Les ardoisières de Oignies, un passé industriel digne des charbonnages perdu au milieu des bois

Les ardoisières de Oignies, un passé industriel digne des charbonnages perdu au milieu des bois
Les ardoisières de Oignies, un passé industriel digne des charbonnages perdu au milieu des bois - © Pierre Cattelain

Au sud de la province de Namur et à quelques encablures de la frontière française, lové dans un massif de 6000 hectares de forêts, le village de Oignies-en-Thiérache a des apparences bien trompeuses. Ce village de vacances est un départ idéal pour les randonnées en forêt avec ses 300 kilomètres de sentiers balisés.

Mais au détour de l’un d’entre eux, un trou noir béant pourrait bien apparaître. Il s’agit de l'entrée d'une ardoisière. Ces carrières d’ardoise étaient parmi les principales activités industrielles locales entre le XIXème et le début du XXème siècle. Jusqu’à sept millions d’ardoises par an y ont été produites.

Un trou béant au milieu des bois, digne de l'entrée des enfers

L’entrée d’une ardoisière se présente généralement sous la forme d'une voûte cintrée, construite soit en dalles de schiste, soit en briques. Au début, les mineurs de fond y descendaient et en remontaient par des échelles successives. Ils étaient, à l’époque, des centaines à s’enfoncer jusqu'à parfois un kilomètre dans les tréfonds de la terre. Dix heures d'affilée, ils s'attaquaient aux couches de schistes avec des pics et des burins. Plus tard, ils faisaient tomber les blocs à l’aide de poudre et de dynamite, ce qui générait énormément de poussière. Ces techniques augmentaient la rentabilité économique, mais elles ont surtout développé la la silicose, une maladie causée par l’inhalation de poussières de schiste qui transforme et détruit peu à peu les poumons.

Ensuite, il fallait remonter les blocs débités, comme nous l’explique Pierre Cattelain, conservateur de l'écomusée du Viroin:  Ces blocs pesaient de 80 à plus de 100 kg, et étaient remontés à dos d'homme par les échelles. Leur sac de paille protégeait un peu leur dos mais ce n’était pas suffisant. Ils se blessaient souvent quand ils ne tombaient pas. Ce système fut en partie remplacé, dans le dernier quart du XIXe siècle, par l'installation de decauvilles équipés de wagonnets, actionnés par des treuils, fonctionnant à l'aide de machines à vapeur, puis d'électricité. Ces wagonnets permettaient aussi de descendre et de remonter les hommes. "

 

Silicose, chute, effondrement de roches, l'espérance de vie des ouvriers ardoisiers  dépassait rarement les 40 ans

 

Une fois remontés à la surface, les plaques d'ardoises étaient acheminées vers de grands ateliers, où elles étaient débitées en spartons, morceaux qui pouvaient enfin être refendus jusqu'à l'épaisseur voulue et mis en forme à l'aide de découpoirs et de rondisseuses (broyes), actionnées à l'aide de pédales à ressort.

Dans la première moitié du XIXe siècle, un certain nombre d'enfants entraient à l'ardoisière vers 7-8 ans. Ils travaillaient pour les fendeurs en évacuant les déchets de production vers les verdaux (terrils d'ardoise), dans de larges paniers en bois. D'autres transportaient, du fond vers la surface, les outils des ouvriers vers les forgerons pour les réaffutages, et les redescendaient ensuite. Vers l'âge de 12 ans, ils exerçaient petit-à-petit les mêmes tâches que les adultes. Il faudra attendre 1889 pour que le travail soit interdit pour les enfants de moins de 12 ans.

Les jeunes femmes, quant à elles, se relayaient de six en six heures, par équipes de huit, pour actionner les pompes à bras qui permettaient d'évacuer l'eau qui envahissait en permanence les carrières. En surface, les femmes étaient principalement dévolues au chargement de la production sur les charrettes. L'espérance de vie d'un ardoisier, lui, dépassait rarement les 40 ans.

Aujourd'hui, les traces de ce passé industriel se perdent dans la forêt. Certaines entrées de mines servent désormais de refuges aux chauve-souris, comme nous l’explique François Mathy, Echevin de la forêt et de l’environnement de Viroinval : " On a 23 espèces de chauve-souris en Wallonie. Elles viennent, pour la plupart, passer l’hiver dans des endroits calmes où les températures restent constantes et l’humidité importante. "

Le trou du diable, l'hamerienne, Saint-théodore, ces noms d'ardoisière glissent désormais sur les ailes de chauve-souris et se perdent dans les bruissements de la forêt.

 

 

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