Les actes islamophobes ont doublé, "et sont plus violents", selon le MRAX

Lors d'une manifestation contre l'islamophobie en 2015 à Bruxelles
Lors d'une manifestation contre l'islamophobie en 2015 à Bruxelles - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le MRAX, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie s'inquiète : les plaintes pour actes islamophobes ont doublé en un an, sur l’année 2015.

Carlos Crespo, le président du MRAX, décrypte les chiffres.

A quoi correspondent ces chiffres ?

"Tout d’abord, il s’agit bien de chiffres basés sur des signalements que les personnes ont faits au MRAX.

Il y a des gens qui ne le signalent pas, ou des gens qui le signalent ailleurs, comme à UNIA, et donc effectivement ça donne une vision représentative mais à la fois partielle de la réalité de l’islamophobie en Belgique.

En 2015 il y a de toute façon une augmentation globale du nombre de signalements au MRAX. On est passé de 126 plaintes à 186. Et dans cette augmentation globale, il y a une augmentation des plaintes pour islamophobie qui vont du simple au double".

Est-ce dû à l’actualité du moment (les attentats, etc) ?

"En 2015, après les attentats de Charlie Hebdo et de l’épicerie casher, il y a eu effectivement une peur qui a été savamment entretenue parfois. Une peur légitime parfois aussi vu la gravité des faits.

On est passé d’une peur réelle qui était liée à un terrorisme qui est vraiment menaçant à des fantasmes sur des éléments quasi triviaux comme le fait que certains produits étaient labellisés halal. Ca créé une hystérie.

Je ne vais pas citer la marque mais, effectivement là, il y a eu une instrumentalisation des peurs et une réaction qui a été provoquée par ceux qui jouent sur les peurs. D’autre part, il y a eu effectivement un déferlement de racisme vis-à-vis de personnes, comme si certains faits isolés portés par une quinzaine de personnes pouvaient jeter l’opprobre sur des dizaines de milliers de musulmans qui vivent paisiblement en Belgique. Donc, là, on s’est retrouvé dans une situation d’hystérie antimusulmane".

Comment se traduisent ces actes ?

"La nature des plaintes peut être très différente. Des incitations à la haine carrément, dont on constate l’augmentation. Il peut y avoir aussi, et ça c’est le plus récurrent, de la discrimination : de la discrimination à l’emploi, discrimination au logement, comportement discriminatoire vis-à-vis de certaines personnes et également des actes de violence. Ce sont les différents types de fait qui nous ont été rapportés".

Dans quels lieux se passent ces actes ?

"Ce qui ressort le plus, c’est principalement dans les problèmes liés à du racisme dans les lieux de travail. Donc, effectivement, on se rend compte que c’est souvent quelque chose qui génère des comportements discriminatoires ou des attitudes racistes. Mais il peut aussi y avoir, et ça c’est quand même récurrent également, des conflits de voisinage où finalement les gens vont s’insulter, s’échanger des mots racistes ou xénophobe.

Ca peut se retrouver au niveau des réseaux sociaux, au niveau d’internet. En 2015  il y a aussi une augmentation liée à la crise des migrants. Ily a aussi pas mal de gens qui ont joué sur les peurs par rapport aux migrants et donc il y a eu une certaine libération de la parole raciste à ce moment-là".

Dans votre rapport, vous pointez les actes anti-migrants qui "font leur apparition". Ca n’existait pas avant ?

"En tout cas nous n’avions pas connaissance de plaintes de migrants qui avaient été victimes de racisme. Ca ne veut pas dire que ça n’existait pas avant. Mais ce qui est clair c’est qu’en tout cas d’une part la couverture médiatique et, d’autre part, la manière dont le dossier a été traité et instrumentalisé par certains politiques ont donné une image négative des migrants dans l’opinion publique, image qui a pu générer les réactions négatives qu’on a évoquées".

Vous dites aussi que le harcèlement est en baisse mais que les plaintes pour violence, par contre, sont en hausse.

"On constate qu’effectivement par rapport à la nature du racisme les passages à l’acte, les agressions physiques, sont plus violentes. Effectivement, c’est quelque chose qui est d’autant plus interpellant qu’on a toujours dit que finalement l’incitation à la haine est une première étape et que, effectivement, si l’incitation à la haine se généralise, il faut s’attendre à ce que des passages à l’acte – comme ça s’est déjà produit il y a quelques années en Belgique – qui peuvent parfois être meurtriers se généralisent".

Les mesures qui sont prises au niveau politique pour le moment sont-elles suffisantes ?

"Je n’ai pas l’impression qu’il y ait vraiment une volonté au niveau politique de renforcer la législation anti-discrimination. Dans les discours il y a une volonté de lutter contre les discriminations, une volonté de promouvoir le vivre ensemble. Mais, dans les faits, ça ne se traduit pas par des mesures volontaristes.

Quand je parle de discours positif, je parle effectivement du discours majoritaire. On a un discours minoritaire qui est porté par certains ministres ou certaines personnalités qui occupent de hautes fonctions qui est justement totalement discriminatoire et qui a contribué à la libération de la parole raciste".

 

 

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