Périscope, l'application aux 10 millions d'utilisateurs qui pose question

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Il y a quelques jours, en France, une jeune fille s'est suicidée en se jetant sous les rails du train. Elle a filmé son geste en direct vidéo sur internet via l'application Périscope.

Cette application, aux dix millions d'utilisateurs, permet de partager en direct des moments de sa vie où qu'on se trouve dans le monde.

"C'est pour partager des moments. Je l'utilise principalement quand je suis dans des fêtes, en cours, avec des amis ou en ville", nous raconte Kader. Ce jeune étudiant belge de vingt ans utilise l'application depuis ses débuts, il y a un an. Il aime rencontrer des internautes du monde entier, échanger avec eux sur sa ville, Bruxelles.

De nombreuses dérives

Si Kader est un adepte de Périscope, il y voit aussi des dérives. "Un jour, j'ai vu un couple de Paris qui était en train de se filmer en direct. Le mec disait qu'à 150 vues, sa copine se déshabillait. A 1000 vues, elle faisait un striptease. (...) Les gens se déshabillent facilement et se dévoilent trop facilement face à des gens qu'ils ne connaissent pas", explique Kader.

Se mettre à nu face à des centaines, voire milliers d'internautes, c'est l'une des dérives de l'application. Certains utilisateurs se lancent aussi des défis. Deux internautes avaient un jour promis de tabasser quelqu'un s'ils atteignaient un certain de nombre de vues. Des cas de viols en direct ont également été constatés. Des défis qui ne sont pas sans risque, comme le détaille Pierre-Yves Hayez, pédopsychiatre. "Il y a le risque de l'addiction, le risque de défis antisociaux comme frapper des gens dans la rue. Il y a aussi le risque de la surenchère. On va faire des choses de plus en plus spectaculaires, risquées. A un certain moment, on va vraiment mettre sa vie en danger ou on va perdre toute dignité."

Le réseau social peut-il être responsable?

Le cas d'Océane, qui s'est suicidée en direct sous les rails du train, pose question. Sur Périscope, comme sur de nombreux réseaux sociaux, il y a peu de contrôle des contenus. Mais l'application peut-elle pour autant être tenue pour responsable?

Etienne Wéry est avocat, spécialisé dans le droit numérique et les nouvelles technologies. Il estime que Périscope n'est pas condamnable. "L'auteur, le complice et le commanditaire sont poursuivis en cas d'infraction. En fonction de chaque cas, on va regarder si le réseau social est auteur, complice ou commanditaire. Si oui, il sera poursuivi et ça arrive. Si non, alors on va considérer que c'est un moyen qui a été utilisé. Par exemple, on n'a pas poursuivi les taxis qui ont amené les terroristes à l'aéroport de Zaventem. Ils ont utilisé un moyen qui n'est pas impliqué", explique l'avocat.

L'Union européenne envisage d'interdire aux jeunes de moins de 16 ans l'accès aux réseaux sociaux sans un accord de leurs parents. Toutefois, chaque État membre devra fixer sa limite d'âge. Kader va lui encore plus loin. Il estime que les mineurs ne devraient pas avoir accès au réseau social en raison des comportements de certains. Si pour l'instant, cet étudiant reste connecté, il pense sérieusement à quitter l'application.

 

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