Le vocabulaire du rap pour les nuls: un petit glossaire illustré

"La jeunesse peut être impertinente parce qu’elle n’est pas dans le monde du travail". Aurore Vincenti, linguiste, s'est intéressée à la langue du rap et de la rue, ce qu'on appellerait aujourd'hui la langue urbaine. Elle en a fait un ouvrage, destiné à expliquer les significations et les origines de ces mots (Les mots du bitume, Le Robert 2017)

C’est une langue qui est fabriquée par une jeunesse impertinente

Créativité et imagination au pouvoir, certains termes sont étonnants. "A partir du moment pu l’on rentre dans un monde ou on doit gagner sa vie, négocier, communiquer avec des codes bien spécifiques, je pense qu’on bascule dans sa façon de communiquer et d’échanger. Quand on est dans l’école, il y a une forme de gratuité, on a encore une grande marge on a  la cour de récréation, dans récréation il y a re-création, et l’idée de recréer une langue pour soi".

Le rap, la musique la plus écoutée par la jeunesse aujourd'hui, est une source d'inspiration et une caisse de résonnance à ce vocabulaire.

Voici quelques mots, incontournables ou originaux, pour permettre aux non initiés de s'en sortir dans la jungle urbaine.

Pour faire la fête

Ambiancer: mettre l'ambiance, ou se mettre dans l'ambiance de la fête

Faya: feu, mettre le faya, c'est mettre le feu..

Teuf : verlan de fête

Pour parler de ses amis:

Gros, igo, maggle, negro,srab ou pote...

 

Najib Chakiri est éducateur à Bruxelles, et rappeur (au sein du groupe Code Rouge). L'inventivité de cette langue urbaine étonne parfois même ceux qui la pratiquent. "Il y a toujours des écarts générationnels, le rap est un art qui se renouvelle constamment. Donc on se retrouve constamment face à l’imagination des jeunes qui imposent eux même leurs propres codes".

Le rap est un art qui se renouvelle constamment

Aurore Vincenti: "Le rap, c’est le lieu du métissage, l’argot. Avec la langue du rap, on ouvre la porte à plein d’origines différentes. Je pense aux américanismes, puisque le rap est une culture qui vient des Etats-Unis aux origines, c’est une culture afro américaine, qui a grandi qui s’est déplacée qui a évolué. Mais il y a aussi des mots qui viennent de l’arabe, qui viennent d’Europe de l’Est, et puis plus loin du sanskrit... On peut remonter aussi à des racines germaniques. Et à du vieux français! De très vieux mots, des vieilleries qu’on va dénicher, et que les rappeurs se plaisent à utiliser, à réactualiser aussi,à transformer à un peu malmener…"

 

Pour parler de musique, de rap évidemment (mais ca se confond parfois avec la vie quotidienne, tout simplement):

Blaze: nom

Battle: joute

Crew: bande, bande de potes

Flow: débit rapide de paroles, généralement admiré s'il est bien fait

Phase: l'équivalent du vers poétique dans la langue du rap, la phrase bien tournée

Punchline: réplique percutante, qui laisse pantois

De très vieux mots, des vieilleries qu’on va dénicher, et que les rappeurs se plaisent à utiliser, à réactualiser aussi,à transformer à un peu malmener…

Nikita Imambajev est fondateur du site d'information participative et urbaine, Alohanews. La punchline, qui flirte parfois avec la provoc (provocation, donc), est un ADN de l'expression rap: "La chanson, c’est comme un match de boxe. A un moment donné, on choisit de frapper fort. C'est ca la punchline. On se balade dans un morceau, et à un moment donné, il y a une phrase qui va nous marquer, qui va ouvrir un imaginaire, qui va marquer à jamais notre écoute".

La chanson, c’est comme un match de boxe

Aurore Vincenti: "Le rap vient d’une culture très ancienne, des esclaves noirs américains, qu’on appelait les Jazzns. C'était de la joute verbale…. C'était en fait une façon de se confronter verbalement à ses amis, à ses compagnons, à sa famille généralement c’était entre hommes... C’était une façon de se calmer, de se tester pour se calmer. Ces esclaves étaient soumis à un maitre blanc autoritaire, susceptible de les lyncher, et c’était donc une façon de se calmer de se détendre".

