Le train à hydrogène, une alternative écologique aux trains diesel

C’est un petit train bleu, en apparence, comme les autres. En réalité, Coradia ILint, c’est son nom, est un train équipé d’une pile à combustible alimentée en hydrogène. Non polluant, il n’émet pas de CO2, seulement de la vapeur et de l’eau par intermittence. Il est aussi plus silencieux que les autres trains, seul le frottement de ses roues sur le rail vient caresser l’oreille de ses passagers. Testé depuis 2018 en Allemagne sur la ligne Cuxhaven - Bremervörde, près de Hambourg, Coradia iLint peut accueillir 300 passagers et roule en autonomie pendant 1000 km.  

Construit par Alstom, c’est le premier train à l’hydrogène du monde à rouler avec des passagers. Et son confort enthousiasme ses usagers. "Il est vraiment moins bruyant qu’un train conventionnel et en plus ça fait plaisir d’avoir un train 0% d’émissions de CO2", nous explique Ophelia, une passagère à bord. Il faut dire qu’auparavant sur cette ligne de train non électrifiée, seuls des trains diesel circulaient.  

À partir de 2021, après deux ans de test positif, 14 trains à hydrogène remplaceront complètement la flotte des trains diesel. Et ce n’est qu’un début, d’ici 2022, 41 trains Coradia iLint fonctionneront sur deux lignes allemandes. 

Dans les prochains mois, le train sera également testé pendant deux semaines aux Pays-Bas sur la ligne Groningen - Leeuwarden, une ligne où ne circulent actuellement que des trains diesel. En Belgique, rien de concret pour l’instant et pourtant il subsiste encore une centaine de trains diesel très polluants, notamment sur la ligne Charleroi - Couvin et Gand- Eecklo. Mais la direction de la SNCB compte bien étudier cette option à l’avenir. Une ligne le long du canal Gand - Terneuzen est notamment à l’étude.  

Comment expliquer un tel engouement, tout particulièrement en Allemagne ? 

L’Allemagne a le réseau de chemin de fer le moins électrifié d’Europe, plus de 25.000 km. L’électrification des lignes de chemin de fer coûte très cher, environ un million d’euros par kilomètre. Les autorités allemandes ont donc accueilli très favorablement un projet à la fois moins onéreux et 0% d’émission de CO2. 

Comment ça marche?  

Pour faire simple un train à hydrogène est un train électrique mais qui n’est pas alimenté comme les autres au réseau électrique. Son électricité provient de la pile à combustible installée à son bord. À l’intérieur de cette pile, une réaction chimique se produit entre l’hydrogène et l’oxygène aspiré. Au bout du compte, la pile produit de l’électricité qui alimente le moteur de traction du train pour partie, et se stocke dans des batteries pour une autre. C’est donc une énergie intelligente car elle est stockée pour être distribuée en phase d’accélération. Mieux encore, l’énergie de freinage est aussi stockée. 

Le train bleu est-il vraiment complètement vert ? 

Chaque matin, le petit train bleu vient faire le plein en hydrogène à une station de recharge non loin de la gare de Bremervörde. Mais cet hydrogène est-il vert? Pour l’instant pas réellement comme nous l’explique Stefan Schrank, responsable du projet Coradia iLint d’Alstom. "Une grosse partie de l’hydrogène que nous utilisons provient de l’énergie fossile. Mais à l’avenir nous nous rendons compte que l’excédent de la production des éoliennes onshore et offshore d’Allemagne pourrait être stocké sous forme d’hydrogène."  

Actuellement, 95% de l’hydrogène est produit à partir de gaz fossiles, comme le gaz naturel, le pétrole, ou le méthane, parce que c’est le plus rentable. L’idée, c'est d’arriver à un processus non-polluant mais moins coûteux.

Les méthodes de production à partir d'énergies renouvelables existent. L'hydrogène est un atome qu'on retrouve dans l'eau (H20) et qu'on peut isoler grâce à un courant électrique. Ça demande beaucoup d'électricité mais si cette électricité est produite grâce à l'éolien, au solaire ou à l'hydraulique, on arrive à ce qu'on appelle de l'hydrogène VERT!

L'hydrogène, une énergie importante dans le mix énergétique de demain

Francisco Contino, professeur en aérodynamique à l’UCLouvain, croit fermement à l’hydrogène dans le mix énergétique de demain : "Il a les mêmes avantages que l’électricité. Il peut être utilisé dans différents secteurs comme la mobilité ou l’industrie. Mais surtout, l’hydrogène peut stocker l’électricité produite par le renouvelable et ensuite la reconvertir plus tard en électricité".

Pour l’instant, l’hydrogène représente 2% de la consommation mondiale d’énergie. Mais certains experts prédisent que l’hydrogène pourrait représenter près d’un cinquième de l’énergie totale consommée à l’horizon 2050.