Les brasseurs Duvel-Moortgat et Caulier investissent dans des bières artisanales italiennes

Duvel et Caulier investissent dans des brasseries artisanales italiennes
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Duvel et Caulier investissent dans des brasseries artisanales italiennes - © RTBF

Deux informations ont fait du bruit la semaine dernière dans le petit monde de la bière artisanale en Italie : la brasserie Toccalmatto a uni son destin à celui de son homologue belge Caulier et le brasseur Duvel-Moortgat a pris une participation minoritaire dans le Birrificio del Ducato.

Les deux producteurs italiens en question pouvaient être qualifié d'artisanaux et d'indépendants, par leur taille (3600 hl/an pour le premier, 9000 hl/an pour le second) et leurs méthodes, ils sont même réputés et beaucoup d'experts les comptent parmi les meilleurs et les plus caractéristiques de la "Renaissance" italienne de la bière à laquelle on assiste depuis 20 ans.

Toccalmatto ("Au fou de jouer" en italien), présente sa bière comme "vivante" et "avec une attitude" et se distingue par l'innovation et la subtilité de sa recherche dans les hautes fermentations d'inspiration belge ou américaine, avec un houblonnage prononcé. Le barriquage et l'utilisation des fruits et des épices caractérisent aussi ces bières.

Du côté des protagonistes belges, on trouve Caulier, établi à Ghislenghien et à ne pas confondre avec la brasserie de Bon-Secours, qui produit toutes ses bières "sugar free" (10 000 hl/an dont 60% écoulés sur le marché italien) chez le brasseur à façon De Proef à Lochristi en Flandre, et que l'on peut donc qualifier de "beer firm", une société qui ne brasse pas elle même les bières qu'elle commercialise. 

Joint venture

Bruno Carilli, le brasseur de Toccalmato, interviewé par le site italien Fermentobirra, évoque une "joint venture" avec la société belge, "une façon d'unir leurs forces" et cite des perspectives de "croissance obligatoire" demandant des "ressources importantes", en matière de personnel, "pour la communication et le marketing".

Bruno Carilli affirme avoir préféré une alliance entre pairs plutôt que de se vendre à la grande industrie, estimant avoir déjà investi assez et considérant le crowdfunding comme impossible en Italie. Les deux brasseries avaient déjà collaboré par le passé : Caulier avait fait réaliser deux brassins par Toccalmatto, une IPA et une Imperial Pils.

L'autre opération est une prise de participation par Duvel-Moortgat, un brasseur industriel belge (1,8 million hl/an), connu pour sa Duvel, mais qui produit aussi la Bel Pils, la Vedett, et contrôle la Maredsous, la Chouffe, De Koninck, Liefmans. Duvel-Moortgat se développe aussi rapidement à l'étranger : il possède dans son portefeuille Ommegang, Firestone Walker et Boulevard aux États-Unis, 't IJ aux Pays-Bas, et Bernard en République tchèque.

Le groupe Duvel-Moortgat a donc fait l'acquisition de 35% du Birrificio del Ducato, un autre microbrasserie, qui a joué un rôle important dans le renouveau brassicole italien, également très créatif et influencé par la culture belge de la bière (on lui doit notamment une très belle "Beersel Morning" à base de lambic 3 Fonteinen).

Ce qui frappe dans ce deal révélé début juillet est surtout qu'il date de... décembre 2016 et donc qu'il a été gardé secret pendant 6 mois. Pourquoi ? Pour éviter les critiques des amateurs de bières artisanales qui n'auraient pas manqué de dénoncer une baisse de qualité, un arrière-goût industriel dans ces bières artisanales ? Non, dit le fondateur de la brasserie Giovanni Campari à Fermentobirra : "Tout demeure inchangé, c'est seulement une forme de financement". Il estime que Duvel-Moortgat partage leur philosophie et s'étonne de voir se déclencher une violente polémique sur les réseaux sociaux en Italie, où certains qualifient déjà la bière del Ducato d'"industrielle".

L'OPA de l'industrie sur les petites brasseries indépendantes 

En général, dans le monde des brasseries, quand un grand absorbe ou entre dans le capitale d'un petit, cela entraîne toujours le même genre de communiqué. Le premier annonce triomphalement de nouveaux moyens de développement et de distribution pour le second qui de son côté jure que rien ne changera... 

Ces nouvelles acquisitions confirment en tout cas le mouvement de général qui voit la grande industrie placer ou tenter de placer ses pions sur le terrain des bières artisanales en plein essor : AB InBev a récemment multiplié les acquisitions, Birra del Borgo, Ginette, Bosteels (Karmeliet, Kwak)le site de notation RateBeer; et, de son côté, la multinationale Carlsberg a acheté la London Fields Brewery, etc.

Pour Bruno Carilli de Toccalmato, le risque de se faire racheter par une multinationale concerne surtout les petits, ceux qui produisent entre 1000 et 7000 hl annuels. Se confiant à Fermentobirra, il juge que les industriels ne cherchent pas tant à acquérir l'équipement, mais plutôt la réputation de la marque et du brasseur, son expertise.

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