Les bananes que vous achetez en magasin menacées par un champignon : "Elles disparaîtront d'ici 5 à 15 ans "

"Elle doit être courbée, sans tache et bien jaune". "Si c’est vert, je ne la mange pas". Voilà ce à quoi s'attendent les clients que nous avons interviewés lorsqu’ils achètent une banane. Seulement, ils devront visiblement changer leurs habitudes. En effet, la banane, telle que nous la connaissons, fera peut-être bientôt partie du passé. Le fruit frais le plus exporté au niveau mondial (10 milliards de dollars US par an) est en effet menacé par un champignon dévastateur : le Fusarium.

Les Cavendish bientôt totalement décimées : une histoire qui se répète

La Cavendish, c’est le nom de la variété de banane que nous retrouvons dans nos commerces. Elle représente près de la moitié des bananes cultivées dans le monde et 95% de toutes les bananes vendues à l'export vers les pays développés. Cette variété est née dans les années 60. A l’époque, le Fusarium (dans sa première version, TR1), a décimé les plantations de la variété de banane Gros Michel, plantations que l'ont retrouvait dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Plus résistantes, les Cavendish sont donc venues remplacer les Gros Michel. Mais aujourd’hui le Fusarium s’est développé et réussit à contaminer aussi les Cavendish.  

 

Il n'existe aucun traitement pour éradiquer le fusarium

La nouvelle version de ce champignon , appelée Tropical Race 4 (TR4), responsable de la jaunisse fusarienne, est également connue comme "maladie de Panama". "Ce champignon vit dans le sol et pénètre les racines", explique Rony Swennen, ingénieur agronome à la KU Leuven. "Les transports des nutriments dans les racines sont bloqués et donc les bananiers vont se dessécher et vont mourir. C’est un phénomène qui existe depuis 40 ans environ. Mais jusqu’il y a quelques mois, on savait que le champignon était uniquement en Asie et dans un pays en Afrique. Maintenant, ils ont trouvé ce champignon en Colombie. Et une fois qu’il est installé, on ne peut plus jamais l’éliminer".

Cette maladie a déjà décimé près de 100.000 hectares de bananes, principalement en Asie et, dans une moindre mesure, en Afrique. Pour la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, il y a donc urgence. Cette maladie "risque de décimer l'ensemble de la production mondiale de bananes, ce qui entraînerait d'importantes pertes commerciales et aurait des répercussions sur les moyens d'existence de 400 millions de personnes qui dépendent du fruit le plus exporté au monde pour se nourrir ou en tirer leurs revenus", alerte l'agence onusienne. Elle précise également qu'il n'existe "aucun traitement viable pleinement efficace du sol ou des plantes pour contrôler ou éradiquer le Fusarium".

Le changement climatique pourrait être l’un des responsables de la propagation du champignon. En Asie comme en Amérique latine, les pluies sont parfois plus longues et plus intenses. "Parfois il pleut trop, les champs sont inondés et donc le champignon va plus facilement se propager dans la région", détaille Rony Swennen pour qui il ne reste que 5 à 15 ans avant que les Cavendish ne disparaissent. "Et quand il fait trop sec, les plantes sont affaiblies plus rapidement. Donc cela accélère la propagation du Fusarium."

La FAO, demande donc 98 millions de dollars pour éviter au maximum la progression de la jaunisse fusarienne.

 

Les autres variétés n’ont pas le même goût, la même forme, la même couleur

La Cavendish étant en voie d'extinction, la FAO réfléchirait aux futures variétés de bananes qui pourraient la remplacer dans les commerces. Or la Cavendish était parfaitement adaptée pour être consommée dans nos pays: "Elle vient d’assez loin  (Inde, Nicaragua, Colombie) et elle résiste à ce long trajet pour arriver dans nos pays" explique Acadia Kriakos, directrice commerciale de Great Food Market. "Puis elle mûrit vite une fois dans nos magasins. Elle a un goût assez sucré et uniforme donc cela plait aux clients et notamment aux enfants".

Pour Rony Swennen, il existe d’autres variétés de bananes que nous pourrions consommer mais "elles ne sont pas identiques à la Cavendish", ajoute Rony Swennen. "Elles n’ont pas le même goût, la même forme ou encore la même couleur. Les consommateurs vont devoir un peu ouvrir leur esprit, s’ouvrir à la diversité". Mais pour cet ingénieur, la disparition de la Cavendish doit aussi éveiller les consciences, ouvrir à une culture différente des bananiers. "Pour le moment, ce sont des monocultures sur des milliers d’hectares. Les sols ne sont pas protégés et on applique des pesticides. On doit vraiment commencer à cultiver le bananier de façon plus écologique. J’espère que cette nouvelle situation va permettre aux producteurs de s’adapter".

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