Le transfert des patients atteints du coronavirus reste un vrai casse-tête : "Personne ne tranche. Quand un hôpital refuse, il refuse"

Lorsque nous l’avons rencontré ce vendredi, le docteur Kenneth Coenye ne cachait pas sa déception. Le directeur médical de l’hôpital Saint-Jean, en plein cœur de Bruxelles, ne regrettait pas seulement ce qu’il appelle les demi-mesures annoncées par le comité de concertation. Il mettait aussi le doigt sur une question qui devient de plus en plus cruciale pour les hôpitaux de plusieurs grandes villes : le transfert des patients.

"Nous, on espérait qu’une solidarité soit imposée et que la régulation des patients en soins intensifs et non soins intensifs soit faite par le fédéral. Ce n’est pas le cas. Ce mandat n’a pas été donné et donc nous sommes toujours en train, comme hier [jeudi, NDLR], de transporter des patients aussi loin qu’Izegem ou Courtrai", déplore-t-il.


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Et il est loin d’être le seul à s’en inquiéter. Sur le site Horta du CHU Brugmann, à Laeken, nous rencontrons la cheffe des soins intensifs, Sabine Evrard. Nous sommes dans une unité Covid. Elle ne devrait compter que 12 lits. Il y en a 14. Le témoignage de Sabine Evrard va dans le même sens que celui du docteur Coenye : "Tous les jours, actuellement, nous devons appeler l’inspecteur d’hygiène pour transférer un patient ailleurs dans le pays, ce qui est très difficile ".

A l’hôpital Tivoli de La Louvière, le chef des soins intensifs, Fabrice Bouton, explique cette difficulté : "Je téléphone au 112, j’ai un gentil monsieur qui me dit : 'Je crois qu’il y a encore des places à Nivelles ou à Charleroi'. Ça se limite à ça, il n’y a pas plus d’aide. Et puis, quand vous téléphonez à l’hôpital, vous avez un médecin réanimateur. Vous lui expliquez le cas qu’il faut transférer. Il vous dit : 'Ah oui, peut-être, je vous rappelle. Et pour finir, il ne vous rappelle pas'."

Le plus souvent, les transferts sont refusés.

Car de nombreux hôpitaux sont débordés. Pour Isabelle Loeb, directrice médicale du CHU Saint-Pierre à Bruxelles, le constat est sans appel : le système de transferts ne fonctionne pas. Et c’est un gros problème : "Le plus souvent, les transferts sont refusés. Et quand ils sont acceptés, c’est au prix de longues discussions, ça prend beaucoup de temps. On a des patients qui attendent plusieurs heures dans le service des urgences pour savoir si on va leur trouver une place ou pas. C’est tous les jours."

Et cette situation est particulièrement inquiétante : "Au printemps dernier, la nécessité de transferts est arrivée un peu plus tard. Ici, on est au tout début de cette deuxième vague. On nous l’annonce encore pendant plusieurs mois. Donc, ça nous inquiète. On se dit que si aujourd’hui, on est déjà dans cette situation, que va-t-il se passer demain ?".


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Alors, comme beaucoup d’autres directeurs médicaux, elle réclame un système plus clair, plus simple mais aussi plus transparent : "Il n’y a pas une autorité fédérale qui peut imposer les transferts. C’est laissé à la libre appréciation des uns et des autres qui acceptent ou pas les transferts. Mais personne ne tranche. Quand un hôpital refuse un transfert, il refuse."

Tout le monde se souvient de la réaction du bourgmestre d’Alost, également président de l’ASZ (Algemeen Stedelijk Ziekenhuis). Christoph d’Haese (N-VA) avait déclaré, début octobre, vouloir refuser les patients venant de Bruxelles, estimant que les limites de la solidarité médicale avaient été atteintes.

Disparité entre provinces

Actuellement, les hôpitaux sont obligés de dédier 50% de leurs lits aux soins intensifs à des patients Covid. Certains hôpitaux, surtout ceux de grandes villes wallonnes, ont quasi déjà atteint cette situation. Au CHU Saint-Pierre, par exemple, vendredi, le taux d’occupation était de 47%. Ce qui est plus élevé que le taux d’occupation en Région bruxelloise où on atteint actuellement les 43%.

En province de Liège, on est à 47%, à 34% dans le Hainaut. Ce qui est bien plus élevé que dans certaines provinces flamandes : dans la province d’Anvers, le taux d’occupation des lits Covid en soins intensifs est de 25%, il n’est que de 15% dans le Limbourg.

"Si un médecin a un patient qui choisit d’avoir une hospitalisation dans un hôpital, nous n’avons pas le pouvoir d’intervenir et d’obliger ce patient ni le médecin de transférer vers une autre institution hospitalière", explique Marcel Van der Auwera, président du comité pour les recherches de transport et capacité d’hôpitaux.

Cette question des transferts pose un véritable problème. Et de nombreux hôpitaux estiment qu’il n’est toujours pas pris en compte par le gouvernement.

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