Le travailleur est de plus en plus surveillé

Le travailleur de plus en plus surveillé
Le travailleur de plus en plus surveillé - © PASCAL GUYOT - BELGAIMAGE

Le nombre de demandes d’installation de caméras a augmenté de 36% par rapport à 2012. Les syndicats reçoivent aussi depuis quelques mois des plaintes de travailleurs qui sont suivis par des détectives privés engagés par leur employeur. Les travailleurs semblent de plus en plus contrôlés.

Etes-vous surveillé sur votre lieu de travail ? Les techniques de contrôles se multiplient, à commencer par les caméras. La commission de protection de la vie privée a enregistré l’an dernier 643 demandes d’installation de caméras : un chiffre en hausse de 36 % par rapport à 2012. "Ça ne m’étonne pas, explique Myriam Delmée, vice-présidente du Setca. Et si je devais un peu grossir le trait, je dirais que ça, ce sont les demandes officielles, qui suivent la procédure, mais le nombre de caméras sauvages doit être beaucoup plus important que cela."

Du côté patronal, on justifie ce chiffre. "Que de plus en plus d’entreprises veulent contrôler leurs travailleurs est compréhensible, explique Christine Mattheeuws, présidente du Syndicat neutre des indépendants. Une étude de l’organisation des entrepreneurs indépendants a démontré que les vols commis par le personnel représentent 39 pourcent de tous les vols commis dans les magasins."

Ok pour des mesures anti-vol, mais pas à n’importe quel prix

Les syndicats se disent favorables à des mesures anti-vol. Des mesures ont d’ailleurs été négociées entre partenaires sociaux. "Des conventions ont été négociées au niveau du conseil national du travail, précise Myriam Delmée(Setca), sur l’utilisation des caméras, sur la fouille au sortir du lieu de travail, qui définissent des balises strictes qui permettent aux entreprises d’effectuer certains contrôles, tout en étant respectueuses de la dignité des personnes, de leur vie privée et proportionnelles dans leur application."

"Avec tous les employeurs, y compris ceux représentés par le Syndicat neutre des indépendants, ajoute Andrée Debrulle du service d’étude de la CSC, nous avons négocié un encadrement des mesures de contrôle sur le lieu de travail, basé sur des principes simples: le principe de proportionnalité et celui de transparence."

Ces balises visent à éviter des abus. "Le risque évidemment, c’est d’utiliser ces images prises par caméras, dans des finalités exclues par la législation. Il reste important que les gens puissent avoir une sphère de vie privée et ne voient pas leur image utilisée sans leur consentement dans n’importe quelle condition."

Surveiller et contrôler : dans l’air du temps

Les syndicats regrettent que les manières de contrôler les travailleurs se multiplient et que cette surveillance soit de plus en plus souvent menée en continu. "Au départ, les caméras étaient là pour vérifier la sécurité dans les magasins, souligne Myriam Delmée (Setca), le processus de production là où il y en a un, et à assurer la sécurité des biens et des travailleurs dans l’entreprise. Ce qu’on constate, c’est que toute une série d’entreprises dépassent les limites autorisées dans la convention."

Au-delà des caméras, certaines entreprises font maintenant aussi appel à des détectives privés. "On a des exemples où ça se passe bien, nuance Andrée Delbrulle, où c’est bien encadré par les délégations syndicales des entreprises, dans certains grands magasins ou dans certaines sociétés du secteur des télécoms."

Des détectives en planque devant le domicile du travailleur

Tant le Setca que la CSC ont pourtant reçu plusieurs plaintes de travailleurs ces derniers mois, qui sont suivis par des détectives privés engagés par leur employeur. "Un de nos délégués santé-sécurité, qui se déplace en voiture dans le cadre de ses fonctions, a vu qu’il était suivi dans le cadre de ses déplacements professionnels. On essayait de lui chercher des poux parce qu’il était trop efficace dans son travail de délégué syndical." Parfois les détectives privés suivent le travailleur en dehors de ses heures de travail. "C’est une personne qui était surveillée devant son domicile dans le cadre des séquelles d’un accident de travail qu’elle avait subi. Le détective privé s’était installé devant sa maison, dans sa rue, pour vérifier qu’elle était bien handicapée comme l’avait reconnu l’assurance."

Aux caméras et aux détectives privés, le Setca ajoute le contrôle via des "acheteurs mystères", qui jouent au client et utilisent des subterfuges pour ne pas payer certains achats à la caisse. "Si la caissière ne détecte pas les procédures du Mystery shopper, explique Myriam Delmée, cela se retournera contre elle. On lui reproche son manque de prudence et cela peut faire l’objet d’une note au dossier ou d’une évaluation négative. Au quotidien c’est donc un stress permanent pour les travailleurs."

Le Syndicat neutre des indépendants voit aussi dans les caméras, un outil utile pour aider le patron à motiver un licenciement.

O. Leherte