Les CPAS s'inquiètent: "Il nous faut les moyens d'assurer notre mission"

CPAS: "Il nous faut les moyens d'assurer notre mission"
CPAS: "Il nous faut les moyens d'assurer notre mission" - © BRUNO ARNOLD - BELGA

Le gouvernement wallon entrait en conclave budgétaire ce jeudi matin et Philippe Defeyt (Ecolo), président du CPAS de Namur, en a profité pour tirer la sonnette d'alarme avec d'autres CPAS, évoquant une "grande misère de la solidarité". Liège, Charleroi, Mons, Wavre, Perwez… Des présidents de CPAS de chaque parti traditionnel mettent en garde.

Ils pensaient avoir touché le fond, mais ce serait encore pire aujourd'hui, jugent-ils. "Les présidents de CPAS sont inquiets depuis longtemps, explique Philippe Defeyt, invité de Matin Première. Et nous avons de bonnes raisons de l'être puisque le nombre de bénéficiaires du revenu d'intégration a augmenté de 30% depuis le début de la crise, soit une augmentation de 4 à 5% par an. Nous sommes par ailleurs perplexes, voire chagrinés, par ce qui se trouve dans la déclaration de politique régionale wallonne. On y souffle le chaud et le froid par rapport aux CPAS : à la fois, il y est dit que nous faisons un excellent boulot et qu'il faut nous y aider, mais, en même temps, on nous propose de fusionner avec les communes comme si gérer des piscines et des maisons de repos était la même chose."

Des économies d'échelle ?

On pourrait voir dans cette fusion proposée des économies d'échelle en termes de matériel et de personnel. Une mesure que balaie Philippe Defeyt : "Dans certaines communes, il y a déjà des services d'appui entre le CPAS et la commune, il y a déjà des CPAS qui se sont groupés pour rendre des services ensemble, et cela fait aussi très longtemps que les CPAS ont appris à travailler avec le milieu associatif, sans lequel notre action serait moindre, pour mettre des moyens en commun, pour organiser des synergies… S'il vous plait, reconnaissons donc ce qui fonctionne. Le métier des CPAS est différent de celui des communes, les deux sont nécessaires et respectables, mais nous demandons à avoir les moyens de notre action et qu'on reconnaisse que nous sommes soumis à des pressions montantes et constantes."

Les jeunes en danger

Ce que craignent particulièrement les CPAS wallons, c'est la première vague de fin d'allocation d'insertion qui touchera les jeunes. À partir du 1er janvier 2015, beaucoup d'entre eux vont se retrouver dans les CPAS, lesquels n'auront, disent-ils, pas les moyens d'engager du personnel pour accueillir ces jeunes. Le risque est donc qu'ils se retrouvent véritablement livrés à eux-mêmes.

"C'est un grand risque, souligne Philippe Defeyt. Dans un certain nombre de communes, les pressions budgétaires dans les CPAS sont importantes et les contrôles du CRAC (Centre Régional d'Aide aux Communes, ndlr) sont parfois un peu tatillons. Tout cela fait qu'il est effectivement probable que, dans un certain nombre de CPAS, on ne pourra pas augmenter le nombre de travailleurs sociaux en proportion du nombre de demandeurs supplémentaires."

Surcharge de travail

Concrètement, cela signifierait qu'un assistant social qui gérait 100 dossiers, devra peut-être en gérer demain 110 ou 120, voire davantage, certains étant déjà à 140 ou 150 dans certaines communes bruxelloises, illustre le président du CPAS de Namur. Cette gestion permet bien de donner un revenu à la personne, mais cette surcharge de dossiers ne permettrait pas d'assurer l'accompagnement vers la réinsertion.

"Le CPAS est le dernier filet pour beaucoup de personnes, le dernier rempart contre une précarité totale. Et ce filet est de plus en plus chargé. Nous voulons donc qu'on reconnaisse notre travail et qu'on nous donne les moyens d'assurer notre mission."

RTBF

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