Les "Compagnons" prêts à reconstruire Notre-Dame de Paris: qui sont ces artisans passionnés?

Les "Compagnons" prêts à reconstruire Notre-Dame de Paris: qui sont ces artisans passionnés?
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Les "Compagnons" prêts à reconstruire Notre-Dame de Paris: qui sont ces artisans passionnés? - © PHILIPPE LOPEZ,LIONEL BONAVENTURE - AFP

C’est parti d’une publication sur Facebook partagée des milliers de fois. Les Compagnons du Tour de France proposent, schémas à l’appui, de reconstruire la charpente et la couverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, parties en fumée lors de l’incendie. « Les métiers de la charpente sont une spécialité française, note Patrice Bernard, délégué général national de la Fédération Compagnonnique. Nous avons les gens, formés et passionnés, pour refaire la toiture de Notre-Dame à l’identique. Mais ce n’est si simple dans la mise en œuvre. »

Depuis ce lundi soir, les différentes associations compagnonniques reconnues en France partagent leur émotion et leur tristesse. Dans l’Hexagone, elles sont trois : la Fédération Compagnonnique (Compagnons du Tour de France), les Compagnons du Devoir, et l’Union Compagnonnique. Leur histoire et les métiers qu’elles proposent ne sont pas identiques, mais leur ambition est la même : former des hommes aux métiers manuels pour en faire des professionnels. Outil de promotion sociale, de formation et d’éducation, le compagnonnage existe, selon plusieurs sources, depuis le 15e siècle.

Comment ça marche ?

Maçonnerie, charpenterie, plomberie, zinguerie, serrurerie, peinture, menuiserie, ébénisterie ou encore taille de pierre, les fédérations proposent des dizaines de métiers différents à des jeunes à partir de quinze ans (selon les fédérations). Dans un premier temps, le jeune peut alors profiter de formations en alternance (contrat d’apprentissage) avec une rémunération (de l’employeur), qui lui permet d’obtenir un diplôme de base en poche.

N’est pas « Compagnon » qui veut

Le titre de « compagnon », lui, est délivré, entre autres, après un nécessaire « tour de France » : deux à six ans (ou plus), en itinérance, d’étape en étape, où le jeune change de région en moyenne tous les huit ou neuf mois. Sorte de voyage éducatif, l’hébergement est assuré dans les maisons des compagnons, tandis que le candidat travaille dans différentes entreprises (où il est salarié) pour acquérir des nouvelles techniques. « Ce voyage c’est un atout pour élargir ses connaissances théoriques et pratiques », selon Patrice Bernard : « Imaginez, les toitures différentes selon les régions. Un hôtel de ville en Alsace n’a pas la même architecture en Bretagne. Les techniques, les méthodes et les matériaux sont forcément différents. C’est un réel enrichissement, humain et professionnel. » Ils sont, chaque année, près de 2500 à vivre cette expérience, au sein de la Fédération Compagnonnique.

Pour recevoir le titre définitif de « compagnon », il faut présenter un « chef-d’œuvre », pour prouver sa connaissance du métier, à l’issue de ses voyages.

Restaurer Notre-Dame ?

Au fil des siècles, des corps de métiers ultraqualifiés ont développé, par le compagnonnage, un art de travailler ensemble et un savoir-faire authentique. Alors, ils sont nombreux à proposer leur aide pour rebâtir Notre-Dame, à l’instar des Compagnons qui avaient aidé à la reconstruction de la cathédrale de Reims après la Première Guerre mondiale. « Nous avons les techniques, mais cela sera compliqué dans la réalisation », tempère Patrice Bernard, de la Fédération Compagnonnique. « Il faudra d’abord se mettre d’accord : privilégiera-t-on une restauration à l’identique, c’est-à-dire telle qu’on la connaissait jusqu’à hier, ou alors revenir aux fondamentaux de sa construction médiévale ? Ou alors inventer une nouvelle architecture pour la restauration ? »

De tout cela dépendront d’autres questions : si l’option de reconstruire à l’identique est choisie, quel matériau sera choisi ? « Si la charpente en chêne, dite ‘’la forêt’’, est reconstituée telle quelle, cela suppose l’exploitation de milliers d’arbres, de grandes longueurs, avec des caractéristiques spécifiques. Mais on peut aussi décider d’utiliser du lamellé-collé, donc moins onéreux. Ou alors une charpente en acier en ou béton armé. Tout cela dépendra du budget prévu à cet effet. »

Il faut interpeller la population et le gouvernement

Autre point : la cathédrale de Paris étant propriété de l’État français, il y aura forcément un marché public pour déterminer quelle entreprise réalisera les travaux. « Ce chantier doit être établi par des compagnons, pas par des entreprises qui ne connaissent rien aux méthodes ancestrales ! Il faut interpeller la population et le gouvernement pour cette revendication », clame un internaute sur Facebook. Et pour Patrice Bernard, c’est l’autre problème : « L’État n’engage jamais des compagnons directement, puisque ceux-ci travaillent dans des entreprises. » Autrement dit, il n’y a pas un « groupement d’entreprises de compagnons ». Chaque compagnon, individuellement, employé dans une entreprise, sera peut-être présent sur le chantier. C’est ainsi, à leur manière, que ces artisans participent à la restauration d’ouvrages prestigieux ou de grands chantiers contemporains.

La cathédrale et le Compagnonnage sont intimement liés (Point de Mire 17/05/1983)

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