Les bactériophages, des virus mangeurs de bactéries à la rescousse des antibiotiques

Maya Merabishvili, docteur en phagothérapie géorgienne à l'hôpital militaire Reine Astrid
Maya Merabishvili, docteur en phagothérapie géorgienne à l'hôpital militaire Reine Astrid - © Tous droits réservés

Les bactériophages vont-ils venir à la rescousse des antibiotiques pour lutter contre ces bactéries, de plus en plus nombreuses, qui résistent à tous nos antibiotiques?

En tout cas, ces gentils virus se nourrissent de ces bactéries pathogènes multirésistantes. Ils s'accrochent à la paroi de la bactérie, lui injectent son propre ADN, et force la bactérie à produire de nombreuses copies du bactériophage, ce qui conduit à la faire exploser littéralement. Au bout du processus, la bactérie va libérer 50 ou 100 clones qui vont partir à la recherche de nouvelles victimes.

Une pratique connue depuis cent ans qui refait surface

Avantage de la technique, le phage ne s'attaque qu'à un seul type de bactérie et il ne s'attaque pas à nos cellules. Ces virus très spéciaux étaient connus chez nous depuis la première guerre mondiale mais ils avaient été relégués aux oubliettes à l'arrivée des premiers antibiotiques.

Seuls certains pays de l'Est, comme la Géorgie, continuent à la pratiquer en routine contre des bronchites, des angines ou des gastro-entérites. Chez nous la phagothérapie est pour le moment interdite.

Mais preuve que l'idée fait son chemin, l'Europe vient de lancer une étude clinique "Phagoburn", sur quelque deux cents grands brûlés, pour s'assurer de la sécurité de la pratique et de son efficacité. Chez nous, l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek, a testé quatre patients.

Cobaye à l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek

Greti Barbuta est l'une d'entre eux, suivie depuis presque 2 ans. Elle a été brûlée sur 25% du corps à la suite d'une explosion de gaz, elle a passé plusieurs semaines aux soins intensifs, elle a subi 5 greffes de peau. Et comme cela arrive souvent pour les brûlures, l'une des plaies a été infectée par une bactérie, résistante à de nombreux antibiotiques. Pour lutter contre son infection, les médecins lui ont administré une pommade à base de bactériophages.

L'aide d'une spécialiste en phagothérapie géorgienne

C'est une scientifique d'origine géorgienne et experte de la phagothérapie qui se charge des cocktails de phages. Elle nous explique: "On isole ces bactériophages qui sont présents dans les eaux usées de notre hôpital, ensuite on les multiplie en les mettant en contact avec des familles de bactéries qui infectent les plaies de grands brûlés de notre unité, puis on purifie l'échantillon"

C'est vrai qu'on trouve ces antibiotiques naturels par milliards dans la nature. Ils se développent de préférence, là où il y a des bactéries, comme par exemple, dans les égouts ou dans nos intestins.

Pas assez rentable pour les labos pharmaceutiques

Le docteur Serge Jennes, médecin chef du service des grands brûlés à l'Hôpital militaire Reine Astrid, voudrait faire avancer les choses : "Notre idée n'est pas de remplacer du jour au lendemain les antibiotiques ici en Belgique mais lorsqu'on est confronté à des bactéries résistant vraiment à tous nos antibiotiques et surtout lorsque le pronostic vital est engagé, c'est de pouvoir utiliser des bactériophages contre ces bactéries multi-résistantes."

Pour le moment, la phagothérapie est illégale chez nous. Mais elle pourrait, si les résultats des études en cours confirment son efficacité, venir à la rescousse de ces cas désespérés.

De son côté, l'industrie pharmaceutique reste frileuse, il faut dire que le bactériophage est un être vivant. On ne peut pas breveter!

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