Les dessous du transfert de Neymar du FC Barcelone au PSG

C'est le feuilleton footballistique de l’été. L'histoire d'un footballeur brésilien, Neymar, désireux de quitter son club du FC Barcelone. Seul hic pour le candidat acheteur, une clause libératoire de 222 millions d’euros qui continue à faire couler beaucoup d'encre. Pour parler de cette nouvelle économie de marché sur la 1ère, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques à Paris.

 Auparavant il n’y avait pas les droits télé

Pour cet éminent politologue, également spécialiste de la géopolitique du foot, "cette économie de marché peut être considérée comme indécente mais il y a de plus en plus d’argent dans le football parce qu’il y a de plus en plus de gens qui payent pour regarder les matchs de football à la télévision, de plus en plus de gens qui, dans le monde et pas seulement en Europe, achètent des maillots très chers. Et donc, ce chiffre n’a rien à voir avec ceux qui existaient. Pelé, qui avait un statut sans commune mesure puisque ça reste le meilleur joueur de tous les temps, est parti aux New York Cosmos au début des années 70 pour nettement moins que cela. Mais à l’époque, il n’y avait pas les droits télé, il n’y avait pas cette mondialisation du football."

Le PSG va devenir une marque mondiale

Neymar est en partance pour le PSG, le Paris Saint-Germain, un club dont les financements posent question puisqu'ils proviennent du Qatar. L'émirat peut-il tout se permettre ? "Non, le Qatar ne peut pas tout se permettre parce qu’il y a une règle qui s’appelle le fair-play financier, la règle de l’UEFA qui avait été décrétée par Michel Platini lorsqu’il était président de l’UEFA. Cette règle interdit à tout club d’avoir un déficit supérieur à 30 millions d’euros. Et même si le Qatar mettait un milliard dans le PSG, il serait sanctionné par l’UEFA. Il l’a d’ailleurs déjà été il y a 3 ou 4 ans. Il faut donc que le Qatar et le Paris Saint-Germain trouvent des recettes qui vont équivaloir aux dépenses qu’ils génèrent pour Neymar.  Ces recettes avec la vente de joueurs qui sont dans son effectif, mais aussi l’augmentation des droits télé, parce que le PSG sera beaucoup plus visible à l’étranger. Et puis, il y a également tout le merchandising: la vente de maillots, d’objets liés au PSG, qui assurera une rentrée substantielle d'argent. Parce que grâce à Neymar, le PSG va devenir une marque mondiale, ce qu’il n’est pas encore aujourd’hui."

Numéro 1 à Paris

Le joueur n'est pas pour autant totalement prisonnier de son statut de superstar. Certes, il y a un aspect marchandise, placement, mais une marge de manœuvre existe comme l'explique Pascal Boniface. "On peut penser que les marges de manœuvre d’un joueur du titre de Neymar sont immenses, qu’il fait exactement ce qu’il veut parce qu’il est libre de choisir son club. Il aurait pu choisir de rester à Barcelone et il peut aussi choisir de revenir au Brésil et de gagner 50 fois moins. Son choix est à la fois un choix financier, mais également sportif parce que Neymar doit certainement penser qu’à Barcelone il reste le numéro deux derrière Messi, alors qu’au PSG il sera le numéro 1. Et s’il veut obtenir le ballon d’or dans un avenir proche, il a peut-être plus de chances de le faire au PSG qu’à Barcelone."

On ne s’émeut jamais des cachets fantastiques des stars de cinéma

Un business florissant donc, qui s'auto-alimente, et qui pousse les transactions vers les sommets. Jusqu'où cela ira-t-il ? Et cela s'arrêtera-t-il ? "Que les gens ne s’intéressent plus au football, ne regardent plus des matchs, que les entreprises ne payent plus très cher des loges pour inviter des gens à voir des matchs, que les gens ne payent plus des abonnements pour voir des matchs, qu'ils achètent des maillots non floqués ou n’achètent plus de maillots des clubs. et ce sera fini. En fait, beaucoup d’argent est versé dans le football et cet argent est reversé à ceux qui font le spectacle: les joueurs. Mais c’est comme au cinéma, on ne s’émeut jamais des cachets fantastiques des stars de cinéma. C’est toujours dans le football qu’on s’émeut de l’argent qui est gagné. Mais si les gens ne vont plus au cinéma, les stars du cinéma ne seront plus payées comme elles sont payées aujourd’hui. Et si les gens ne s’intéressent plus au football, les stars du football ne seront plus payées ce qu’elles sont payées aujourd’hui."

L’argent tue le football pour les gens qui n’aiment pas le football

L'argent a-t-il ou va-t-il tuer pour autant tuer le football? L'alarmisme n'est pas de mise selon les experts. "Cela fait à peu près 50 ans que l'on dit que l'argent tue le football. Lorsque Kopa jouait en France, il faisait un match un peu moyen, on lui criait  'feignant, retourne à la mine'. Apparemment, vu la fièvre que provoque le football, et on va encore le voir l’an prochain avec la Coupe du monde, on va le voir dès cette année avec la Champions League et avec les différents championnats nationaux, je n’ai pas l’impression que l’argent tue le football. L’argent tue le football pour les gens qui n’aiment pas le football parce qu’il y a toujours, dans une partie des élites, le mépris pour ce sport populaire. Mais pour le reste, non, il y a de plus en plus d’engouement pour le football jusqu’ici."

Une situation particulière puisque la Liga, la ligue espagnole de football, n'a pas validé le paiement de la clause libératoire pour des raisons de fair-play financier.

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