Les Débrouillards: Stéphanie, la bergère qui voulait vivre de sa passion

Durant six semaines, la RTBF et le journal Le Soir vous proposent des portraits de « Débrouillards ». Des Belges qui peinent à joindre les deux bouts mais qui rivalisent d’imagination pour s’en sortir. Ce vendredi, cinquième épisode avec le portrait de Stéphanie. A 29 ans, cette bergère n’arrive pas à vivre de sa passion. Indépendante complémentaire, elle a dû trouver un deuxième travail pour toucher un salaire et rembourser ses prêts. Les investissements dans le milieu agricole sont colossaux. Stéphanie n’est partie de rien. Mais grâce à ses astuces, elle touche du bout des doigts son rêve de petite fille…

Créer au lieu d’acheter

Pour être une vraie débrouillarde, Stéphanie l’affirme : il faut pouvoir se redresser les manches. La jeune femme déborde d’idées pour créer au lieu d’acheter. Premier exemple, dans son étable. Au milieu des brebis et des agneaux, si on lève les yeux, on aperçoit des smartphones accrochés au plafond. « C’est une astuce pour installer un système de vidéosurveillance », explique-t-elle devant nos yeux interrogateurs. « Il aurait fallu investir entre 150 et 300 euros pour une vidéosurveillance classique. Je n’ai pas cet argent, alors j’ai demandé à mes copines de me donner leurs vieux smartphones. Je les ai connectés à une application, et grâce à ça, je peux surveiller mes bêtes quand je suis au boulot en journée. Moins cher et tout aussi efficace ! »

La jeune femme ne reste jamais les bras croisés. Ce matin, un agneau est né. Elle doit rapidement préparer une mangeoire pour le petit et sa maman. « J’ai acheté une simple jardinière, à laquelle j’ajoute deux attaches », dit-elle. Quelques coups de foreuse plus tard, la mangeoire est prête. « Voilà, ça m’a pris moins de dix minutes, ça me coûte 2,5 euros au lieu d’une dizaine d’euros. Ce sont des petites astuces comme ça qui me permettent de m’en sortir », conclut-elle, fièrement.

Bien s’entourer

Pour s’en sortir, d’après Stéphanie, il faut surtout bien s’entourer. Ça tombe bien : la jeune femme vit chez ses parents. Pensionnés, ils l’aident quotidiennement dans ses tâches. « Je prends 10 centimètres à chaque fois que je parle d’elle… tellement je suis fier d’elle, raconte son papa avec émotion. C’est une pile électrique, elle n’arrête jamais, même quand on lui dit de prendre du temps pour elle. Vous savez, elle n’est partie de rien. Elle a dû tout construire, tout imaginer. »

C’est d’ailleurs dans le jardin de ses parents que Stéphanie a installé son étable et sa fromagerie. Un container pour lequel elle a emprunté 20.000 euros à la banque. Un investissement nécessaire pour fabriquer ses fromages et yaourts, qui rencontrent un franc succès dans la région. « Elle a même gagné le prix de meilleur fromage fermier au lait cru de Wallonie, deux années d’affilée ! », ajoute son père.

La carrière de Stéphanie a pu démarrer grâce à une autre personne : Maggy, sa plus ancienne cliente. « Je commande chaque semaine du lait, du fromage et des yaourts, pour moi et mes voisins. C’est un délice, et c’est du local ! », nous explique la dame âgée de 75 ans. Mais Maggy n’est pas seulement une cliente. « C’est vraiment du donnant-donnant. Stéphanie m’apporte ses agneaux qui grandissent ici pendant 18 mois, dans mon jardin. J’ai une grande superficie. Comme ça, elle bénéficie d’un terrain supplémentaire, et moi, j’ai les brebis qui prennent soin de ma pelouse », raconte Maggy. « Oui, et puis surtout, elle me fait beaucoup de pub », s’exclame Stéphanie, aux côtés de cette cliente qu’elle qualifie plutôt de « troisième grand-mère ».

Multiplier les casquettes

Si Stéphanie arrive à rembourser l’emprunt qu’elle a dû faire pour investir dans sa bergerie, c’est grâce à son deuxième travail. « Je travaille dans une crémerie à Hannut. Je gagne un salaire qui rembourse l’emprunt et qui paye mes factures. Moi, je ne garde pas grand-chose pour moi… », confie la jeune bergère.

Les journées sont longues, en cumulant ces deux casquettes. De 6 heures à 9 heures, Stéphanie s’occupe de la traite et des soins de ses brebis. De 9 heures à 17 heures, elle travaille à la crémerie. Puis, retour en bergerie jusqu’à ce que toutes les tâches soient terminées et les commandes assurées. « Mon but ultime, ce serait d’avoir environ 50 brebis et de vivre exclusivement de ma bergerie. » Un rêve difficile à envisager aujourd’hui pour cette indépendante complémentaire.

« Je ne peux pas me lancer en tant que bergère à titre principal, car cela demande des investissements colossaux. Je n’arrive pas encore à mettre de l’argent de côté. D’autant plus que je vis dans une région agricole très prisée. Il faut compter 75.000 euros pour acheter un seul hectare. C’est énorme. Pour le moment, je dois me contenter de mes 5 brebis. Ce qu’il faudrait, c’est une aide pour les jeunes agriculteurs qui se lancent à titre complémentaire. »

Point positif : dans cette crémerie, elle peut vendre ses créations. « Ses fromages sont de qualité, ils partent comme des petits pains, je n’en ai jamais assez pour tout le week-end ! On sait que c’est difficile pour les jeunes dans ce métier de se lancer, alors on aide Stéphanie avec plaisir », explique Maud Fauville, gérante de la crémerie.

Mais surtout… garder espoir

« J’ai tenté de refréner cette envie de devenir éleveuse », confie Stéphanie. « Je savais que ça allait être compliqué… Vivre à 29 ans chez ses parents, ce n’est pas forcément ce dont on rêve… J’avais commencé des études de vétérinaire, mais rien n’y faisait, je sentais que j’étais faite pour ça. C’est au fond de moi, c’est ma passion », dit-elle.

La jeune femme se donne 8 ans pour y arriver. Bientôt, ses prêts pour son container et son véhicule seront remboursés. De quoi donner des perspectives à cette bergère qui croit dur comme fer à son rêve d’enfant. Il lui faudra investir environ 500.000 euros pour vivre de sa bergerie et étendre son troupeau.

« Les hivers sont difficiles, les journées sont longues, je ne m’accorde pas beaucoup de temps ni de sorties… Mais je me donne à fond dans ce projet, car c’est ma passion », conclut-elle.

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