Les conditions de travail des jeunes médecins dangereuses pour eux-mêmes et leurs patients

Les conditions de travail des jeunes médecins dangereuses pour eux-mêmes et leurs patients
Les conditions de travail des jeunes médecins dangereuses pour eux-mêmes et leurs patients - © Questions à la Une - RTBF

Les médecins assistants candidats spécialistes (MACS) en Belgique francophone s’inquiètent de leurs conditions de travail. Près de deux sur trois déclarent avoir déjà pris conscience, lors d’un stage, de ne plus être en état de poser un diagnostic ou un acte, et d’être un danger pour le patient selon un sondage réalisé par le Cimacs (Comité interuniversitaire des médecins assistants candidats spécialistes) à travers 1200 médecins assistants en Belgique francophone répercutés dans « Questions à la Une » sur la RTBF ce mercredi soir.

Ils sont 25% à estimer que leur rythme de travail a un impact sur leur consommation de produits favorisant une dépendance, en l’occurrence alcool, tabac, herbe, cocaïne, psychotropes, antidouleur ou autres produits.

Plus d’un jeune médecin spécialiste sur trois pense qu’il ne ferait pas la médecine si c’était à refaire. « C’est très grave. On fait le plus beau métier du monde, parfois de la plus laide des façons. Les médecins devraient être davantage considérés, surtout au début de leur formation car nous ne rechignons pas à travailler. Nous réclamons juste des conditions de travail plus acceptables », commente Jérôme Lechien, président du Comité interuniversitaire des MACS.

50% travaillent plus que les limites légales

Jusqu’au début des années 2000, il n’y avait aucun plafond en termes d’heures prestées. Depuis lors, une loi européenne, transposée dans le droit belge, indique que le maximum horaire est de 48 heures par semaine en moyenne, tout en acceptant des pics à 60 heures par semaines. Pourtant, selon les chiffres du Cimacs, seuls 15% des médecins prestent au maximum 48 heures par semaine en moyenne.

Et pour cause, une dérogation à ce maximum est possible : l’opting-out. Il s’agit d’une convention signée entre un assistant et l’hôpital qui l’accueille en stage. Selon la loi, lorsque l’assistant signe l’opting-out, il s’engage volontairement à prester 12 heures de plus, soit 60 heures en moyenne et jusqu’à 72 heures en cas de pics. L’enquête du Cimacs indique que 35% des médecins prestent entre 48 et 60 heures par semaine. Autrement dit, 50% des médecins travaillent plus que le maximum de 60 heures en moyenne… Dans la plus grande illégalité. Selon certains témoignages recueillis par « Questions à la Une », certains horaires de travail de jeunes médecins peuvent atteindre 105 heures par semaine.

Concernant l’opting-out, il ne s’agit pas uniquement de le respecter, il faut aussi le signer « volontairement », comme l’indique la loi. Et là encore, la plupart des hôpitaux en profitent et n’expliquent pas clairement que l’assistant a le choix de ne pas le signer. Concrètement, 73% des assistants le signent mais les trois quarts d’entre-eux auraient voulu ne pas le signer.

« Tu n’as qu’à regarder une vidéo sur YouTube »

Devant des médecins épuisées, la question se pose de la qualité des soins dispensés aux patients. Ainsi, 37% des jeunes médecins estiment avoir déjà dans l’incapacité de réaliser un diagnostic ou d’avoir été un danger pour le patient. « On ne l’est pas au quotidien, précise Jérôme Lechien. Mais quand on enchaîne 36 ou 48 heures sans récupérer ou sans dormir, c’est parfois difficile de faire un diagnostic parce qu’on est humain. Heureusement ce n’est pas permanent mais lors des pics, c’est questionnant par rapport à nous et par rapport aux patients. »

Illustration du danger pour le patient, 25% des médecins ne s’estiment pas assez suivis dans la formation. « J’ai un ami qui devait faire un acte technique important qu’il n’avait jamais, son chef lui a dit qu’il ne revenait pas le faire à sa place qu’il n’avait qu’à regarder une vidéo sur YouTube », témoigne une médecin à la RTBF sous couvert d’anonymat.

Découvrez le reportage de « Questions à la Une » sur le sujet ce mercredi 20 mars à 20h20 sur la Une.

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