Les directeurs de prisons rencontrent Koen Geens: "Un mur d'incompréhension" vis-à-vis des syndicats

Les prisons de Wallonie et de Bruxelles en sont au douzième jour de grève, et toujours pas de solution en vue. Les directeurs des établissements pénitentiaire rencontraient leur ministre de tutelle, Koen Geens (CD&V), ce vendredi matin.

Lors de cette réunion, le ministre leur a évoqué "un mur d'incompréhension entre le monde politique et le monde syndical", a rapporté à notre équipe sur place Marc Dizier, président de l'association des directeurs des prisons francophones. "C'est aujourd'hui l'aspect humanitaire de la situation qui est en jeu, la dignité humaine est en question, tout autant pour les détenus que pour les quelques agents qui travaillent sur le terrain et prennent tous les jours de gros risques en ouvrant des portes."

On ne connaît pas encore les propositions qui sont sur la table ce vendredi. Jusqu'à présent, dans le dernier protocole d'accord présenté jeudi, le ministre de la Justice proposait notamment 350 engagements, un gel des économies à 6% jusque fin 2016, un remplacement systématique des départs et une prime de flexibilité un peu plus importante pour tous les membres du personnel.

Jusqu'à présent les syndicats ont rejeté ce protocole d'accord, car jugé insuffisant. Même chose du côté des différentes assemblées au sein des prisons francophones : il ne correspond pas aux demandes, et ne permet pas de remplir les quotas d'agents pénitentiaires.

"À la limite du supportable"

Mais il y a urgence. "La situation est intenable, nous sommes vraiment à la limite du supportable, tant au niveau des conditions matérielles que des conditions humaines", lance notamment Axel Piers, directeur de la prison de Mons.

Beaucoup de détenus ne supportent plus le régime auquel ils sont contraints depuis le début du mouvement. La situation a dérapé dans certains établissements; elle est explosive dans d'autres.

Les directeurs de prisons tirent la sonnette d'alarme. Il faut que le gouvernement bouge, affirment-ils. "Nous sommes tous sur la même longueur d’ondes pour dire qu'il faut absolument que le ministre prenne une décision", indique Marc Dizier, directeur de la prison d'Andenne.

S'il n'y a pas de visites ce week-end, de graves événements pourraient se produire

"Si j’écoute les revendications des délégations syndicales, ce sont des décisions concernant le processus de rationalisation. Il faut savoir que, depuis 18 mois, une décision a été prise au plus haut niveau de réduire les capacités de personnel de 10%. Dans un établissement comme Andenne, nous travaillons déjà tous les jours en sous-capacité de 10 à 15%. Ça veut dire que si on nous retire encore du personnel, il deviendra strictement impossible de continuer à travailler."

"Je ne fais pas de politique, je ne suis pas non plus délégué syndical, mais je pense que les revendications des organisations syndicales sont fondées. Jusqu’à quel point ? Ça je n’en sais rien, mais il est urgent qu’une décision soit prise à ce niveau-là, au niveau de la rationalisation, et puis il y a encore beaucoup d’autres thèmes à débattre dans la suite, mais chaque chose en son temps."

"Il est à craindre – puisque l'on approche du week-end qui généralement est consacré aux visites familiales dans les établissement – que, s'il n'y a pas de visites ce week-end, de graves événements se produisent", conclut Marc Dizier.

"C'est à lui à se débrouiller"

Les syndicats aussi rencontraient ce vendredi le ministre de la Justice. C'est la quatrième fois cette semaine qu'ils vont négocier avec Koen Geens.

"Je sais que c'est difficile, qu'on est dans un carcan budgétaire, qu'il n'a pas que des amis au sein du gouvernement et que les trois autres partenaires vont lui faire des anicroches, mais c'est à lui à se débrouiller pour obtenir ce que la base décide", commente Michel Jacobs, secrétaire fédéral de la CGSP Prisons.

"Les propositions sont correctes, mais elles ne répondent pas aux besoins actuels, juge pour sa part Laurence Clamar, permanente justice à la CSC Services publics. Donc, évidemment, les agents se renforcent dans l'idée qu'ils ne sont pas entendus, et cela renforcent bien sûr le mouvement."

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