Le variant Delta (indien), majoritaire au Royaume-Uni, change les règles du jeu de la couverture vaccinale

Depuis le début de cette surveillance moléculaire du SARS-CoV-2 de Sciensano, trois variants sont tenus à l’œil : alpha, beta et gamma (soit les variants initialement identifiés au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil). Lors du rapport hebdomadaire de ce 4 juin, un nouveau venu s’est ajouté à la liste : le variant delta, un des deux variants identifiés en Inde.


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Le variant Delta très minoritaire en Belgique, mais…

Actuellement, le variant delta est très peu présent en Belgique : le variant alpha est toujours largement majoritaire, représentant 84.6% des échantillons de la surveillance de base, suivi par le gamma (10.5%). Le beta et le delta n’en sont qu’à 0.1% et 1.3%. Delta est un peu plus présent dans la surveillance dite active (soit des échantillons où la suspicion de voir de nouveaux variants est plus élevée : clusters, voyageurs, tests PCR anormaux) depuis fin avril : il oscille entre 7 et 21% des échantillons.

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Surveillance moléculaire de base du SARS-CoV- 2. © Sciensano – Rapport hebdomadaire du 4 juin 2021
Surveillance moléculaire active du SARS-CoV- 2, soit des échantillons prélevés de clusters, voyageurs, test PCR anormaux où la suspicion de trouver des variants est plus élevée. © Sciensano – Rapport hebdomadaire du 4 juin 2021

Si, malgré sa présence relativement faible en Belgique, ce variant est quand même tenu à l’œil, c’est parce qu’il a révélé une capacité de contamination plus élevée que le variant alpha, déjà lui-même plus contagieux que la souche originelle. Vu les différents facteurs qui influencent les contaminations, il est difficile de comparer les taux de contagiosité d’un variant à l’autre en "conditions réelles".

Le variant delta serait 40% plus transmissible que le variant alpha, lui-même de 35 à 90% plus contagieux que la souche d’origine, selon les études. Ce qu’il faut retenir de ces chiffres, c’est le variant delta a toutes les capacités de devenir le variant majoritaire dans notre pays, et ailleurs. Ce processus de remplacement de variant fait d’ailleurs partie du cycle normal de reproduction d’un virus : des variants possédant des mutations conférant un avantage évolutif net vont devenir les variants dominants.

Majoritaire au Royaume-Uni, Delta inquiète l’Europe

L’impact de la "prise de pouvoir" de nouveaux variants sur les populations dépend de leur couverture vaccinale, et des capacités de l’immunité naturelle ou vaccinale de protéger des nouveaux variants. Selon les dernières données, les vaccins Moderna, Pfizer/BioNTech et AstraZeneca/Oxford sont presqu’aussi efficaces contre le variant delta, avec les deux doses.


Pour rappel, l’immunité vaccinale met un certain temps à se développer, le temps pour le corps de créer les anticorps, et n’est complète qu’après injection des deux doses. Après la première dose, il faut attendre deux semaines pour voir l’immunité se développer, le taux d’anticorps va alors progressivement augmenter. Entre la première et la seconde dose, la protection n’est que partielle : il faut attendre deux semaines après la deuxième dose pour l’immunité soit optimale.


C’est en Inde que le variant delta s’est d’abord développé : il est en partie responsable de la récente flambée de contaminations. Plus proche de chez nous, c’est au Royaume-Uni que ce variant est devenu majoritaire, créant l’inquiétude sur le continent européen. Malgré un taux de vaccination de 55%, le nombre de contaminations commence à suivre une courbe montante depuis la fin mai, alors que le Guardian rapportait une augmentation de 160% du nombre de cas lié au variant Delta le 20 mai dernier. Actuellement, cette montée dans les contaminations ne se reflète pas dans les hospitalisations, qui restent stables dans le pays, et concernent surtout des personnes non-vaccinées.

Un variant qui fait augmenter la couverture vaccinale minimale

Même si le nombre de nouvelles contaminations britanniques reste relativement bas, par rapport aux vagues précédentes, certains scientifiques y voient l’apparition d’une troisième vague, et demandent au gouvernement britannique de postposer la date de fin des restrictions covid, définie le 21 juin, soit le jour où 60% de la population sera vaccinée, selon les dernières estimations.

Car, si un variant plus contagieux devient dominant dans la population, il augmente alors le taux de reproduction de base Ro, qui représente le nombre moyen de personnes contaminées par une personne infectée, dans une population où tous les individus sont susceptibles d’être contaminés.*

Et plus le Ro d’une maladie est élevé, plus la couverture vaccinale d’une population doit grimper, la relation entre les deux étant représentée par cette formule :


Avant l’apparition du variant alpha l’hiver dernier, les modèles mathématiques estimaient qu’une couverture vaccinale de 70% suffisait à protéger la population, car le Ro tournait autour de 3. Maintenant que les variants alpha et delta se développent, de nombreux épidémiologistes mettent la barre plus haut, et estiment que la couverture vaccinale devrait atteindre les 80 à 90%, la contagiosité pouvant être deux à trois fois plus élevée que la souche originelle.

En Wallonie, si la vaccination avance à bon rythme, on n’a pas encore atteint les 90 ni les 70% de taux de vaccination : 57% de la population de 18 ans et plus a reçu au moins une dose, soit 27% complètement vaccinée (deux doses), et 30% partiellement vaccinée (une dose). Cependant, le nombre de personnes recevant une deuxième dose ne cesse d'augmenter depuis début mai.

A Bruxelles-Capitale, 42% de la population de 18+ a reçu au moins une dose : 24% complètement vaccinée, 17% partiellement.

Au niveau national, c'est 55% de la population de 18 ans et plus qui a reçu au moins une dose, soit 22% complètement vaccinée, et 33% partiellement.


►►► Combien de personnes vaccinées contre le Covid-19 dans votre commune ? Voici les chiffres (cartes interactives)


Le SARS-CoV-2 a démontré ses capacités d’évolution, et le développement du variant delta fait donc office de mise en garde : avant d’atteindre la couverture vaccinale minimale, il reste important de continuer à observer les gestes barrières, et suivre les directives de chaque pays lors des voyages, les campagnes de vaccination ne suivant pas les mêmes rythmes partout. Même si les vaccins réduisent le risque de transmission du virus, il n’est pour autant pas nul, et la probabilité de transmission augmente bien évidemment avec le nombre de personnes non-vaccinées croisées.

* A ne pas confondre avec le taux de reproduction R, qui est le taux de reproduction au sein d’une population à un moment donné, soit un R influencé par le nombre de personnes ayant déjà développé une immunité, naturelle ou vaccinale, par les mesures sanitaires et l’adhésion de la population, etc.

Chiffres du coronavirus en Belgique au 04/06/2021:

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