Les agriculteurs ont quitté Bruxelles, le quartier Schuman endommagé

Face-à-face très tendu entre les policiers et les agriculteurs
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Face-à-face très tendu entre les policiers et les agriculteurs - © THIERRY ROGE - BELGA

Quatre policiers ont été blessés lundi lors de la manifestation des agriculteurs à Bruxelles, dont un a été hospitalisé pour une blessure à la jambe et trois ont été soignés sur place, a indiqué lundi soir la porte-parole de la police locale de Bruxelles Capitale-Ixelles, Ilse Van de Keere. Elle ajoute que deux agriculteurs ont également été blessés, mais le bilan n'est pas exhaustif. Au moins l'un d'eux a été emmené à l'hôpital. Il n'y a pas eu d'arrestation.

Les départs de manifestants se sont multipliés à partir de 16H00. L'ambiance était parfois bon enfant, avec notamment des chanteurs qui ont pris place sur le podium des discours.

Un noyau de manifestants a toutefois lancé en direction des forces de l'ordre divers projectiles: des pavés, des oeufs ou encore des bouteilles en verre. Les policiers ont riposté en faisant évacuer à deux reprises la place en lançant des gaz lacrymogènes. Des autopompes ont été mobilisées.

Le rond-point Schuman apparait marqué par les événements, lundi en fin de journée. Les haies ont été brûlées. Au moins un lampadaire a été renversé. Des panneaux de signalisation ont été arrachés. Une caravane a également été brûlée au centre du rond-point.

Vers 19h, les derniers tracteurs quittaient le quartier européen.

Les syndicats et organisations professionnelles agricoles semblent satisfaits de la mobilisation organisée ce lundi: quelque 2000 tracteurs ont convergé vers Bruxelles en marge du Conseil extraordinaire des ministres européens de l'Agriculture. Cinq mille agriculteurs participaient à la manifestation.

Des producteurs européens de lait, de viandes porcine et bovine et de fruits et légumes, venus essentiellement de Wallonie, de Flandre, de France et d'Allemagne, ont défilé à pied, lundi matin, dans les rues de Bruxelles à l'appel du Copa-Cogeca afin de réclamer des prix rémunérateurs.

"C'est la première fois que je me rends à Bruxelles et même en Belgique. J'ai deux associés qui m'ont permis de laisser notre exploitation le temps de la manifestation. J'ai déjà manifesté jeudi à Paris", a indiqué Pascal Fauchon, un agriculteur français venu de Normandie, près du Mont-Saint-Michel. "Nous avons nos problèmes franco-français, mais les agriculteurs belges, français et allemands connaissent aussi des problèmes à régler au niveau européen. Nous sommes tous dans une situation difficile, même les grosses exploitations. Le prix du lait se vend chez nous à 30 cents le litre alors que le coût de production dépasse les 35 cents. Nous voulons une réponse concrète de la Commission européenne, même si l'on sait qu'on ne reviendra pas en arrière en matière de quotas laitiers. Il faut relever le taux d'intervention au niveau européen quand les prix sont trop bas", ajoute ce producteur laitier qui, avec ses associés, détient 140 vaches.

Sur une tribune dressée sur le rond-point, les différents représentants syndicaux se sont adressés aux agriculteurs venus en masse dans la capitale. Des contingents espagnol, italien, français, allemand, danois, autrichien et suisse étaient annoncés, outre la présence des paysans belges défendus notamment par le MIG, la FUGEA, la FWA, le Boerenbond et l'ABS.

Plafonner la production?

Peu avant le départ du cortège des manifestants, les ministres belges de l'Agriculture, Willy Borsus au niveau fédéral, René Collin pour la Région wallonne et Joke Schauvliege pour la Flandre, avaient pris la parole.

"L'Europe n'a pas pris la mesure de ce qui arrivait, avec l'embargo russe et la disparition des quotas. Il faut une régulation et des solutions à court terme", a estimé le ministre wallon de l'Agriculture.

"On n'attend pas des primes ou des subventions", nous a déclaré Erwin Schöpges, du syndicat de producteurs laitiers MIG, à l'issue de la conférence de presse organisée par les représentants agricoles. "On veut vivre de notre travail".

"Il y a plus que 20 pays qui sont représentés", qui souhaitent défendre, non une agriculture industrielle mais une agriculture qui convient à tous, souligne-t-il. Et les agriculteurs avancent des solutions: il faudrait "plafonner la production européenne, grâce à une indemnisation des agriculteurs qui veulent diminuer leur production".

La Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne) et la Cogeca (Comité général de la coopération agricole de l'Union européenne) ont, elles, souligné le caractère sans précédent de la situation "déplorable" qui touche actuellement les producteurs européens de lait, de viandes porcine et bovine et de fruits et légumes. Les deux organisations, regroupant certaines organisations syndicales et professionnelles agricoles, appellent à des actions de la part de l'Union européenne, et rappellent que cette situation est principalement le résultat de l'embargo russe sur les produits agricoles européens.

Trouver de nouveaux marchés

Ces restrictions ont entraîné la fermeture du principal marché d'exportation de l'UE et le secteur agricole, qui n'est pas responsable de cette situation, en est la principale victime, soulignent les organisations. Jusqu'en août 2014, le marché agro-alimentaire russe absorbait en effet des exportations européennes allant jusqu'à 16 milliards d'euros. L'embargo commercial imposé par la Russie a entraîné la suppression de près de la moitié, soit 5,5 milliards d'euros, des exportations agro-alimentaires.

Leurs demandes sont dès lors, entre autres, un maintien d'un secteur agricole économiquement viable dans toutes les régions de l'UE, une PAC reposant sur des principes économiques et des mesures européennes pour faire face à la volatilité des marchés agricoles ainsi que des mesures à moyen et long terme.

Elles appellent également l'UE à les soutenir pour trouver de nouveaux marchés, tant au sein de l'Union qu'à l'extérieur.

Une mobilisation qui pourrait se durcir

Elles souhaitent des mesures pour rééquilibrer la chaîne alimentaire et lutter contre les pratiques commerciales déloyales, une position plus forte des agriculteurs sur les marchés agricoles et des prix justes pour les producteurs.

Enfin, les deux organisations veulent que l'on remédie au problème de liquidités des agriculteurs en leur versant les paiements directs de manière anticipée en automne.

Edwin Schöpges insiste: les agriculteurs ne baisseront pas les armes. "On ne veut pas de cette agriculture-là. Il faut qu'il y ait une bonne décision aujourd'hui. Sinon, on reviendra en force".

Si, au terme de la réunion qui doit avoir lieu entre les ministres de l'agriculture, les agriculteurs estiment les solutions proposées insatisfaisantes, ils resteront sur place, déclaraient la FUGEA (Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs).

Les agriculteurs ont par ailleurs rappelé les évènements de 2009, où 3 millions de litres de lait ont été déversés dans les champs. Et ils préviennent: cela pourrait recommencer.

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