Les arbres, la meilleure des armes pour lutter contre le réchauffement climatique?

Les arbres, la meilleure des armes pour lutter contre le réchauffement climatique?
Les arbres, la meilleure des armes pour lutter contre le réchauffement climatique? - © Tous droits réservés

Les arbres, ces géants verts qui ont une vie dont on ignore tout, ou presque. On leur attribue souvent des pouvoirs inexpliqués, qui pourraient bien aider dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ils ont une capacité de stockage du CO2 et à condition d’en planter beaucoup, ils pourraient être la meilleure arme qui soit, selon une étude publiée par des chercheurs suisses.

Celle-ci présente une solution pour lutter contre le réchauffement climatique, une solution économique et naturelle : planter des millions d’arbres.

"Ça peut paraître un peu simpliste parce que tout le monde sait ce qu’est un arbre et tout le monde a déjà vu un arbre. Ça paraît donc parfois un peu simple de se dire que juste en travaillant sur la reforestation, on pourrait avoir vraiment un impact concret pour limiter le changement climatique. L’objet de notre étude était de voir ce qu’on pourrait atteindre si on arrivait à restaurer tous les écosystèmes de la planète, pour voir si ça vaut vraiment la peine d’aller dans cette direction", explique Jean-François Bastin, chercheur à l’École polytechnique fédérale de Zurich et l’un des rédacteurs de cette étude.

Plus ou moins 1000 milliards d’arbres

Voici comment il explique sa théorie : "Quand on a un arbre grandit, à travers la photosynthèse il transforme le carbone qu’on a à l’état gazeux dans l’air ambiant, dans l’atmosphère, en bois. Donc, quand vous voyez un arbre grandir, il est juste en train de capter énormément de carbone qui est contenu dans l’atmosphère. À l’échelle d’un arbre, on sait plus ou moins comment ça se passe, on sait qu’un arbre peut capter plus ou moins de carbone, mais on ne savait pas combien d’arbres on pouvait mettre sur la planète et si, par rapport aux émissions qu’on a chaque année et par rapport à ce qu’on a mis dans l’atmosphère, ça pouvait vraiment nous aider à limiter la quantité de carbone qu’on a dans l’atmosphère."

Selon le chercheur, il faudrait que ces arbres couvrent une superficie plus ou moins équivalente à la surface des États-Unis. "Ça correspondrait plus ou moins à 1000 milliards d’arbres."

Avec ce modèle, ils espèrent pouvoir revenir à un taux de carbone équivalent à celui du début de l’ère industrielle. "La quantité de carbone qui peut être contenue dans ces arbres correspond à l’équivalent de deux tiers du carbone qu’on a émis et qui reste encore dans l’atmosphère aujourd’hui depuis le début de l’activité industrielle. C’est un ordre de grandeur, ce n’est pas vraiment pour recapter tout ça, mais c’est pour vous donner un ordre de grandeur."

Pour certaines forêts ça peut prendre 10 ou 20 ans, mais pour d’autres forêts ça peut prendre 80, 90 ou 100 ans

Il y a donc des endroits bien précis où il faudrait replanter. "L’idée était de développer un modèle qui nous permette de comprendre, dans des conditions naturelles et si on retire l’homme de l’équation, à quoi on peut s’attendre d’un point de vue naturel, d’un point de vue du nombre d’arbres qu’on peut avoir à chaque endroit du monde. On a donc regardé les conditions climatiques, les conditions topographiques et les conditions élafiques, et on a pu voir qu’à tel ou tel endroit on pourrait avoir 10, 50 ou 100 arbres en plus. On a fait cette carte pour le monde entier et une fois qu’on somme tout, c’est comme ça qu’on arrive à ce chiffre, à cette estimation de superficie équivalente aux États-Unis qui pourrait être recouverte par des arbres."

Jean-François Bastin en est bien conscient, il faudra des années pour que les arbres grandissent. "Planter un arbre ne prend pas beaucoup de temps, mais le temps que ces arbres accumulent le carbone et arrivent à maturité, pour certaines forêts ça peut prendre 10 ou 20 ans, mais pour d’autres forêts ça peut prendre 80, 90 ou 100 ans. Ça prend donc plusieurs décennies en moyenne pour pouvoir y arriver."

Autres aspects positifs de la reforestation

Et la reforestation a d’autres aspects positifs.

