Les baleines à la rescousse face au changement climatique ? Ce sont d'énormes pompes à capture de CO2

Ce sont les géants de nos océans. Les baleines, longtemps chassées, repeuplent à nouveau les eaux avec des fortunes diverses. Les baleines à bosse, par exemple, quasi éteintes en 1950, auraient retrouvé leur effectif d’avant leur exploitation commerciale avec 25.000 individus recensés dans l’Atlantique aujourd’hui.

Le saviez-vous : la baleine n’est pas seulement un symbole de biodiversité marine, c’est aussi un piège à CO2. C’est le thème dont va débattre le comité scientifique de la commission baleinière internationale (CBI). Cette commission a démarré ce 27 avril et se terminera mi-mai.

Chargée avant tout de la conservation des baleines et de la régulation de leur chasse, elle souligne aujourd’hui un rôle méconnu de ces grands cétacés face au changement climatique.

Un capteur de CO2 bien supérieur à l’arbre

Lorsque nous pensons captation de CO2, nous pensons immédiatement aux arbres et à l’océan. En réalité, les animaux, particulièrement les plus volumineux, sont de formidables réservoirs à CO2. Tout au long de leur longue vie (entre 100 et 200 ans), les cétacés piègent, selon les espèces et leur volume, jusqu’à 33 tonnes de CO2. C’est beaucoup mieux qu’un arbre qui capte en moyenne 20 kg de CO2 par an.

Mieux encore, lorsqu’ils meurent, les cétacés coulent profondément dans l’eau et leur carcasse continue à piéger pendant longtemps le CO2 sous l’eau. A terme, le carbone qui les constitue sera enfoui dans les sédiments marins où il peut rester enfoui pendant des millions d’années. Une équipe américaine de chercheurs avait estimé que les baleines captaient, avant leur chasse systématique jusqu’à la fin du 19e siècle, jusqu’à 190.000 tonnes de CO2 par an.

Les baleines sont les ingénieurs de nos mers

Krishna Das est océanologue et maître de recherches à l’U-Liège. Elle compare le rôle des baleines dans l’océan à celui d’un ingénieur : "Un océan n’est jamais qu’un désert. Et ces baleines en partant à la recherche de leur nourriture, qui sont de petits invertébrés, vont agiter les sédiments du fond marin et leur permettre de remonter à la surface. Riches en fer et en azote, ces sédiments une fois remontés à la surface, vont nourrir le phytoplancton à la surface des océans".

Ces phytoplanctons jouent, à leur tour, un rôle majeur dans la captation du CO2 puisqu’ils sont à l’instar des arbres sur terre, des absorbeurs de CO2. Ils absorbent l’équivalent de 37 milliards de tonnes de CO2 par an. C’est plus que le volume total de CO2 absorbé sur terre par les forêts.

Krishna Das souligne un autre rôle joué par les baleines : "Lorsqu’une baleine remonte à la surface pour se nourrir de ces phytoplanctons, elle lâche ses déjections qui vont flotter à la surface et vont enrichir la colonne d’eau en nutriments qui vont aussi favoriser le développement du phytoplancton".

Le salaire de la baleine

En résumé les baleines interviennent dans le stockage du CO2, non seulement parce qu’elles peuvent stocker jusque 33 tonnes de carbone par individu pour les plus gros mais aussi parce que ce sont des ingénieurs de la mer. Elles structurent les écosystèmes. Elles les fertilisent.

La baleine n’est donc pas seulement une espèce à protéger pour son rôle dans la biodiversité mais elle est aussi un outil précieux dans les enjeux écologiques actuels. A tel point que les économistes du fonds monétaire international (le FMI) ont eu l’idée de "salarier" les baleines afin d’évaluer la perte économique et financière que représente la mort de l’une d’entre elles.

Stephanie Langerock est la commissaire belge à la commission baleinière internationale. Elle représente donc notre pays dans cette commission. Elle estime que cette monétarisation de la baleine est une arme à double tranchant : "Dans un monde où la valeur monétaire est considérée comme primordiale, c’est une façon d’ouvrir les yeux des citoyens sur le caractère précieux des baleines. Le fonds monétaire international a d’ailleurs également prévu une indemnisation en cas de collision accidentelle d’un bateau avec un cétacé. Mais, il y a aussi un risque de marchandiser à nouveau les baleines. Or, notre seule intention est de les conserver."

La préservation des baleines n’est pas encore gagnée. Malgré l’interdiction de sa chasse commerciale depuis 1986, trois pays, la Norvège, l’Islande et le Japon continuent à la pratiquer. Par ailleurs, un autre danger guette la baleine, la pollution et l’acidification des océans en raison du réchauffement climatique.

Bref, c’est un peu comme si notre baleine se mordait la queue…

 

Baleines au Mexique: JT 10/04/2021

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