Les débats interminables sur les réseaux sociaux: pas forcément inutiles

Les réseaux sociaux augmentent la fréquence des débats.
Les réseaux sociaux augmentent la fréquence des débats. - © Rawpixel Ltd

Que celui qui ne s’est jamais retrouvé embarqué dans une conversation Facebook avec son voisin sortant des arguments (parfois bateaux) "anti/pro végétarien, anti/pro réfugiés, anti/pro Trump ou moins sérieusement, anti/pro Di Caprio ou encore robe bleue ou dorée ?", se désigne. Il n’est pas rare de voir apparaître, sur notre fil d’actualité ou sur les divers groupes que nous fréquentons, des discussions interminables et souvent stériles dont les intervenants ne retirent, en général, pas grand-chose, si ce n’est un bon mal de crâne.

Pourtant, le Dr. Jayeon Lee de l’Université Lehigh et le Dr. Teresa A. Meyers de l’Université George Mason ont tenté de comprendre les conditions permettant un débat politique sensé, en ligne. Cette étude publiée récemment dans le Journal of Social Media Studies pourrait vous donner envie de remonter en selle et défendre vos idées sur les réseaux sociaux.

Changer d'avis grâce aux réseaux sociaux? 

Pour certains, les discussions politiques entre les citoyens ayant des points de vue divergents sont vitales pour la santé de la démocratie car elles donnent la possibilité aux citoyens d’exprimer leurs désaccords, d’éventuellement reconsidérer leurs premières impressions et d'envisager d’autres initiatives. Dans ce cadre, les instigateurs de cette étude, ont cherché à comprendre le rôle des réseaux sociaux dans la formation des opinions politiques et s’ils pouvaient nous amener à changer d’avis.

"Selon des rapports récents, un peu plus de 6 sur 10 personnes issues de la génération Y (61%) disent obtenir les informations politiques sur Facebook. Environ un tiers des utilisateurs Facebook (32%) disent écrire des posts à propos du gouvernement et de la politique et 28% déclarent commenter ce genre de posts" peut-on lire dans l’étude.

Trois facteurs

Les chercheurs sont partis de données fournies par le "Pew Research Center", un centre de recherche fournissant des statistiques et des informations sociales, pour lesquelles les gens ont rapporté eux-mêmes leurs habitudes sur internet. Dans ces données, ils ont trouvé un échantillon de 684 personnes qui déclaraient "avoir été exposées à des opinions politiques auxquelles elles n’adhéraient pas". En résumé, ils ont découvert que les réseaux sociaux pouvaient changer l’opinion des utilisateurs ou au minimum les impliquer plus dans un sujet en fonction de trois facteurs: d’abord si l’utilisateur est sur les réseaux sociaux pour chercher de l’information, ensuite s’il est exposé à des points de vue politiques opposés aux siens, enfin s’il est impliqué dans des discussions allant à l’encontre de ses opinions.

"Même si une personne n’est pas en train de chercher de l’information, si cette personne tombe sur une discussion divergente de ses opinions, elle s’expose à une forte possibilité de changer d’opinion ou de se sentir plus concernée par un sujet" dit l’étude.

Des sujets et des gens qui nous ressemblent

Mais les chercheurs soulignent aussi que, si le fait de chercher de l’information sur les réseaux sociaux peut amener à des discussions, il n’amène pas forcément à être exposé à des informations contraires à ce que l’on pense. C’est assez logique puisque souvent, notre "réseau" est constitué par les gens et les sujets qui nous intéressent et nous ressemblent. Dans ce cas, il est peu probable de se retrouver face à des idées dissonantes des nôtres.

Un gigantesque potentiel d’interaction

Bien sûr, les discussions mouvementées et les polémiques ne sont pas arrivées avec les réseaux sociaux et une discussion "en face à face" à probablement les mêmes effets. Mais les réseaux sociaux, par leur énorme taux de pénétration, leur gigantesque potentiel d’interaction entre individus d’opinions différentes ainsi que par la transmission d’idées rarement véhiculées dans les médias traditionnels, augmentent la fréquence des débats.

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