Les Débrouillards: Louise, maman solo et reine de la récup, vit en colocation

Durant six semaines, la RTBF et le journal Le Soir vous proposent des portraits de "Débrouillards". Des Belges qui peinent à joindre les deux bouts mais qui rivalisent d'imagination pour s'en sortir. Ce vendredi, deuxième épisode avec le portrait de Louise. Cette Bruxelloise de 39 ans a deux enfants, Achille et Frida, en garde alternée. A Bruxelles, une famille sur trois est une famille monoparentale. Et le casse-tête pour elles, le plus souvent, c'est le logement. Louise a résolu ce problème avec la colocation.

L'une des solutions : la colocation

Louise, elle n'aime pas trop parler d'argent. Ce n'est pas quelque chose qui l'angoisse, tant que ça, dit-elle. Il y a deux ans pourtant, elle était propriétaire d'une maison, possédait une voiture. Depuis sa séparation, son pouvoir d'achat a fondu. Alors, Louise a ralenti son rythme de vie. Elle qui n'avait que très peu vécu en colocation du temps de ses études, partage par exemple aujourd'hui une petite maison avec une autre famille. Au départ, pour Louise, c’est l’argument financier qui a joué dans cette décision: "Après la séparation, ce qui vient en premier, c'est la question du logement, parce que l'on a envie de pouvoir accueillir ses enfants, d'avoir un lieu sécurisant, dans ce moment de fragilité de la séparation. J'ai du coup assez rapidement pensé à vivre avec d'autres gens. Ce qui permettait d'avoir plus d'espace mais aussi quelque chose de vivant. Sans la colocation, je serais dans un petit appartement avec une seule chambre et je dormirais dans le salon. Je pense qu'il y a beaucoup de parents séparés qui font ça".

Plus d'espace et de l'entraide

Ici, sa part de loyer revient à 550 euros. Les charges sont partagées. Pour le reste, pas de comptes d'apothicaires. "C'est assez organique", explique Jessica, sa colocataire. Les deux familles cuisinent et mangent ensemble, "surtout quand les enfants sont là". Frida et Achille, les enfants de Louise, débarquent généralement le mercredi après-midi. Ils trouvent cela chouette de partager une maison : "On joue avec Leïla [leur petite colocataire de 1 an et demi], Jessica m'aide à faire mes devoirs, on cuisine ensemble, on va à la bibliothèque ensemble".

Plus difficile par contre d'expliquer aux copains le principe de la colocation: "Ils trouvent ça bizarre que l'on habite avec des inconnus, mais moi, je les connais!". Cela dit, vivre ensemble, ce n'est pas forcément facile non plus. Il faut pouvoir préserver son intimité: "C'est pas toujours évident", explique Arne, le compagnon de Jessica. "On a besoin de pouvoir souffler un peu, d'un côté comme de l'autre. C'est important d'avoir ses espaces à soi, important de manger juste nous deux, de faire une sortie. Et l'avantage, c'est que l'on a une baby-sitter et vice versa pour Louise". Ce qui permet aussi des économies.

Mobilité douce et seconde main

Au-delà du logement, Louise a aussi réduit d'autres dépenses. Elle est photographe et on emploi du temps est un peu bricolé, partagé entre les ateliers et les cours de photos. Elle touche aussi une petite allocation de chômage. En tout, 1200 euros par mois. Du coup, pour joindre les deux bouts, elle a par exemple tiré une croix sur la voiture. Chez Bossut, on ne se déplace plus qu'à vélo: "Pour aller à l'école, les transports en commun ne sont pas adaptés depuis la maison. Quand il pleut, on s'équipe, c'est tout. C'est parfois juste un peu compliqué pour faire les courses", détaille Louise.

Louise est aussi devenue la reine des bons plans: "Chez moi, tout est de la récup'. Cette table, on me l'a donnée. Ce petit meuble, je l'ai acheté sur un site de seconde main. Cette cafetière et cette superbe chaîne Hifi, ce sont aussi des amis qui me les ont données. On a tous des choses que l'on utilise pas. Et moi, j'aime cette idée que les choses tournent". 

Ces bonnes affaires, notre débrouillarde les déniche sur internet, sur les réseaux sociaux. Louise prend aussi le temps de chiner dans les magasins de seconde main: "Moi, je ne m'habille plus qu'en seconde main. Pour ma fille aussi. Mon fils, c'est plus compliqué de trouver des vêtements à sa taille. Ce sont des économies incroyables et cela permet d'avoir aussi beaucoup de vêtements. Je peux rester coquette et avoir beaucoup de vêtements, parce que c'est moins cher".

Vers plus de simplicité

Résolument positive, Louise n'est pas du genre à se plaindre. Ses contraintes de budget sont devenues un moteur pour changer ses habitudes de consommation. Et cela colle mieux à ses valeurs aujourd'hui: "Ce monde de la consommation, ce n'est pas non plus celui dont je rêvais. Essayer de trouver des solutions qui soient moins chères, plus simples. Plus de simplicité. Est-ce que l'on a vraiment besoin de choses? C'est positif". 

D'ailleurs, Louise n'imagine pas vraiment revivre en couple, ou seule quelque part. "Je me vois bien en colocation encore, quand je serai vieille", rit-elle. Et selon elle, cet habitat solidaire doit être encouragé: "Le monde politique devrait plus soutenir ce type d'habitat, l'habitat groupé, l'habitat en colocation, solidaire, d'un point de vue fiscal et juridique, que ce soit plus simple et accessible à tous". Le statut de cohabitant limite les allocations sociales que les colocataires touchent. Les associations militent depuis des années pour le supprimer, parce qu'il met des bâtons dans les roues à la solidarité.

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