Les Débrouillards: Olivier, indépendant tremplin et homme à tout faire

Durant six semaines, la RTBF et le journal Le Soir vous proposeront de suivre « les débrouillards » en Wallonie et à Bruxelles, une série de portraits de combattants du quotidien qui montrent comment les Belges aux revenus modestes parviennent, souvent avec beaucoup d’imagination et de volonté, à boucler les fins de mois… Ce vendredi, premier épisode avec le portrait d’Olivier, un demandeur d’emploi Tournaisien devenu « indépendant tremplin » et prêt à tout pour démarrer une nouvelle activité professionnelle.

Ancien informaticien, Olivier Durieux a perdu son emploi l’année dernière et doit donc repasser par la case « demandeur d’emploi ». Un statut qui lui pèse d’autant plus qu’au moment de son licenciement, officiellement pour raisons économiques, il a été immédiatement remplacé par un stagiaire qu’il « a formé pendant trois ans » nous raconte-t-il écœurer.

Course contre la montre

Qu’à cela ne tienne, Olivier est plutôt du genre volontaire, informaticien autodidacte il a exercé plusieurs métiers différents durant sa vie professionnelle et n’est jamais resté bien longtemps inactif. Parce que ses lettres de candidature restaient toutes Lettres mortes, il décide de jouer le pour le tout et se lance à son compte. Mais comment faire ? Il n’a que très peu d’argent de côté mais il entend parler de la formule « indépendant tremplin », un système qui permet de garder ses allocations de chômage tout en démarrant une activité à titre complémentaire. Une chance mais aussi un piège car le temps est compté : « j’ai un an pour que mon activité soit autonome », nous explique-t-il. « Dans un an soit je fais indépendant tout court soit je suis chômeur mais je ne peux pas continuer le complémentaire. […] Un an c’est trop court, il faut au moins trois ans pour qu’une société puisse tourner. Donc c’est un pari osé, c’est tout ou rien » ajoute-t-il.

Alors pour multiplier ses chances de remporter cette course contre la montre il crée son site internet et propose sur celui-ci tous les petits boulots qu’il est capable de faire : réparation d’ordinateurs, aide à la personne, jardinage, évacuation des déchets et des encombrants ou encore « toute tâche quotidienne dont vous manquez de temps et de moyen pour le réaliser » est-il même indiqué sur son site qu’il a nommé « E-Oli ». Nous le retrouvons donc dans un jardin à Tournai, en train de bêcher la terre pour une habitante qui a besoin d’aide pour entretenir son terrain : « je complète mon travail avec d’autres que je peux faire et que je sais faire. Donc c’est pour ça tout simplement parce que si je ne faisais que de l’informatique, eh bien c’est bon je peux déjà rendre mon tablier » dit-il. Nous lui demandons s’il n’a jamais pensé à faire du travail au noir, après tout relativement courant et facile à trouver en Belgique, il nous répond du tac-au-tac : « je refuse parce qu’il n’y a pas de sécurité. Celui qui vous engage au noir vous n’êtes pas garanti qu’il va vous payer. Et puis j’ai des valeurs. Et encore plus maintenant que j’ai ma société. Les chiffres de ma société vont dépendre des factures que j’édite, donc si je fais la moitié du travail au noir et la moitié du travail réel et bien ma société c’est comme si elle ne travaillait qu’à moitié ».

Son but c’est de remporter la course contre la montre de son année tremplin et d’obtenir une nouvelle situation. Mais après plus de deux mois d’activité indépendante, ses comptes restent désespérément vides : « Si je regarde ce mois-ci, il me reste 6,34 euros sur mon compte personnel et 81 euros sur mon compte professionnel » détaille-t-il. Il ajoute : « Cela fait un an et demi que je dois aller chez le dentiste mais je repousse constamment ». Pour démarrer sa petite société, Olivier a dû acheter du matériel informatique et de jardinage, une vraie charge pour lui : « Ce n’est pas facile, c’est un vrai investissement. J’ai utilisé ma prime de licenciement pour payer ça et des cours aussi. Et une partie de mes allocations de chômage, car la particularité chez moi c’est que mon chômage me fait vivre moi et ma société ».

Faute de moyen financier, il a dû se résoudre à 39 ans à aller taper à la porte de ses parents chez qui il habite désormais : « j’ai l’impression de redevenir adolescent, un adolescent un peu poilu mais quand même » plaisante-t-il. Puis il reprend son sérieux et complète : « C’est très choquant bien sûr parce qu’auparavant, même avec l’équivalent de l’allocation-chômage on pouvait vivre, maintenant j’ai l’impression qu’avec la même somme ce n’est plus du tout le cas ».

Ses parents, tous deux pensionnés, n’ont pas hésité une seconde avant d’accepter d’accueillir leur fils dans le besoin. Comme ils ont des soucis de santé, l’aide d’Olivier à la maison est même la bienvenue mais son retour au bercail est aussi forcément une source d’inquiétude pour eux : « j’aimerais qu’il s'en sorte parce qu’il fait tout pour » nous confie Chantal, la mère d’Olivier. « On arrive à lui donner à manger et quand il peut donner quelque chose il donne mais en ce moment il ne peut pas […] Avec nos pensions on s’en sort tout juste. Alors on doit se serrer les coudes en famille » termine-t-elle.

Olivier saura en décembre prochain s’il a réussi son pari. En attendant, il ne bénéficie d’aucune aide financière pour son activité indépendante et doit continuer de chercher du travail : « c’est trop de pression » confesse-t-il. « Contrairement à ce qu’ils veulent faire croire ce n’est pas une aide. C’est une permission que l’on te donne de faire indépendant mais tu dois continuer à trouver du travail ce qui a un côté complètement ahurissant. Et tu payes toi-même tous tes frais, tu n’as aucune aide financière » insiste-t-il.

À la veille de plusieurs élections d’importance pour notre pays (fédérales, régionales et européennes en mai 2019), nous lui avons demandé ce que le monde politique pourrait faire pour lui venir en aide, ce dont il aurait besoin urgemment pour redresser la tête. Il nous envoie son message : « ce que je demande au monde politique, c’est que pour nous les indépendants complémentaires tremplins, les frais de comptabilité soient pris en charge par l’ONEM, car je suis incapable de payer 250 euros quatre fois par an » explique-t-il. Olivier aura en effet besoin d’un comptable s’il veut s’en sortir, d’autant plus que la réglementation sur les « indépendants tremplins » est très stricte et que si les revenus de sa petite société dépassent un certain montant, il devra même rembourser l’ONEM.

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