Les collections du Musée Royal de l’Armée bientôt "siphonnées" par des musées régionaux. Une préfiguration de la Belgique confédérale ?

Depuis plusieurs années, le MRA (Musée Royal de l’Armée), ses conservateurs et le comité Tervueren-Montgomery (des citoyens et des riverains du musée) mènent littéralement une guerre de tranchée pour protéger les collections du musée contre — ce qu’ils appellent — un siphonnage du patrimoine muséal — vers la Flandre et la Wallonie. Cette menace se précise. Un plan stratégique est désormais sur la table de Ludivine Dedonder, la ministre de la Défense, qui exerce la tutelle sur le WHI, le War heritage Institute. Cet établissement scientifique fédéral regroupe l’ensemble des institutions muséales de l’armée (Fort de Breendonck, Boyau de la mort, Bastogne War Museum).

Ce plan stratégique viserait, selon ses détracteurs, à accroître les moyens des musées et dépôts régionaux au détriment du Musée Royal de l’Armée.

De quel plan stratégique parle-t-on ?

Pour Charles Six, co-coordinateur du comité Tervueren-Montgomery, aucun doute, le WHI est une grande coquille qui fait cohabiter le MRA avec une série de petits musées régionaux. Or, le MRA accumule à lui seul 95% des pièces muséales belges en rapport avec la guerre. On parle ici de 150.000 pièces qui suscitent la convoitise des autres musées.

Son comité a lancé, il y a quelques années, une pétition pour faire classer les salles historiques et techniques du Musée Royal de l’Armée. Il nous rappelle : "nous avons recueilli 35.000 signatures. C’est bien la preuve que le musée de l’armée appartient à l’histoire des Belges et qu’il a une légitimité."

On crée des musées régionaux pour la Belgique confédérale de demain

Or, dans ce plan stratégique sur la table de la ministre de la Défense, il est question d’utiliser des dépôts ouverts pour y envoyer les pièces du musée.

Pour Paul Dubrunfaut, conservateur du MRA, c’est la suite logique d’une privatisation de l’institution qui n’a pas eu lieu. Il ne mâche pas ses mots : "On crée des musées régionaux pour la Belgique confédérale de demain. Cela signifie qu’on va continuer à vider les salles du MRA. Il y a un agenda caché pour siphonner les collections. Le plan est de vider le hall de l’air sous prétexte qu’il y aura des travaux à faire. Le MRA est sans doute, aujourd’hui, un musée trop belgicain au goût de certains."


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Ce conservateur craint qu’à l’avenir, le MRA n’ait plus les moyens financiers pour survivre.

Trois millions d’euros pour le War Heritage Institue, de quoi se réjouir ?

Contactée par nos soins, la ministre Ludivine Dedonder a bien confirmé qu’un plan stratégique, inédit depuis la mise en place de l’institution, avait été validé par le conseil d’administration du WHI.

La Ministre de la Défense a prévu une communication à ce propos et une rencontre avec le personnel début septembre, sans préciser de date pour l’instant.

Elle ajoute que les sites du WHI ne dépendent pas du Musée Royal de l’Armée. Le MRA est l’un des sites. Les visiteurs du MRA représentent environ un tiers du nombre total de visiteurs. Tout comme le MRA, tous les sites méritent l’attention nécessaire. Les collections sont la propriété de l’État fédéral et le WHI détermine où il les établit et les stocke. Mais selon la ministre, la répartition future présentée dans le plan stratégique est très équilibrée et ajoute de la valeur à tous les sites du WHI.

Une fois parties vers ces dépôts, les pièces du patrimoine ne reviendront plus

En d’autres termes, le MRA n’aura pas son mot à dire si une partie de ses collections sont, ne fusse que temporairement, déplacées vers des dépôts régionaux. Or, cela paraît inévitable avec les travaux de rénovations prévus dans le cadre des festivités du bicentenaire de la Belgique.

Charles Six s’alarme : "le droit du sol s’appliquera. Une fois parties vers ces dépôts, les pièces du patrimoine ne reviendront plus et appartiendront à la Flandre et la Wallonie tandis que Bruxelles sera le dindon de la farce."

En ce qui concerne les investissements qui sont mis en place pour les quatre prochaines années, la ministre évoque un montant de plus de 3 millions d’euros dont "une grande partie" ira, selon elle, au Musée Royal de L’Armée à Bruxelles. Toutefois, elle ne précise pas le pourcentage exact de cette répartition.

Quid du personnel du MRA ?

Charles Six craint également qu’une partie du personnel du MRA soient déplacés vers les sites régionaux car les hangars de Beauvechain, notamment, où il est question d’installer les collections de l’armée de l’air, ne sont pas du tout aménagés actuellement pour être un musée.

Il s’en émeut et estime que "certaines personnes vont probablement être délocalisées ou pire perdre leur travail pour que d’autres puissent se faire engager. Il y a aussi une structure de bénévolat au musée de l’armée. Si les collections partent ailleurs, la valeur ajoutée de ces bénévoles s’envolera. Je ne vois qu’un enrichissement du patrimoine wallon et flamand à court terme."

Sur ce point la réponse de la ministre de tutelle est claire. Le renforcement du personnel sur les sites se fera principalement avec des militaires, qui pourront demander un détachement au WHI à partir d’un certain âge et sous certaines conditions.

Aucun membre du personnel du MRA ne sera supprimé et déplacé vers d’autres sites. Au contraire, le site de du MRA disposera également de son propre gestionnaire de site avec du personnel et du personnel de réception supplémentaire.

Le comité Tervueren-Montgomery et certains conservateurs restent sceptiques. Pour eux, le MRA est exsangue. Il n’a plus les moyens de fonctionner. Quant aux nouveaux sites, essayer de les mettre aux normes muséales représente une gageure et des investissements astronomiques.

Pour certains, l’objectif n’est pas économique, il vise surtout à effacer une image belgicaine du musée de l’armée.

La suite aura lieu en septembre. Moment à partir duquel la ministre présentera le plan stratégique aux 150 membres du personnel du Musée Royal de l’Armée.

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