Leïla Belkhir : "Oui, il y a une augmentation mais il faut recontextualiser […] nous ne sommes pas dans une deuxième vague"

Depuis plusieurs semaines, la Belgique fait face au rebond de l’épidémie. En effet, alors que tous les indicateurs étaient verts en juin, désormais on observe que les contaminations augmentent de façon relativement importante. Selon Sciensano, on constate une augmentation de 60% par rapport à la semaine précédente.

Recontextualiser

Mais pour Leïla Belkhir, infectiologues aux cliniques universitaires de Saint-Luc, ces chiffres sont à remettre dans leur contexte. "Cela contribue à un climat anxiogène de donner les chiffres des augmentations par semaine. Ce sont des moyennes". "Oui, il y a une augmentation mais il faut la recontexualiser", dit-elle. Et d’ajouter, "il faut savoir que nous testons aussi beaucoup plus et qui nous testons.

Pour l’infectiologue, "on a tendance à comparer les chiffres du mois de mars avec ceux de maintenant. Mais nous ne testons pas le même type de personnes. Au mois de mars, on ne testait que les personnes gravement malades et qui devaient être hospitalisées. Aujourd’hui ça n’est plus le cas".

Transparence et cohérence ?

Par ailleurs, le nombre de tests augmente actuellement. Déjà depuis la semaine passée nos capacités de testing ont augmenté, des centres de tri sont en train de rouvrir et des "capacités dormantes" sont en train d’être réactivées.


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C’est pourquoi, l’infectiologue appelle à davantage de transparence concernant les données. "Comme nous avons augmenté les tests, la proportion de cas positifs par rapport au nombre de tests réalisés serait intéressante. Et une information qui nous manque c’est de dire est ce que parmi ces cas positifs, quelles sont les personnes qui sont réellement malades, avec symptômes, quelles sont les personnes qui reviennent de zones rouges ou oranges et qui sont asymptomatiques et quelles sont les personnes qui ont été révélées par le suivi de contact", argue Leïla Belkhir.
 
 

Un climat anxiogène

D’ailleurs, l’infectiologue considère que sans une remise en contexte, ces chiffres participent à un "climat anxiogène". D’autant que comme le souligne Leïla Belkhir, "nous ne sommes pas dans une deuxième vague", même si dit-elle, il y a bien une augmentation des cas qui pousse à la vigilance.
 
Et le problème, reste un certain souci "récurrent" dans la façon de communiquer auprès de la population.
 
De même pour ce qui est des critères d’attribution de zones rouges, oranges ou vertes. L’imbroglio avec les cantons suisses placés en rouge puis replacés en vert n’a pas aidé. "Qu’il y ait des zones oranges ou rouges, si le nombre de cas augmente c’est normal mais qu’une zone passe du rouge au vert en 24h ce n’est pas très logique", pointe l’infectiologue au JT de 19h30. Et d’ajouter, "il faudrait peut-être communiquer sur la façon dont ces zones sont définies".
 

Si on durcit les mesures, nous perdrons l’adhésion des gens

Cette remise en contexte s’avère également importante quant aux mesures à adopter. Et permet d’observer que la situation est préoccupante, elle n’est pas ingérable comme ce fut le cas au mois de mars, où les hôpitaux se sont retrouvés débordés.
 
Ainsi, le contexte actuel ne justifierait pas, par exemple, un nouveau lockdown. Pour Leïla Belkhir, "si on durcit les mesures, nous perdrons l’adhésion des gens. Il faut plutôt reprendre les bases, les gestes barrières à réexpliquer, la protection des personnes à risque et enfin et c’est capital augmenter le testing. A Bruxelles des centres de tri ont rouvert. Il faut que toutes les antennes puissent rouvrir et que toutes les personnes se présentent quand elles ont des symptômes ".
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