Les agriculteurs wallons face au glyphosate: risques et nécessités

Le glyphosate, principe actif de désherbants tels que le Round-Up commercialisé par Monsanto, s'invite à nouveau dans l'actualité. Au mois d'août dernier, la firme a été condamnée par la justice californienne à verser 289 millions de dollars au plaignant, Dweyne Lee Johnson. L'homme de 46 ans, jardinier de son état, souffre d'un cancer qu'il attribue à l'utilisation du désherbant vendu par Monsanto. L'amende a été ramenée en appel à 39 millions de dollars mais la condamnation a été confirmée.

En 2017, le glyphosate a été autorisé par l'Union Européenne pour une durée supplémentaire de 5 ans mais la polémique à son endroit se poursuit. En France particulièrement, elle s'invite même dans les débats autour du mouvement des gilets jaunes. 

Touché par le cancer

Quand on aborde la ferme des Dubois, une pancarte ne laisse aucun doute au visiteur. Ici, on utilise pas de pesticides. La ferme est dotée de deux troupeaux de bovins, l'un produisant du lait, l'autre de la viande. Mais toute la nourriture des animaux est cultivée sur place. Il faut dire qu'il y a quelques années, Dany Dubois a été touché par un cancer. Comme de nombreuses personnes dans son entourage. Sans pointer un produit en particulier, son regard sur les apports chimiques dans les champs a changé. Même s'il n'a pas la certitude que ce sont eux qui ont causé son cancer, il estime qu'une agriculture qui se passe de molécules de synthèse est meilleure pour la santé.
 

Le glyphosate, un outil indispensable

Pour 90% des agriculteurs wallons, le glyphosate est  un outil indispensable. Il sert à nettoyer une parcelle entre deux récoltes. Il n'est jamais utilisé sur une culture en place. Se couper de son utilisation entraînerait l'utilisation de moyens mécaniques pour enlever les plantes indésirables. Cela supposerait un coût de 50 à 60 € supplémentaire par hectare en carburant pour les tracteurs et en temps de travail captif pour les agriculteurs. Des exploitations de 100 hectares ne sont pas rares: surcoût de production, entre 5.000 € et 6.000 € annuels. D'autant que les changements de méthodes de production ne sont pas aisés, les investissements en agriculture sont très lourds et amortis sur des périodes qui dépassent souvent les 15 ans. 

Cancérigène ou non?

La fondation contre le cancer s'est prononcé pour l'interdiction du glyphosate. Elle considère la molécule comme probablement cancérigène, tout comme le centre international de recherche sur le cancer, le Circ, dépendant de l'OMS. Toutefois, ce caractère cancérigène n'est pas avéré aux yeux de cette institution, tout comme aux yeux de la fondation. 

En sursis

L'Union Européenne a prolongé l'autorisation du glyphosate jusqu'en 2022, la France souhaite l'interdire. Les actions en justice contre Monsanto se multiplient. Il ne reste pas beaucoup de temps pour trouver une alternative au glyphosate soutenable par le secteur de l'agriculture avant la date fatidique de 2022. L'attention médiatique et publique autour de ce produit ne laisse pas précisément présager un renouvellement de l'autorisation. 
 

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