Le travail des biostatisticiens dans la crise du coronavirus: "Nous ne sommes pas Madame Soleil ! On n’est jamais sûr à 100%"

Avant le très attendu Comité de Concertation de ce vendredi, le Premier ministre Alexander De Croo a donné un point presse sur les modèles à long terme sur lesquels le Comité doit se baser pour un éventuel assouplissement.

Une première pour le Premier : il entendait expliquer l’impact d’un assouplissement des règles à court et à long terme, sur base de travaux de biostatisticiens.

Mais qu’est-ce que c’est un bio statisticien ?

"Ah c’est large", répond Catherine Legrand, professeur de statistique et bio statistique à l’UCLouvain. "On apporte un support à la recherche médicale et aux sciences du vivant. On établit une méthodologie statistique en se basant sur différents supports : la recherche clinique, les différents biais, les facteurs confondants… Si je compare avec un rhume, ce n’est pas 'forcément' parce qu’on a pris un médicament qu’on est guéri ; toute une série de facteurs entrent en ligne de compte. On peut aussi établir des modèles prédictifs, avec une marge d’erreur. Attention, nous ne sommes pas des Madame Soleil ! On n’est jamais sûrs à 100%."

Un travail d’analyse, de chiffres… qui pourrait être géré aussi bien par un ordinateur ?

"Ah ben non ! l’ordinateur, il fait des calculs. Le bio statisticien élabore une réflexion, construit, valide, fait des hypothèses, et interprète les résultats. D’ailleurs, il ne travaille pas seul : il est toujours en équipe, avec des médecins et des spécialistes pour bien comprendre le domaine. Car il faut savoir de quoi on parle. On n’a pas trop de soucis à se faire, on ne sera pas remplacé par l’intelligence artificielle !"

Une conférence de presse avec l’aide de travaux de bio statisticiens, c’est une bonne idée ?

"D’abord, il faut se rendre compte que de manière générale, nous manquons en Belgique de culture statistique. C’est complexe. Il faut prendre le temps d’expliquer, aussi. Complètement. On ne l’a pas toujours fait jusqu’ici !

Les modèles présentés permettent d’étudier l’impact de différents mesures... par exemple la fermeture des restaurants. Mais il s’agit de modèles, reposant eux mêmes sur des hypothèses et des méthodologies parfois complexes il est important que les gens comprennent cela".

Cette initiative du Premier vient un peu tard, peut-être, parce qu’il y a une érosion de la confiance de la population. Une population qui voudrait peut-être tout connaître de tout, mais c’est impossible. Il y a des tas de choses qu’on fait (conduire une voiture) ou qu’on ingère (boire un soda, prendre une aspirine) sans TOUT savoir ou connaître !"

Conférence de presse sur la situation sanitaire en Belgique: 22/02/2021

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