Pour parler de son quartier, et par extension de son ancrage dans la vie de ce quartier:

Ghetto: un environnement difficile, revendiqué, qui "craint"

RPZ: c'est à dire RePreZente, représente, c'est un signe d'alliance, d'origine, 1060 RPZ veut dire Saint-Gilles est présent

Street cred: crédibilité de la rue, signifie crédible dans le milieu

Ter: quartier aussi tiéquar

Le vocabulaire urbain issu du rap évoque une série de mots pour décrire l'origine. Ils sont souvent durs, viennent d'une réalité violente. Et véhiculent aussi de la violence, ce qui peut parfois heurter des oreilles non-initiées. Najib Chakiri: "Le rap a toujours posé problème. C’est un art qui est fort utilisé par les minorités, qui est utilisé par les couches populaires. Et ces couches populaires ne sont pas vues d'un bon oeil par les élites. Evidemment, on se retrouve vite sur le banc des accusés. Le rap se retrouve vite dans le banc des accusés. Il y a eu énormément de procès contre des rappeurs pour plein de raisons".

Pour parler de fight, de bagarre, de violence, de rage:

Bebar: voler

Condé: la police

Hass: misère

Seum: rage

Thug: bad boy, voyou (thug life: vie de "gros dur")

Vénère: énervé

Zbeul: boxon

Pour parler de la drogue:

Bédo, frappe, oinj, spliff, tosma, weed...: joint

Cheper, foncedé...: drogué, défoncé

Pour parler... d'argent:

Biff, lovés, moula... 

Aurore Vincenti: "Pour ce qui est de la drogue ou ces sujets de violence,  il ne faut pas oublier que cette musique trouve ses racines dans les quartiers populaires, où il y a des grandes difficultés de vie. C’est donc le quotidien, la drogue, la violence, les gangs, les combats (...) Avec cette violence, il y a une forme de grossièreté, qui a toute sa place dans le rap, qui est légitimée parce que c’est une culture de joute".

Il ne faut pas oublier que cette musique trouve ses racines dans les quartiers populaires, où il y a des grandes difficultés de vie

Pour parler des filles...

Biatch: de "bitch", pute, avec un sens inversé qui veut dire femme forte

Go: petite amie

Pécho: Choper... draguer, embrasser une fille

Teupu: pute

Nikita Imambajev: "Je pense que dans l’art, il n’y a pas forcément une conception morale. Et il y a ce côté où on doit décoder certaines manières de dire les choses. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sexisme dans le rap, mais je pense qu’on a encore du mal à comprendre le rap. A chaque fois que des personnes extérieures essaient d’analyser le rap, ils essaient- de calquer leurs grilles de lecture non pas de comprendre. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sexisme dans le rap, mais je pense qu’on a encore du mal à comprendre le rap. On extérnalise un problème qui existen dans toute la société: égalité des salaires, harcèlement de rue... on oublie ca en montrant du doigt le rap".

C’est une langue de la jeunesse, qui est créée par la jeunesse. Exactement comme était le grand projet des jeunes du Bellay et Ronsard, les poètes grands du 17eme siècle.

Vous en voulez encore?

Voici quelques mots courants qui vont aussi vous aider. Vous les avez entendus, et ils veulent dire ca:

Aight: OK!!

Aps: pas (la négation)

Askip: à ce qu'il paraitrait...

Crevard: pauvre type

Frais: encore plus que cool

Izi: facile!

OKLM: ... au calme... tranquillement

MSK: miskine, le(la) pauvre!

Wesh: hep...

Aurore Vincenti: "C’est une langue de la jeunesse, qui est créée par la jeunesse. Exactement comme était le grand projet des jeunes du Bellay et Ronsard, les poètes grands du 17eme siècle. Ils ont voulu légitimer le français, qui était à l’époque une langue vulgaire, alors que le latin était une langue noble. Pour légitimer le français, ils ont ajouté des suffixes à la fin des mots. Ces chamboulements font partie de la vie de la langue, la langue est vivante... Donc coupons malmenons… le latin est mort!"

 

@wafayoumi

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