Les Curieuze Neuzen, ces citoyens flamands qui mesurent la pollution de l'air

Une enquête flamande se penche actuellement sur la qualité de l'air. Rien de très novateur, de prime abord... Sauf qu'il s'agit en fait de la plus vaste enquête mondiale réalisée sur le sujet. Son nom est lui aussi pour le moins interpellant : Curieuze Neuzen. Un vrai nom de code!

Littéralement, l'enquête en question porte donc le nom de "nez curieux"... L'expression "Curieuze Neuzen" est en réalité assez courante chez nos compatriotes néerlandophones, et dénonce gentiment une curiosité un peu insistante. Un nom parfait pour cette enquête qui propose à 20 000 flamands d'installer sur leur façade à rue un nez artificiel. Un tube qui permettra au final de mieux répondre à une question qui occupe de plus en plus de citoyens inquiets ces derniers temps: quelle est la qualité de l'air que nous respirons?

Ce que l'étude doit surtout permettre de déterminer, c'est si la façon dont on mesure la qualité de l'air pour l'instant peut être validée ou pas... Parce que la pollution de l'air est un phénomène très local. L'air peut-être très pollué dans une rue fréquentée, et nettement moins à peine 200m plus loin.

Des mesures imprécises

Nos mesures actuelles ne permettent pas de savoir avec certitude si l'air de tel ou tel endroit est sain. L'agence flamande pour l'environnement se base sur les mesures de 60 stations réparties sur le territoire flamand. Des stations qui hument donc l'air en permanence. Avec la méthode des "Curieuze Neuzen", on multiplie les points de mesure. Il y en aura 20.000 pendant un mois, ce qui permettra de récolter en un mois ce qu'un scientifique seul mesurerait en 20 ans, dit le chercheur anversois qui mène l'expérience.

Et la cartographie très complète, presque exhaustive, de la pollution mesurée par ces 20.000 points de mesure, sera comparée avec l'extrapolation qui est faite habituellement sur la base des mesures des 60 stations officielles. Si les 2 mesures correspondent, cela voudra dire que le modèle mathématique utilisé actuellement pour déterminer la qualité de l'air en Flandre fonctionne. Si ce n'est pas le cas, il faudra corriger le modèle. 

Objectif: mesurer le dioxyde d'azote

Il y a plusieurs types de pollution de l'atmosphère. Dans ce cas-ci, les habitants vont mesurer le dioxyde d'azote (NO2), un gaz émis essentiellement par les moteurs à explosions, les diesels en particulier. Car ce dioxyde d'azote est en fait très nocif: il peut entraîner des irritations des voies respiratoires, des infections voire des problèmes chroniques plus sérieux comme l'asthme.

Il ne faut pas confondre le dioxyde d'azote avec les particules fines dont on a connu un pic la semaine dernière. Ce n'est pas la même chose. Néanmoins, le dioxyde d'azote est un traceur important de la pollution. Là où il y a du dioxyde d'azote, il y a généralement d'autres polluants. Par ailleurs, le dioxyde d'azote offre l'avantage d'être mesurable de manière assez simple et fiable par des milliers de citoyens.  

Faire de chaque citoyen un expert

Autant de citoyens prêts à s'investir dans une étude sur la pollution, cela semble énorme pour la Région flamande. Mais le chercheur responsable semble pourtant très confiant. Il a déjà mené une étude similaire à Anvers où il était parvenu à trouver 2.000 candidats. Et l'université d'Anvers, ainsi que l'agence flamande qui pilote le projet, se sont associées au quotidien De Standaard pour assurer une large diffusion de l'appel à candidature. Une façon aussi de mieux parler du fond du problème à large échelle. Le Standaard a donc consacré plusieurs pages au sujet fin de semaine dernière. Parce que c'est aussi ça l'objectif de ce projet dit de "science citoyenne": faire en sorte que chaque citoyen puisse participer à une expérience scientifique pour qu'il s'approprie le sujet et qu'il le comprenne mieux. Faire de chaque citoyen un expert qui peut prendre part à un débat technique.  

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