Comment motiver les Belges à travailler jusqu'à 67 ans?

Luc, 63 ans, profite de sa retraite pour coacher un jeune réfugié syrien dans sa recherche d'emploi
Luc, 63 ans, profite de sa retraite pour coacher un jeune réfugié syrien dans sa recherche d'emploi - © Tous droits réservés

Seul un Belge sur quatre est prêt à travailler jusqu'à 67 ans. C'est ce qui ressort d'une étude menée par l'agence d'intérim Tempo Team sur 1210 travailleurs et 405 employeurs. Le constat est inquiétant: plus de la moitié des répondants sont carrément réfractaires à travailler jusqu'à 60 ans. Pourtant, dès le mois de janvier 2016, les conditions d'accès à la retraite se durciront et les carrières s'allongeront.

Dès lors, que faire pour motiver les Belges à travailler plus longtemps? Selon l'enquête Tempo Team, travailleurs et employeurs gagneraient à s'inspirer du modèle scandinave.

L'exemple scandinave

Le Belge a une carrière moyenne de 32 ans. Dans les pays scandinaves, cette moyenne s'élève à 41 ans. Quel est donc le secret de nos voisins nordiques? Ils mettent le plaisir au travail au centre des préoccupations. En Belgique, par contre, on travaille par obligation et non par envie. "La priorité des Belges est l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Pourtant, dans le modèle scandinave, les facteurs de réussite sont plutôt l'accompagnement des carrières, la responsabilisation des employés, la formation continue et le travail en équipe entre jeunes et aînés" explique Valérie Denis, porte-parole de Tempo Team.

Les aînés comme mentors: un pari gagnant

C'est donc sur ces points que l'effort belge doit se concentrer. C'est d'ailleurs dans cette vague que s'inscrit l'ASBL bruxelloise Duo for a Job. Née en 2013, cette association met en relation des travailleurs retraités ou en fin de carrière avec des jeunes issus de l'immigration pour les aider à trouver un emploi. Pour Dominique, 59 ans, de telles initiatives devraient être généralisées dans les entreprises: "On est réticent à travailler plus longtemps quand on n'éprouve plus d'intérêt dans son travail. C'est pourquoi je pense qu'il faudrait plutôt confier aux personnes plus âgées un rôle de mentoring et de coaching des plus jeunes. Transmettre son savoir est une belle manière de finir sa carrière. On se sent valorisé".

Même son de cloche du côté de Luc, 63 ans: "Aider un jeune en difficulté à trouver de l'emploi est une valorisation de mon expérience. Je lui fais profiter de mes connaissances, de ma vision du marché du travail et de mon réseau". Depuis qu'il a perdu son emploi en 2015, Luc s'investit dans une série de projets, dont Duo for a Job. Aujourd'hui retraité, il n'aurait pas rechigné à travailler plus longtemps. "Il n'y existe pas de freins à l'allongement des carrières. Il faut simplement penser à des aménagements. Le travail à temps partiel me semble, par exemple, être une bonne solution".

Les Belges ont-ils une vision trop matérialiste du travail?

Mais qui dit travail à temps partiel dit salaire moins élevé. Or, pour neuf Belges sur dix, il n'est pas question de travailler plus longtemps s'il y a une perte de salaire. Pour cette raison, il est donc difficile d'envisager une réorientation vers des métiers moins difficiles ou exigeants.

Le Belge aurait-il donc une vision matérialiste du travail? Il semble en tout cas que l'épanouissement au travail ne soit pas encore une priorité. Pour envisager sereinement l'allongement des carrières, c'est donc toute une culture professionnelle qu'il faudra repenser. Et pourquoi pas, en s'inspirant du modèle scandinave.

 

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