Les centrales belges sont sûres, conclut l'Agence de contrôle nucléaire

C'est la conclusion du rapport final, déposé le 31 décembre, par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire sur les "stress tests" lancés dans la foulée de la catastrophe de Fukushima. Une conclusion plutôt prévisible, mais qui ne va sans doute pas clore les débats.

Dès l'abord, les autorités de contrôle avaient présenté quatre issues possibles aux stress tests :
  • Soit il faut fermer une ou plusieurs centrales,
  • Soit tout est parfait, il ne faut rien faire,
  • Soit il y aura des améliorations importantes à apporter et il faudra les fermer le temps des travaux, plus ou moins longs,
  • Soit enfin il y a des améliorations à apporter mais qui ne nécessitent pas de fermeture.

Vu le contexte économique et politique, on aura deviné, qu'en tout cas en Belgique, c'est cette dernière option qui allait avoir la cote.

Découvrir au dernier moment qu'une centrale était dans un état tel qu'il faudrait la fermer eut été surprenant, presque désavouer toute autorité de contrôle. C'est aussi oublier que les centrales font déjà l'objet de révision tous les dix ans, avec éventuellement adaptation à de nouvelles normes.

Bref, l'Agence fédérale belge de contrôle nucléaire estime que les ingénieurs d'Electrabel ont correctement suivi le schéma d'analyse requis au niveau européen et que les améliorations qu'ils proposent devraient être suffisantes, à Doel comme à Tihange, pour assurer une marge de sûreté suffisante face aux évènements extrêmes.

A Tihange, il faudra mieux isoler tout le site du danger d'inondation.

Les équipements électriques auxiliaires du réacteur de Tihange 1 devront être mieux "bunkérisés", de sorte à pouvoir continuer à fonctionner en cas de problèmes.

Le site de Doel aussi devra recevoir certaines améliorations. De façon générale, les adaptations évoquées par le rapport concerne plus Tihange 1 que Doel 1 et 2, alors que ces deux centrales peuvent sembler à priori plus vulnérables, par leur position en bord de mer, par leur conception encore plus anciennes et leurs enceintes plus fragiles.

Mais, il faut aussi relever que l'Agence dresse la liste d'une série d'adaptations supplémentaires qu'elle même  avance (lire le rapport pp. 205-210).

Des stress tests trop limités ?

Le document publié par l'AFCN, en anglais, sera traduit en français et néerlandais dans les deux semaines.

Il ne comprend pas l'examen des actes de terrorisme à l'encontre des centrales, qui n'était pas obligatoirement requis par l'accord européen au sein de l'ENSERG, l'association des régulateurs européens. La Belgique étudie la question de son côté et l'AFCN a déjà produit un pré-rapport à cet égard.

Les stress tests ont une portée limitée, ils ne répondent qu'à des scénarios et des hypothèses révisées après Fukushima.

Les partis et associations écologistes, certains scientifiques et divers observateurs adressent des critiques aux stress tests. Ils les considèrent trop théoriques, basés sur des hypothèses restreintes et pas vraiment sur des études nouvelles. Ils sont réalisés par les exploitants eux-mêmes, dès lors juges et parties (ils sont validés ensuite par les autorités de contrôle, mais que les mêmes critiques jugent parfois trop proches des milieux nucléaires).

En Belgique, Ecolo et Greenpeace ont récemment critiqué la faiblesse des hypothèses sur les tremblements de terre, les inondations et les chutes d'avion. Ils estiment généralement que Doel 1 et 2 sont plus sensibles encore que Tihange.

D'autres observateurs, comme récemment le professeur Gilbert Eggermont sur nos antennes, ont mis en évidence l'implantation extrêmement délicate de Doel, au cœur d'une zone urbaine très dense, d'un réseau de communication belgo-européen stratégique essentiel et d'une zone industrielle sensible, comportant des entreprises à risque "Seveso". En cas de problème, l'évacuation d'une ville comme Anvers serait très problématique.  

Enfin, il est évident que des stress tests, si utiles soient-ils, ne peuvent prendre en considération tous les scénarios d'accident. Les accidents nucléaires graves ont toujours été un enchaînement d'incidents qui, pris chacun isolément étaient peut-être prévisible, mais dont la séquence globale était quasiment imprévisible sinon inimaginable.

Les centrales belges, on le savait déjà, sont assez sûres comparativement à beaucoup d'autres, comme le montre d'ailleurs leur taux de disponibilité très élevé.

Mais les accidents surviennent toujours par où on ne les attend pas.   

Marc Molitor

 

 


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