"Le harcèlement en rue? Quand on est une femme à Bruxelles, c'est tous les jours"

En plein Paris, la semaine dernière, Marie, 22 ans, s’est violemment fait frapper par un homme devant des dizaines de témoins sur une terrasse de café. La raison ? Elle avait répliqué à des remarques obscènes. "Il s’est permis de faire des bruits à connotation sexuelle en sortant sa langue, des sifflements, des bruits d’animaux, etc. Cela m’a énervée, parce que ce n’était pas le premier de la journée, ce n’était pas le premier de la semaine, donc j’ai lâché un ’’ta gueule’’ en continuant à marcher. Chose que je pensais qu’il n’entendrait pas, sauf qu’il a entendu. " L’homme attrape alors un cendrier et la frappe au visage. Pour interpeller l’opinion publique sur le harcèlement de rue, Marie décide alors de publier la vidéo de son agression sur les réseaux sociaux. Elle est visionnée des millions de fois et partagée en masse.

Et à Bruxelles ?

Chez Vews, cette vidéo nous en rappelé une autre : le documentaire de Sofie Peeters, "Femme de la rue", diffusé en 2012. Cette étudiante flamande s’était filmée en caméra cachée, déambulant dans le quartier Annessens – Lemonnier à Bruxelles. Les réactions de harcèlement sur son passage étaient édifiantes, les injures auxquelles elle devait faire face étaient violentes, des injures parce qu’elle est une femme. On pouvait ainsi entendre "Je vous offre un verre ?", "On peut boire un verre et parler un peu ? Chez moi à la maison bien sûr, pas dans les cafés ? L’hôtel, le lit, tu connais, direct !" ou encore "T’es sexy, tu donnes envie, c’est normal non ?" Ce qui ne devait être à la base qu’un travail de fin d’étude s’est alors transformé en bombe médiatique. Les révélations, à l’époque, ont fait réagir le politique (une loi pour condamner les propos sexistes déjà prévue dans les cartons du gouvernement est accélérée) et aussi la société, de nombreuses femmes la remerciant d’avoir brisé un tabou.  

Alors, six ans après, nous avons décidé de refaire le parcours de Sofie Peeters dans le centre-ville de Bruxelles, avec Justine pour une évocation. Équipée d’une caméra discrète, direction le Boulevard Lemonnier en passant par quelques rues parallèles. Justine ne sera à aucun moment accostée, elle n’aura dû faire face qu’à quelques regards insistants.  Cette mini expérience n’a évidemment rien de scientifique, le sexisme n’a pas disparu des rues de Bruxelles. Preuve en est : le témoignage d’une jeune femme de 22 ans que nous avons rencontrée et qui préfère garder l’anonymat. "Je me promenais dans le parc Josaphat à Schaerbeek lorsqu’un groupe de garçons, âgés d’une dizaine d’années, est passé à côté de moi et l’un d’entre eux m’a mis la main aux fesses avant de partir en courant" raconte-t-elle. Un événement récent, mais elle nous le confie, le harcèlement dans les rues de Bruxelles quand on est une femme, c’est quasi quotidien : "C’est presque tous les jours. Par exemple quand vous passez à côté d’une terrasse de café ou même quand vous marchez dans la rue vous pouvez être confrontée à des hommes qui vous font des remarques comme ’’t’es bonne’’, ’’t’es magnifique’’, etc. Et si on ne répond pas, alors ils nous insultent de salope, par exemple. "

Comment lutter ?

Notre témoin ajoute : "Je pense que c’est très difficile de lutter contre ce genre de comportements. Car même si la police nous invite à porte plainte ou à dénoncer, cela arrive tellement souvent qu’on n’a pas le temps de s’arrêter à chaque fois ou d’appeler la police. C’est aussi très difficile de constater qu’il y a vraiment eu un échange, surtout quand c’est verbal."

Selon une dernière étude de l’Université de Gand, neuf femmes sur dix ont déjà été confrontées à de l’intimidation sexuelle dans les rues de Bruxelles et 50% d’entre elles ont même subi des atteintes physiques.

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