Les Chinois ont lancé le premier module de leur station spatiale, et visent la Lune

Décollage réussi pour Tian Gong, "Harmonie céleste, en chinois" ce mercredi soir, depuis le centre de lancement Wenchang, sur l’île tropicale de Hainan dans le sud de la Chine. Le module a été propulsé par une fusée Longue-Marche 5B. Il est le premier des trois éléments qui constitueront la future station spatiale chinoise. Son assemblage se terminera fin 2022 avec le lancement dans l’espace d'une dizaine de missions supplémentaires. Elle sera plus petite que la station spatiale internationale, 66 tonnes contre 450 tonnes pour l’ISS mais avec des potentialités opérationnelles similaires comme des sorties dans l’espace, des arrimages automatiques et un bras télémanipulateur.

La Chine veut être une puissance des sciences, des technologies et de l’espace

Dans un télégramme, le Président Xi Jinping a envoyé "ses chaleureuses félicitations" aux équipes techniques, "la station spatiale étant un projet de premier plan pour faire du pays une puissance des sciences, des technologies et de l’espace". La station orbitale chinoise est un projet qui a 10 ans, il est le résultat d’une progression patiente. Tian Gong est en quelque sorte, la survivance de l’ex-station Russo-Soviétique, Mir, développée dans la fin des années 80 et une aventure qui s’est achevée en 2000. Elle aura la forme d’un "T", le premier élément lancé mercredi soir, sera le quartier d’habitation et le centre de contrôle général. Deux autres modules viendront très prochainement s’y amarrer, exactement comme sur la station MIR.

Des cargos et des vaisseaux habités, 11 lancements prévus pour l’assemblage

Côté logistique, de gros cargos baptisés Tianzhou ravitailleront en fret et en carburant la station. Les Chinois ont expérimenté la technique lors de vols précédents. Puis, il y aura des vaisseaux habités "Shenzhou". Au total, 11 lancements sont prévus.

Li Benqi, directeur adjoint du département chinois de la planification explique : "Ce n’est qu’après la vérification de certaines technologies clés du module de base dans l’espace que nous pourrons lancer le vaisseau spatial habité pour assurer la sécurité des astronautes. Comme les astronautes doivent sortir de la capsule, le vaisseau spatial cargo doit envoyer des fournitures à temps, puis le vaisseau spatial habité peut être lancé. Ils sont tous connectés."

La Chine s’annonce comme une grande puissance spatiale autonome

Le module central envoyé aujourd’hui pèse 22 tonnes, il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de MIR, mais aussi au segment russe de la station spatiale internationale. Christian Barbier, chef de projet au Centre spatial de Liège ne le nie pas : "Il y a eu une importante consultance de la Chine sur l’expérience russe. Le programme spatial chinois procède d’un développement du pays en tant que puissance spatiale. Elle n’est plus une puissance émergente, elle s’annonce comme une grande puissance spatiale autonome. Les Chinois ont toutes les ressources nécessaires chez eux, ils n’ont besoin de personne."


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Les taïkonautes feront comme nos astronautes dans l’ISS

"En orbite, les taïkonautes (les astronautes chinois) feront comme leur collègues de l’ISS (la station spatiale internationale), des recherches dans le domaine de la microgravité (en apesanteur), des matériaux, des sciences de la vie, les effets sur l’humain des séjours prolongés dans l’espace. Mais on va se retrouver avec deux stations orbitales indépendantes. Il n’y a pas de volonté américaine de collaborer avec la Chine pour des raisons géopolitiques", poursuit Christian Barbier.

"Les tensions entre Russes et Américains sont vives en ce moment. La Russie s’est rapprochée de son voisin asiatique et a décliné l’offre de participation au projet Lunar Gateway, du nom de la station américano-européenne qui va orbiter autour de la Lune. On verra ce que cela donnera."

L’ambitieux programme chinois vise les vols habités vers la Lune

La Chine, elle, reste ouverte à des coopérations internationales. Même si elle a assez de moyens humains et d’expertise chez elle. En Europe, quand 100 ou 200 ingénieurs spécialisés sortent chaque année, des universités, en Chine, ils sont des milliers. Pour notre expert, c’est clair : "Cette station orbitale est la suite logique d’un programme spatial ambitieux avec une visée clairement lunaire et ses richesses souterraines. Les Chinois viseraient un débarquement sur la Lune avant fin des années 2020. C’est une vraie puissance spatiale qui a les mêmes ambitions que les autres. Elle a un programme de sondes automatiques lunaires mais aussi un programme planétaire. Sa sonde doit se poser sur Mars dans les prochaines semaines sans oublier les 300 à 400 satellites en orbite pour l’observation, les télécoms, la météo, ou encore l’armée."

Si tout va bien, un premier cargo ravitailleur pourrait arriver en mai, ensuite un premier équipage de trois taïkonautes dont un vétéran en juin. Quatre équipages ont été désignés mais la durée de leur séjour n’est pas encore connue, probablement de trois à six mois avec à terme une occupation permanente. Christian Barbier nous le rappelle : "Le programme chinois est sous tutelle de l’armée. Tout est secret. Le lancement a bien été diffusé en direct à la télévision, mais il a été annoncé en dernière minute. Nous avons très peu de détails sur les équipages ou sur les dates de lancement."

Je crois que l’on revient à l’ambiance de compétition qui a existé dans les années 60' – 70' entre les Etats-Unis et l’URSS dans la conquête de l’espace

Cette nouvelle station spatiale aura une durée de vie de 10 ans. Elle évoluera en orbite terrestre basse, entre 350 et 450 km d’altitude, comme l’ISS mais avec une inclinaison différente et donc, virtuellement aucune possibilité de collision. Selon notre spécialiste du centre spatial de Liège, il n’y a pas de volonté que cela arrive : "Je crois que l’on revient à l’ambiance de compétition qui a existé dans les années 60' – 70' entre les Etats-Unis et l’URSS dans la conquête de l’espace. Aujourd’hui la Chine devient le deuxième grand pôle spatial mondial, de quoi donner aux Américains l’envie de rebooster leur programme."

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