Les drogues de synthèse,de plus en plus populaires, et pas toujours illicites aujourd'hui

Les formes alternatives de drogues sont beaucoup plus populaires dans notre pays que ce l’on croit. L’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC) a chiffré pour la première fois la présence de drogues alternatives au volant en Belgique. Près de 7% des conducteurs contrôlés positifs aux stupéfiants classiques, présentaient en plus des traces de drogues de synthèse dans le sang. Ces drogues potentiellement dangereuses ne sont pour l’instant pas toutes illégales car les fabricants profitent toujours d’une échappatoire à la législation actuelle. Bientôt, toutefois, les choses vont changer, annonce l’INCC.

Nouvelles substances psychoactives (NPS): c'est le nom officiel donné à ces formes alternatives de stupéfiants. Ces pilules aux couleurs vives et autres poudres dans des emballages psychédéliques peuvent facilement être commandées sur internet. Et ce n’est pas forcément illégal puisque, dès qu’une substance est interdite, une autre pilule à la structure chimique légèrement modifiée mais aux effets comparables apparait sur le marché.

L’EMCDDA ou European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction et le Belgian Early Warning System Drugs tire déjà depuis longtemps la sonnette d’alarme en disant que ces substances sont populaires dans le monde de la nuit. Mais le fait qu’elles soient en plein boum en Belgique vient d’être mis en évidence par les chiffres de l’INCC, l’institut qui analyse une grande partie des prélèvements sanguins effectués lors des contrôles routiers.

Des combinaisons différentes

L’INCC a analysé 558 échantillons sanguins prélevés chez des conducteurs qui ont été confirmés positifs au cannabis, à la cocaïne, aux amphétamines ou à l’héroïne. Il en ressort que 7% d’entre eux sont également positifs à une forme alternative de drogue. Par ailleurs, l’analyse de 199 tests de dépistage salivaire qui, lors d’un contrôle de police, se sont révélés négatifs aux stupéfiants classiques, a montré que près de 11% d’entre eux présentaient des traces de drogues alternatives.

“L’Union européenne a estimé que 8% des jeunes âgés de 15 à 24 ans avaient déjà consommé un NPS. Pour la Belgique, il s’agirait environ de 3%”, explique Vincent Di Fazio, expert judiciaire en toxicologie à l’INCC. “Au cours de ces dernières années, l’UE a rapporté une hausse du nombre de drogues de synthèse ou NPS, mais cette analyse nous permet de montrer réellement que ces drogues sont beaucoup plus populaires en Belgique que ce que l’on croit généralement. Notre étude se concentre uniquement sur des échantillons prélevés chez des gens qui se trouvaient derrière le volant de leur véhicule. Selon le type de population examinée, ces formes alternatives de drogues peuvent être plus ou moins présentes.”

Lacunes dans l'arsenal législatif

En Belgique, il existe des listes de substances interdites par la loi. Toutes celles qui n’y figurent pas sont donc légales. Les fabricants de drogues profitent de ces lacunes pour adapter la structure chimique de ces substances illicites. Ils développent ainsi de nouvelles formes licites jusqu’au moment où celles-ci figurent à leur tour sur la liste. Un véritable jeu du chat et de la souris.

“Ces substances peuvent avoir des effets comparables aux stupéfiants classiques mais elles sont souvent plus puissantes et donc très dangereuses”, ajoute Vincent Di Fazio. “Souvent, les gens ne savent pas réellement ce qu’ils consomment. Les dealers disent qu’il s’agit d’XTC ou de speed, mais il peut s’agir d’un NPS. Ou bien ils achètent un emballage contenant soi-disant un NPS connu, mais il s’avère qu’il s’agit d’un autre composé ou d’un mélange.

Bientôt interdites ?

Ces dernières années, une nonantaine de ces substances ont été ajoutées à la liste, mais il existe tant de combinaisons chimiques différentes qu’il est presque impossible de toutes les interdire par la loi.

Mais gouvernement pourra remédier prochainement à ces lacunes : l’Institut scientifique de santé publique (ISP), l’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé (AFMPS) et l’INCC ont décrit ensemble les structures de base Lees substances actives dans le cadre d’un nouvel Arrêté Royal. “Seules les structures de base seront interdites; ainsi, de nombreux NPS deviendront grâce à cette nouvelle loi, automatiquement illicites”, précise Vincent Di Fazio. Cet AR sera publié d’ici peu.

Vu l’importance grandissante de ces substances, l’INCC investit également dans la recherche afin de pouvoir les détecter plus efficacement. En collaboration avec l’Université de Gand et de Lille, il met au point actuellement une technique de dépistage des NPS basée sur leur activité au niveau des récepteurs cérébraux.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK