Les antibiotiques: il faut encore et toujours encourager un usage prudent

En 2017, la Belgique était le 9e plus gros prescripteur d'antibiotiques au niveau européen. Pourtant, on le sait : un usage inapproprié des antibiotiques rend les bactéries de plus en plus résistantes. Les conséquences ne sont pas anodines : maladies plus longues, hospitalisations plus fréquentes et décès. Alors le KCE, le Centre Fédéral d'expertise des Soins de santé, publie, aujourd'hui, un rapport et formule 21 recommandations notamment à l'adresse des médecins généralistes.

Le médecin généraliste est le premier prescripteur d'antibiotiques. Un constat peu surprenant pour Marie Hechtermans, médecin généraliste et membre du GBO, le groupement belge des omnipraticiens. Cela s'explique par la variété de pathologies et d'infections qui sont traitées en médecine générale. Elle doit aussi prendre une décision rapidement pour son patient : "Quand je suspecte une pneumonie chez un patient, si je veux être 100% sûre, je dois faire une prise de sang et l'envoyer faire une radio. Les résultats ne tomberont pas avant 48 heures. Est-ce que je peux raisonnablement attendre 48h en laissant un patient avec 39 de température et les poumons qui font de drôles de bruit ? Pas certaine", admet-elle.

Des patients friands d'antibiotiques

Le docteur Hechtermans privilégie aussi le dialogue avec ses patients. Il n'est pas rare qu'elle reçoive en consultation un patient qui exige un antibiotique avant même d'être passé sur la table d'auscultation. 

Paul Tulkens, professeur émérite en pharmacologie à l'UCL, rappelle l'importance de ne pas prescrire des antibiotiques à tout va : "Il faut traiter par antibiotique dès qu’on est sûr d'être face à une infection bactérienne. Le bon exemple, c'est la pneumonie. Elle est très souvent bactérienne, mais elle peut aussi être d'origine virale", explique-t-il.

Agir avant qu'il ne soit trop tard

Le professeur émérite insiste donc sur la formation des médecins généralistes. Ceux-ci doivent effectuer le bon diagnostic et c'est souvent difficile. Une infection virale peut devenir bactérienne. Elle peut aussi rester dans le seul spectre du virus. Paul Tulkens invite également les médecins généralistes à résister à la pression du patient. "Il faut que le patient accepte la possibilité qu'un médecin généraliste ne prescrive pas", insiste-t-il.

Avant de prescrire des antibiotiques, il faut donc être sûr de l’origine des symptômes. C’est la seule manière d'éviter de se retrouver face à des infections que l’on ne pourra plus traiter. Et il y a urgence. Selon l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, la résistance croissante aux bactéries provoquera en moyenne 33.000 décès sur le sol européen entre 2015 et 2050.

Antibiotiques : une bactérie multirésistante se propage (JT 04/09/2018)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK