Le "Viagra" féminin: une arnaque pharmaceutique?

Addyi : cinq lettres censées révolutionner la sexualité féminine. L’Agence américaine des médicaments, la FDA, a autorisé la mise sur le marché du Flibanserin, premier "Viagra" féminin commercialisé sous le nom d’Addyi.

Cette petite pilule doit permettre aux femmes "souffrant d’un faible désir sexuel, d’avoir une option de traitement", d’après le communiqué du Dr. Janet Woodcock, directrice du centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA. Mais le produit est-il réellement révolutionnaire et, surtout, aussi nécessaire aux femmes que ce que l’industrie pharmaceutique affirme ?

Des effets plus qu’indésirables

Comme le Viagra, destiné à l’origine à être un médicament pour le cœur, le Flibanserin a été imaginé à la base pour servir d’antidépresseur. Deux molécules découvertes par accident : c’est bien là leur seul point commun.

Car si le Viagra peut être pris ponctuellement, le Flibanserin requière une prise régulière pour être efficace, une prise parfois nécessaire sur plusieurs années. La série d’effets indésirables qui sont liés à sa prise ne sont guère réjouissants : vertiges, syncopes, nausées, insomnies… Est-ce que le résultat vaut ces contraintes ? Au micro de Sarah Devaux, le sexologue Armand Lequeux s'inquiète de ces effets indésirables :

Pas à son premier essai

Face à cette série d’effets indésirables, un autre élément pose la question de la qualité de l’autorisation donnée par la FDA. L’Agence américaine des médicaments a refusé la commercialisation de ce "Viagra féminin", une première fois en 2010, puis une seconde en 2013. Raisons principales de ces refus : effets indésirables fréquents, question de sécurité… et simple inefficacité.

De fait, une série de tests cliniques réalisés en 2012 par des chercheurs américains ont montré l’inefficacité du traitement : les femmes étudiées ayant pris le Flibanserin n’ont constaté qu’une hausse de 0.8 de leur désir sexuel par rapport aux femmes ayant pris un placebo sur la même durée.

Les lobbies pharmaceutiques, très influents

La sexologue américaine Leonore Tiefer dénonce, cette étude à l'appui, la collusion entre le groupe pharmaceutique et les membres du Congrès américain ayant requis la troisième réévaluation de la FAD. Dans une tribune anti-Flibanserin sur le site The Guardian, elle met en garde : "Les décisions concernant les corps des femmes et leur désir sont trop souvent accompagnées d’évidentes politisations scientifiques et médicinales. De telles politisations ne doivent pas contribuer à minimiser l’efficacité et la sécurité nécessaires dans la mise sur le marché de tout nouveau médicament".

Jusqu'à quel point les intérêts des lobbies pharmaceutiques sont-ils ici entrés en jeu ? La question ne doit pas pour autant mettre la santé des femmes en porte-à-faux.

Ecoutez en entier le sujet de Sarah Devaux interrogeant le sexologue Armand Lequeux sur La Première :

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