Les crédits résiduels dans l'enseignement supérieur: cadeau ou fardeau ?

Ils ont fait leur rentrée cette semaine, les étudiants du supérieur, des hautes écoles et universités. Certains traînent avec eux des " casseroles " des années précédentes, autrement dit, des examens ratés. Ce concept nébuleux s’est fait une place dans l’enseignement supérieur francophone depuis 2014. Il fait partie du décret paysage. Dans son ensemble, si son but ultime s’avérait louable visant la réussite des étudiants à leur rythme, sur le terrain, les effets sont plutôt inversés. Décryptage dans la Semaine Viva avec Philippe Parmentier, directeur de l’administration de l’enseignement et de la formation à l’UCL.

Quand un cadeau devient un fardeau… Une phrase qui pourrait résumer le concept des crédits résiduels. Mais avant d’entrer dans le jargon universitaire, plantons le décor. En supérieur, une année d’étude complète représente 60 crédits. Ainsi, un bachelier, qui dure trois ans, représente logiquement 180 crédits. Et pour être encore plus précis, il faut aussi noter qu’un cours représente, lui, une quantité définie de crédit. Par exemple, un cours de statistique peut représenter 6 crédits.

L’avant et l’après décret

" Une différence fondamentale entre l’avant et l’après décret paysage c’est la suppression de la notion d’année d’étude. Avant dans l’imaginaire collectif, réussir signifiait passer d’une année à l’autre. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Réussir c’est accumuler suffisamment de crédit pour avoir le droit de passer l’année suivante."

Les étudiants peuvent donc créer leur programme et " jongler " entre plusieurs années.

Maintenant, pour la première année académique surtout, 45 crédits suffisent pour valider l'année. Les autres crédits, les "ratés" appelés crédits résiduels seront ainsi reportés pour l’année d’après.

La double contrainte

La stratégie est louable : elle veut éviter l’effet couperet et cette sensation d’année perdue, lorsqu’il était question auparavant de bisser pour un ou deux examens ratés. Mais il semblerait que les avantages ne soient pas aussi nombreux que les inconvénients.

" Il faut d’un côté repasser les examens ratés mais il faut surtout les intégrer dans un programme qui reste réaliste. Soit un programme de plus ou moins 60 crédits. La conséquence c’est de ne pas savoir suivre tous les cours de l’année suivante. Cela crée un décalage et ce, pour toute la suite des études. "

Dans les auditoires, il y a autant de cas spécifiques que d’élèves. " A part la première année puisque le point de départ est le même pour tous les étudiants, pour les autres années, dans un auditoire on estime qu’il n’y a que 30% des étudiants qui se trouvent là où on imaginait qu’ils soient. "

Stratégie d’évitement

Avant, l’échec induisait presque inéluctablement une remise en question sur le choix des études. Actuellement, " on observe des comportements qui n’étaient pas présents chez nos étudiants avant. Maintenant, à partir de 45 crédits, on estime avoir réussi. Il y a un mauvais signal car la réussite partielle est confondue avec la réussite totale. Ça veut dire que ces étudiants-là n’utilisent plus les sessions d’août, sessions de la seconde chance. Nos auditoires se vident lors des deuxièmes sessions et l’étudiant reporte le problème à l’année suivante. "

 

Rendez-vous ce samedi 21 septembre dans la Semaine Viva entre 13h et 14h sur Vivacité. L’émission est présentée par Régine Dubois et Sébastien Pierret. Découvrez aussi les autres sujets abordés dans la Semaine Siva : le coût des médicaments et le retour des anciennes gloires du sport. Toutes ces séquences sont à retrouver sur Auvio ce samedi à 14h.

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