Les centrales nucléaires françaises inspectées pour passer le cap des trente ans

Les premières centrales nucléaires françaises ont 30 ans et vont subir une inspection approfondie pour prolonger ou non leur vie de dix ans, mais les antinucléaires, qui mobilisent le week-end prochain pour la fermeture de Fessenheim, pensent que la décision est déjà prise.

La première de ces visites décennales s'est déroulée cet été au Tricastin (Drôme), sur un site dont le fonctionnement a été émaillé d'une série d'incidents à l'été 2008.

La deuxième doit commencer en octobre ou novembre à Fessenheim (Haut-Rhin), où le réacteur n°1 sera mis à l'arrêt pendant trois à quatre mois.

Les résultats de ces deux inspections ne seront connus qu'au 3e trimestre 2010 et au 1er trimestre 2011 respectivement.

Fessenheim, la première centrale française, mise en service le 31 décembre 1977, fait l'objet d'une attention particulière des antinucléaires français, allemands et suisses qui réclament sa fermeture.

Jusqu'en 2016, les 34 réacteurs de 900 mégawatts (MW) du parc nucléaire français vont subir leur troisième visite décennale, tandis que l'exploitant EDF a signalé son intention de prolonger dans la mesure du possible la durée d'exploitation des centrales jusqu'à 60 ans.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne s'est pas encore prononcée sur ce voeu, pour lequel aucun dossier ne lui a été soumis.

Aux Etats-Unis, la durée de vie des centrales nucléaires, fixée au départ à 40 ans, a été prolongée de 20 ans pour plus de la moitié du parc nucléaire, qui compte 104 réacteurs (58 en France), a indiqué à l'AFP Guillaume Wack, directeur des centrales nucléaires à l'ASN.

En France, "il n'y a pas de durée d'exploitation fixée au moment du décret d'autorisation de raccordement au réseau de la centrale", rappelle M. Wack.

Une visite décennale consiste en un examen de conformité, comme pour le contrôle technique d'une voiture, mais aussi en une réévaluation de la sûreté en fonction du nouvel état de connaissances et des nouvelles techniques apparues depuis une décennie.

L'inspection impose un arrêt de tranche de trois à quatre mois, à l'issue duquel le réacteur est, sauf manquement grave, remis en route sans préjuger de l'issue de la visite, l'ASN ne rendant son avis qu'un an plus tard, le temps de laisser à l'exploitant le temps d'apporter les modifications nécessaires à la poursuite de l'agréement.

"Il y a tout un panel de positions qui peuvent être prises: on peut estimer que le réacteur doit être arrêté, qu'il devra être arrêté dans tant d'années si un certain nombre de travaux n'ont pas été réalisés, ou alors qu'il peut fonctionner jusqu'à 40 ans", détaille M. Wack.

Selon les antinucléaires, la décision a d'ores et déjà été prise de continuer à exploiter les centrales pendant au moins dix ans de plus.

"Les inspecteurs n'ont pas la possibilité de donner un autre avis que +la centrale peut continuer à fonctionner+", a déclaré à l'AFP Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du Nucléaire.

"On sait également qu'EDF a déjà budgété à 40 ans le fonctionnement de ses réacteurs", poursuit l'opposant qui souligne que "les problèmes liés au vieillissement se croisent avec les restrictions budgétaires" qui conduisent notamment à un recours accru à la sous-traitance dans les centrales.

En juillet dernier, l'ASN a jugé "acceptable" un dossier générique sur la sûreté des 34 réacteurs de 900 MW qui lui a été soumis par EDF.

Pour autant, "on ne peut pas préjuger du résultat" de la visite décennale pour une centrale en particulier, assure M. Wack pour lequel "ce n'est pas cousu de fil blanc".

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