"Le premier exemple qui me vient en tête, c’est qu’on est en train de connaître aujourd’hui la sixième extinction de masse la plus importante sur la planète. C’est donc une perte de biodiversité immense et on estime qu’environ 80% de la biodiversité terrestre protégée vit au sein des forêts, au sein des différents écosystèmes forestiers", illustre-t-il. "Et donc, si on arrive à restaurer ces écosystèmes, on restaure l’habitat nécessaire pour le maintien de cette biodiversité. C’est un gros exemple de quelque chose qui n’a rien à voir avec le climat directement, mais qui permet d’avoir un impact très positif sur notre planète. Après, on peut penser à d’autres exemples concrets. On sait par exemple que quand il y a eu le tsunami en Asie du Sud-Est, les zones qui avaient été finalement les plus protégées par le tsunami sont les zones qui avaient des forêts de mangroves, donc des forêts de littoral qui protègent le littoral de ces tsunamis, une barrière physique. Ils peuvent donc jouer ce rôle de protection et ils peuvent également jouer un rôle pour limiter les glissements de terrain. Je sais qu’en Europe, vers la fin du XIXe siècle, il y a eu pas mal de travaux de replantage de quelques arbres de-ci de-là pour essayer de lutter contre les glissements de terrain qu’on avait en Europe. Je pense que ça peut également servir en agriculture, en agroécologie ou en agroforesterie. Les arbres travaillent le sol, ils permettent de maintenir l’eau dans l’horizon superficiel du sol, d’attirer les minéraux dans ces zones-là, et donc ils sont aussi très bénéfiques pour l’agriculture. Et un des derniers exemples dont vous voulez peut-être parler est l’impact que les arbres peuvent avoir en zone urbaine."

Diminuer la température des villes

Ils ont effectivement un rôle de climatiseur. On le voit dans l’actualité, avec Paris, Bruxelles ou l’Australie qui veulent replanter des arbres pour éviter ces îlots de chaleur.

"Quand on pense au changement climatique, on voit que la planète en entier est en train de se réchauffer. Mais quand on regarde au niveau des villes, superposé à ce réchauffement climatique global, on a l’impact des villes, c’est-à-dire que les villes absorbent énormément de chaleur du soleil et réchauffent l’environnement. On a une différence de température qui peut atteindre trois degrés entre le centre d’une ville et la périphérie plus arborée d’une ville. Donc, si on arrive à replanter des arbres, ça peut couper ce contact direct entre les rayonnements du soleil et le sol qui va réchauffer la ville, et ça peut créer énormément de zones d’ombre qui peuvent diminuer la température pour les citoyens. C’est une manière extrêmement simple de diminuer la température."

Le reverdissement des villes serait donc bien l’une des solutions proposées. "Et je pense que le reverdissement des villes a aussi d’autres impacts positifs pour le bien-être et pour la qualité de la vie dans une ville."

On doit couper les émissions, et de l’autre côté on doit aussi capter du carbone qui va dans l’atmosphère

Certains détracteurs de cette théorie disent qu’il ne faut pas arrêter de travailler sur les énergies fossiles dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Il réplique : "Dans notre étude, on n’a en fait jamais dit le contraire, c’est-à-dire que je pense que les deux ne sont pas du tout exclusifs. D’un côté, on doit arrêter d’émettre du carbone issu de la combustion d’énergies fossiles, c’est une priorité absolue, et de l’autre côté, même si on coupe aujourd’hui toutes ces émissions-là, on doit aussi recapter du carbone qui est présent dans l’atmosphère. Nous, ce qu’on dit juste, c’est qu’une des meilleures solutions pour capter ce carbone qui est présent dans l’atmosphère est de planter des arbres. On a donc besoin des deux. Je pense que ce genre de commentaires qu’on a eus sur les réseaux sociaux venaient principalement du fait qu’on avait un gros message disant qu’on peut faire énormément avec les arbres, et je pense que pas mal de gens ont pris peur car ils pensent qu’on ne peut pas juste faire ça. Ils ont donc voulu mettre ça en évidence et ils ont tout à fait raison. L’idée est qu’il faut faire les deux. On doit couper les émissions, et de l’autre côté on doit aussi capter du carbone qui va dans l’atmosphère."

L’étude est actuellement sur la table du GIEC, mais quelle est la suite ? Réfléchir aux types d’espèces et aux essences qu’il faudrait replanter.

"Toutes les différentes essences n’ont pas le même impact, le même feedback sur le climat. Il y a des essences qui absorbent plus les rayonnements lumineux que d’autres, donc on parle d’albédo, ou il y a des essences qui ont un système hydraulique différent les unes des autres. Tout ça va donc avoir un impact direct sur le climat à l’échelle locale. Maintenant, à partir de cette première étude qu’on a réalisée, on peut creuser un peu plus dans le détail et voir si on met telle ou telle essence, quel va finalement être le feedback sur le climat. On doit donc aller un peu plus loin à ce niveau-là."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK