l’espace public, contaminé par tous les maux d’une société perçue comme en crise ».

Des parents trop protecteurs ?

Les spécialistes ont trouvé une expression pour caractériser les parents modernes trop protecteurs on les qualifie alors de « parent hélicoptère », c’est une image pour décrire le parent qui semble toujours « voler » au-dessus de son enfant pour prévenir les possibles dangers et les difficultés qu’il pourrait rencontrer dans la vie de tous les jours. Ce comportement peut nuire à l’autonomie et à la confiance des plus jeunes.

Ce phénomène de limitation du champ d’exploration de l’enfant a été expliqué par William Burd, un médecin britannique qui a étudié les déplacements des enfants au long de quatre générations. En 1919, un jeune de 8 ans pouvait se déplacer seul jusqu’à plus de 10 km. En 1950, cela se réduisait déjà à un rayon de 2 km. En 1979, la limite était de 1 km. Aujourd’hui, l’autonomie ne peut plus s’exprimer que jusqu’au coin de la propriété.

Certains parents veulent ainsi à tout prix éviter que leur tout-petit se blesse ou qu’il vive des émotions difficiles. Ils surprotègent souvent leur enfant pour calmer leur propre anxiété. Peur des dangers d’un monde qui semble toujours plus dangereux, ou peur des enlèvements font aussi partie des peurs ressenties par les parents.

Le désir de performance d’une société de plus en plus compétitive peut aussi pousser ses parents à agir de la sorte. Ils veulent être le meilleur possible dans leur rôle de parent ou ils veulent empêcher leur enfant de faire des erreurs.

Y a-t-il des risques quand un enfant joue dehors et comment les limiter ?

Jouer dehors pour éviter une adolescence précoce

En conclusion on ne le répétera jamais assez, chez les enfants et adolescents, le fait de pratiquer une activité physique régulière favorise le développement de la motricité et d’un cœur sain. Cela leur permet, en outre, d’apprendre à coordonner et contrôler leurs mouvements et de garder un poids adéquat mais surtout et la conséquence est moins connue d’éviter que votre enfant ne grandisse trop vite.

Des recherches récentes sembleraient mettre en évidence qu’aux USA comme en Europe, la puberté dans certains groupes sociaux devient de plus en plus précoce.

Une des explications avancées serait donc le temps passé devant les écrans. Le cerveau perçoit la passivité physique comme un signal, pour que soient produites les hormones responsables de la puberté.

L’autre raison avancée, qui est aussi liée au manque d’activité physique, est la nature de l’alimentation. Autrement dit, les situations de surpoids favoriseraient la production de ces hormones.

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